C
e nouveau siècle aura hérité d'une situation à la fois bénéfique et dangereuse du précédent. En effet, le siècle passé a été témoin de profondes mutations mais également de nombreux bouleversements. Les progrès scientifiques et techniques ont transformé la vie quotidienne des personnes, les rapports entre les pays et même notre vision de la planète.

À nos portes

Dans le domaine des matières inertes,  par exemple, la découverte de l'atome a été  une bonne chose et a contribué à l'avancée de la science. Mais très vite la politique s'en est mêlée et cette découverte a servi pour la fabrication de la bombe atomique. Depuis plus de 40 ans, le monde vit sous la menace d'une apocalypse nucléaire. De nombreux pays possèdent aujourd'hui des arsenaux nucléaires effrayants. D'après les statistiques, on peut estimer à 5000 le nombre d'armes nucléaires en état d'alerte permanent. Si l'ordre de lancement en était donné, 4000 missiles balistiques intercontinentaux pourraient s'envoler vers leur cible au bout de quelques minutes, et 1000 autres lancés à partir des sous-marins, peu de temps après et provoquer la mort de 2 milliards d'individus. La destruction de l'humanité est toujours à nos portes car l'homme est passé maître dans l'art de faire la guerre.
Comme illustration de cette situation: au Musée impérial de la guerre, à Londres, on a placé une horloge et un compteur insolite. L'horloge n'indique pas l'heure, elle sert à aider le public à mesurer l'ampleur de la guerre. L'aiguille tourne et toutes les 3,31 secondes le compte grossit d'une unité. Chaque unité représente un homme, une femme ou un enfant mort à cause de la guerre. Et tout cela, avec les armes non-nucléaires!

Le patrimoine humain

Dans le domaine de la biologie, les choses sont allées également très vite. Au cours des 40 dernières années, le progrès technique a fourni aux scientifiques de nombreux outils pour sonder les mystères du vivant cachés dans les profondeurs de sa cellule.  Le 26 juin 2000 on a annoncé les "séquences du génome humain".
Cela signifie qu'on sera en condition de décrypter l'ensemble du patrimoine héréditaire humain, évalué à 3 milliards de bases enchaînées le long de nos 23 chromosomes. La cellule humaine garde donc dans ses archives une quantité énorme d'informations, équivalente à 500 volumes gros comme la Bible. On y peut trouver les pages ou les lignes concernant chaque peuple, chaque famille, chaque individu. L'enthousiasme mondial qui entoure cette découverte est à la mesure de son enjeu, surtout qu'elle met l'accent sur la compréhension, le dépistage et la prévention de milliers de maladies. On connaît déjà 3.000 gènes directement responsables de maladies. C'est donc un outil d'une puissance exceptionnelle pour la compréhension des mécanismes du vivant.
Cependant, malgré le formidable engouement que cela suscite, la prudence est de mise, à cause des problèmes d'ordre moral, économique et même écologique impliqués. Le décodage du génome humain peut réduire l'homme à un simple phénomène chimique, un matériel utile pour n'importe quelles  expériences ou manipulations. La vie ne serait plus un phénomène mystérieux, une réalité  sacrée. Le décodage du génome conduirait à la démystification et au désenchantement du monde et de l'homme.
Au plan économique, on peut prévoir une course gigantesque entre généticiens et chasseurs de brevets. L'être humain - et tout être vivant - deviendrait un objet de concurrence économique, une marchandise. La production pharmaceutique mondiale s'y intéresse beaucoup. L'industrie des clonages est déjà en mouvement.
La menace est déjà perçue par la communauté internationale. L'ONU a d'ailleurs adopté en 1998 une «Déclaration sur le génome humain et les droits de l'homme», charte destinée à ériger un rempart contre d'éventuelles dérives. Est-ce qu'on l'écoutera?

Félly Wondo-Mawondo, I.D.E.E.

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