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Ce n'est pas de l'affabulation, mais une réalité quotidienne, qui ravale à des vœux pieux toutes ces volontés exprimées dès les premières années des indépendances, de créer en Afrique deux grands axes routiers, le premier du nord au sud, c.à.d. du Caire au Cap (environ 8.500 Km) et le second de l'Ouest à l'Est. La route de 7.080 km qui partant de Mombasa devait traverser l'Ouganda, la Rép. Dém. du Congo, la RCA, le Cameroun et finir à Lagos. 1318 km en RCA, 1070 en Cameroun et 1554 dans le nord-est de la Rép. Dém. du Congo. Beaucoup reste encore à faire, la déception s'est installée.
Large et commode
L'Afrique est l'un des continents où les routes bitumées sont encore rares, ainsi que les chemins de fer. On se contente des voies argileuses, sablonneuses, soumises aux caprices des saisons. Avec les conditions climatiques qui sont les nôtres, les routes en terre battue ou en latérite sont souvent un casse-tête durant 9 mois sur 12. Sans oublier la fragilité ou l'inexistence de nombreux ponts. Nos routes bitumées ont aussi la mauvaise habitude de se dégrader rapidement. D'où la question de savoir si leurs constructeurs s'en tiennent toujours honnêtement aux paramètres fixés ou souhaitables. Si certains pays ont réalisé des efforts remarquables pour se doter d'infrastructures routières tant soit peu valables, il en est malheureusement bien d'autres - la majorité - qui sont loin d'en faire une priorité et qui se présentent en parents pauvres à l'orée de ce nouveau millénaire. La promotion économique et sociale des populations en pâtit lamentablement. L'histoire des routes en Afrique se perd dans la nuit des temps de la colonisation. Dans son livre "Route impériale" Albert François écrivait à propos de la Gold Coast (Ghana): "L'Anglais est un homme qui prépare tout avec un soin extrême… Une route large et commode fut construite pour le transport des canons. On avance vers Coumassie (Kumasi), la capitale des Achantis à travers les forêts vierges, les marécages et les plateaux couverts de lianes…». C'est tout dire que déjà, durant la colonisation, l'importance des voies de communications était un fait acquis. À la fin de toutes ses explorations dans cette vaste contrée qu'il venait de «conquérir» au profit du roi Léopold II de Belgique, Stanley a d'emblée fixé les priorités, du moins la plus grande de toutes, contenue dans cette laconique, mais célèbre boutade: «sans chemin de fer, le Congo ne vaut pas un penny». Une soixantaine d'années plus tard (1949), le plan élaboré pour le développement du Congo Belge, explicitait cela de la manière suivante: «Les voies de communication sont de puissantes ligatures assurant l'unité économique et politique du pays ». Des propos qui n'ont rien perdu de leur actualité.
Le grand souhait
Les bonnes routes, c.à.d. asphaltées et régulièrement entretenues, sont l'apanage d'une minorité de pays, dont notamment l'Afrique du Sud, l'Algérie, le Nigeria, le Maroc. D'autres pays ont de nombreuses routes, certes, mais la plupart non macadamisées. Le grand souhait de l'Afrique des après-indépendance tourne autour de l'intégration économique et de l'ouverture des marchés: circulation des biens et des personnes… zones de libre échange… désenclavement des pays qui n'ont pas accès à la mer. Faut-il croire à tous ces beaux rêves quand on sait que le soubassement de tout programme de développement ne réside que dans des connexions assurées par les voies de communication terrestres, maritimes et aériennes? À l'image de la Transsaharienne qui devait relier l'Algérie au Niger et au Mali et de là à l'Afrique de l'Ouest, projet médiatisé à souhait dans les années '60 et '70, et qui a fini par s'embourber, mieux, par s'ensabler dans plusieurs de ses tronçons, chaque pays est aujourd'hui plongé dans d'autres problèmes. Au Mozambique, quinze ans de guerre civile ont paralysé les transports ferroviaires. Or le rail est vital pour le Mozambique et les états voisins enclavés: Malawi, Zambie, Zimbabwe. Privés de voies ferrées en territoire mozambicain, ces pays ont été contraints de faire transiter leurs échanges commerciaux par la Tanzanie ou l'Afrique du Sud
Des barrières
Au lieu de connecter les gens et les pays, le système routier que nous connaissons bloque, sépare, divise. Les barrières dressées tout le long de nos routes sont beaucoup plus nombreuses que les kilomètres bitumés; les coupures plus fréquentes que les panneaux de signalisation routière. "Stop ces éternelles coupures de routes", écrivait récemment l'East African Standard. La grande route Mombasa-Nairobi est dégénérée en une espèce de paysage lunaire virtuel. Un pays au seuil du troisième millénaire ne peut pas se permettre des routes qui se bloquent chaque fois que les éléments se déchaînent". De ce qu'on a fait dans d'autres continents on pourrait dégager la leçon suivante: une autoroute traversant un pays peut mettre les gens en contact et multiplier leurs échanges beaucoup plus rapidement que cent séminaires sur l'importance de l'union nationale. La Rép. Dém. du Congo n'échappe pas à la règle. Fort d'un réseau de plus de 146.500 km de routes, asphaltées à hauteur de 1.8% seulement, ce pays est décidément un malade "routier". Une étude de la défunte Académie Royale des Sciences d'Outre-Mer, Arsom (Bruxelles), publiée en 1962, prévoyait que pour couvrir les besoins du Congo Belge pendant toute une décennie, 51 milliards de Francs belges (ou congolais à l'époque) faisaient bien l'affaire. Si de 1950 à 1959, l'on a réussi à tracer 1.916 km de routes vitales, est-il vraiment impossible de faire plus, ou de maintenir au moins ce standing, à l'heure de la mondialisation? Il est certes admis que les efforts à déployer dans le secteur routier sont gigantesques. Mais le défi peut toujours être relevé. Chez nous comme partout ailleurs en Afrique.
Patrick-R. Monzemu Moleli L.
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