Afriquespoir n. 13
Janvier -Mars 2001


 

 

Un exercice très récent

    
Sommaire AE13
Éditorial
L'occasion  nous
             est donné

Au delà
           des  apparences

Un exercice très récent
Dot: la liste a changé
De l'ethnie à la nation
  L'autre visage
 

Pâques

Le 1er Concile œcuménique de Nicée (325) établit le principe selon lequel la fête de Pâques devait être célébrée le Dimanche suivant la première pleine lune après l'équinoxe de printemps». La fête de Pâques est habituellement célébrée à deux dates différentes, une par la plupart des protestants et les catholiques, l’autre par la majorité des orthodoxes, notamment. Ces différences sont le résultat d’un désaccord portant sur la réforme du calendrier introduite par le pape Grégoire XIII il y a 400 ans. La division sur ce que l’on appelle « les controverses pascales » a donné lieu à des débats entre les Eglises au cours des siècles, en particulier ces dernières décennies. Mais jusque-là, aucune solution n’a été trouvée. L’année 2001 est une année idéale pour commencer un système convenu, puisque la date du 15 avril 2001 sera la date de Pâques selon les deux méthodes de calcul actuellement utilisées». 

 

Lors de sa visite les mois de février et mars de l'année passée en Israël, dans les camps palestiniens, en Égypte et en Jordanie, le Pape a mis un accent particulier sur l'urgence de faire taire les divergences ancestrales entre chrétiens séparés et sur la nécessité d'une rencontre avec l'Islam. Suivant la tradition juive, lors de sa visite au mur des Lamentations, à Jérusalem, Jean Paul II a glissé un papier avec une prière "Je ne sais pas quelle prière le Pape a placé - a commenté un rabbin - mais j'espère qu'elle montera au ciel et qu'elle obtiendra la grâce de la réconciliation des chrétiens, juifs et musulmans de cette région". 

La tâche est ardue et elle n'est encore qu'un chantier ouvert à tous les vents. Le temps du jubilé a accéléré le mouvement. "Il ne faut pas perdre du temps", a dit le Pape. Dans différentes occasions, il a aussi demandé aux représentants de certaines Églises chrétiennes de lui apporter leurs suggestions sur la manière même dont peut se vivre désormais la prééminence du Pontife romain. Le manque d'unité entre les chrétiens est toujours une "blessure", rappelle la déclaration Dominus Jésus, publiée le 5 septembre par la Congrégation pour la doctrine (17).

Parmi les signes répétés durant le Jubilé: la demande de pardon devant Dieu pour les fautes commises au long des siècles par des pouvoirs religieux peu lucides, par des communautés chrétiennes peu illuminées, par des silences devant certaines injustices. Et la célébration solennelle d'une longue liste de témoins de la foi - catholiques et non - qui ont refusé de se plier au culte des idoles du 20è siècle et ont été sacrifiés, par le nazisme, par le communisme athée, par l'idolâtrie de l'État ou de la race. 

À Bucarest, où il y a trois ans les représentants des religions du monde avaient défini le dialogue comme le "remède" qui permet de faire disparaître tant d'incompréhensions et de conflits entre les peuples et les religions, Jean Paul II a rendu visite au patriarche orthodoxe, Teoctist: après mille ans de rupture, ils ont prié ensemble. 

En recevant le 29 juin une délégation du patriarcat œcuménique de Constantinople, allée au Vatican à l'occasion de la fête des saints Pierre et Paul, le Pape a invité catholiques et orthodoxes à "une purification des mémoires. Des événements tragiques de l'histoire ont laissé un triste héritage dans les esprits et dans la psychologie des catholiques et des orthodoxes. Écrivons ensemble une nouvelle histoire, pendant le troisième millénaire chrétien, dans un esprit d'amour fraternel, de respect et de coopération". 

Le mois d'août, à l'occasion du millénaire du couronnement de saint Etienne, premier roi catholique de Hongrie (997-1038), les Églises orthodoxes l'ont aussi reconnu officiellement. La visite de la reine d'Angleterre à Rome – Elisabeth II porte le titre de "gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre" - a été précédée et accompagnée d'un mea culpa fait tant par l'Église catholique que par l'Église anglicane. La reine a exprimé sa satisfaction de voir le "progrès important fait dans le dépassement des différences historiques entre les anglicans et les catholiques romains". "Nous continuerons à avancer sur le chemin de l'unité chrétienne", a-t-elle ajouté.

Dialoguer avec les autres religions est un exercice urgent. Entre les peuples, entre les religions, à l'intérieur de chaque groupe religieux, des murs sont à abattre, pour offrir au monde un visage réconcilié et le désir d'un travail en commun. Pas étonnant, dès lors, que les chemins de ce dialogue ne soient pas encore bien balisés.

Dès 1986, la rencontre d’Assise se renouvelle chaque année, toutes confessions côté à côté, chacune priant selon ses croyances et ses traditions héritées.

Le dialogue demeure indispensable dans nos sociétés pluralistes. Sans ce partage bienveillant, la violence sacralisée, le fondamentalisme intolérant, l'exclusion peuvent faire irruption sur la scène de l'histoire et ne laisser que des cadavres sur le terrain. Ce n'est pas le moment de baisser le bras. On ne peut que se réjouir pour ce que l'archevêque d'Abidjan, Bernard Agré a fait récemment, en invitant les chrétiens à reconstruire les mosquées et les musulmans à aider dans la reconstruction des églises détruites au cours des affrontements qui ont eu lieu le mois d'octobre. 

L’unité des croyants est indispensable pour le témoignage planétaire qui incombe désormais à la communauté chrétienne, même si elle est encore divisée. Surtout pour faire face à une mondialisation qui fait que beaucoup restent «sur le bord du chemin: le chômage dans les pays les plus développés et la misère dans trop de pays de l’hémisphère Sud continuent à maintenir des millions de femmes et d’hommes à l’écart du progrès et du bonheur» (Jean-Paul II au Corps Diplomatique, 10 janvier 2000). 

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