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Afriquespoir n. 13 |
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| Dot: la liste a changé | |||||||||||
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Côté cour, rien n'est plus difficile aujourd'hui pour un jeune homme de prendre épouse dans le pur respect des règles édictées par les traditions. Côté jardin, il y a tant de jeunes filles, de bonne moralité pourtant, qui ne trouvent preneurs. Entre les deux, le dilemme a souvent pour nom la dot. Il y a quelque vingt ans, dans le Bandundu, par exemple, certaines communautés exigeaient "deux à quatre chèvres; une somme équivalent à 2.500 francs belges; une quarantaine de pièces americani (tissu blanc); une vingtaine de pièces indigo pour femmes; un fusil de chasse; une boîte de poudre de chasse; une lampe de marque Coleman; des bijoux; un costume complet", sans compter les traditionnels "cadeaux" consistant en sacs de sel, boissons (rarement moins d'une dizaine de casiers de bière), noix de cola, fardes de cigarettes, boîtes d'allumettes, couvertures, bassin … Toute une fortune! Et aujourd'hui? Tout le monde est d'accord. Pour un garçon, il faut nécessairement trouver une solution, car à 30 ans par exemple, sauf peut-être pour raisons d'études, on ne peut continuer à rester célibataire, de peur d'être taxé d'eunuque ou d'irresponsable dans la vie, devenant ainsi la risée de son environnement. Ou, au contraire, on peut semer des enfants à tout vent et on ne sera pas étonné qu'on soit pris pour un volage, à qui personne ne pourra faire confiance. Chez les filles, le problème se présente quelque peu différemment. On attend vainement un prétendant. Un vrai. Mais à la place, ce sont des soupirants de tout bord qui défilent. Finalement, hier encore exemplaire dans le quartier ou dans le village, lasse d'attendre, la pauvre fille se laisse emporter par les discours enchanteurs des uns et des autres et, à son corps défendant, se retrouve dans la position inconfortable de "fille-mère". Dès lors, fini l'avenir! Elle doit seulement remercier le ciel si elle n'habite pas dans le nord-ouest du Nigeria, où les jeunes filles qui tombent enceintes sans être mariées, reçoivent 180 coups de fouet. Et les parents dans toute cette tragédie? Oui, ils ont leur part de responsabilité. Parfois plus grande qu'on ne le pense. L'important est ailleursIl est des milieux pour qui la dot n'est désormais qu'un simple symbole, juste pour remplir les formalités d'usage. Que ce soit à travers les pourparlers entre les deux familles, devant l'officier de l'état civil ou à l' église. L'important c'est de s'assurer que la fille soit au moins "casée". Mais au centre de tout dans ces milieux-là, le mariage, c'est la grande fête des noces et l'admiration de tous les badauds qui s'en suit: "Ata libala ya 8 heures du temps, nsango etamboli mboka 'te nabali" (Même pour 8 heures du temps de mariage, on apprendra de partout que j'ai été mariée), avait si bien chanté en son temps le musicien Tabu Ley pour illustrer ce comportement inique dans certaines familles. Cependant pour la grande majorité des unions matrimoniales, l'affaire est complexe. Après les idylles entre fille et garçon, c'est la présentation de ce dernier auprès de sa belle-famille qui pose problème. Bien sûr qu'il n'y va ni seul, ni les mains vides. Sa délégation est présidée par son chef de clan et comprend quelques membres de famille et amis. Présentation et versement de la dot feront l'objet de deux cérémonies distinctes ou d'une seule, alors cumulée, selon le vœu exprimé par la famille du futur mari. Si ce jour-là, il appartient à la partie de la fille d'offrir un repas aux visiteurs, par contre, ceux-ci amènent avec eux une gibecière pleine d'objets, de boissons et d'argent. L'enveloppe exigée est souvent si volumineuse qu'elle fait préalablement l'objet de marchandage. Malgré des réductions éventuellement consenties, on est toujours loin des possibilités financières du futur marié seul, car il ne pourra rien faire sans la contribution de toute la famille. Le dilemmeCela est encore plus vrai dans les grands centres urbains comme Kinshasa ou Brazzaville. Les mœurs étant mélangées, on est souvent loin des volontés habituellement exprimées dans les villages. De la liste ont disparu la lampe «Coleman» et la houe. On n'exige plus les tissus indigo ou americani, des vieilleries qu'aujourd'hui personne n'oserait porter. De nos jours, on exige d’autres choses: argent, boisson, pièces wax, costume, chaussures, etc. Et en matière d’argent, d’aucuns exigent des sommes exorbitantes, même au-delà de 500 dollars US, la plupart fixant le montant de la dot selon la tête du client. Monsieur est-il fortuné ou appartient-il à une famille aisée, alors on n’y va pas avec le dos de la cuillère. S’agit-il d’un malheureux? On se contente du minimum et l’on se montre «compréhensif». Dans ce dernier cas, même le versement de la dot, dans les espèces comme dans les objets en nature, peut s’échelonner sur une très longue période, dix ou vingt ans. Pour des jeunes vivant maritalement hors continent et qui voudraient régulariser leur union, la facture, au pays, est beaucoup plus salée. La dot se compte alors en milliers de dollars, sans oublier tous les autres objets en nature, la boisson en quantité gargantuesque ainsi que…des réjouissances fastueuses à souhait. Qui trop embrasseDot, coutume à rebours, donc à bannir? Nous ne le pensons pas. Malgré les abus, la dot peut toujours représenter une garantie pour les mariés, qui ne se considéreront plus comme de simples concubins. En cas d’une éventuelle incompréhension dans le ménage, le conjoint plaignant saura à quelle porte exactement frapper pour trouver une solution. La femme courra chercher son parapluie auprès du beau-père, du beau-frère ou de la belle-sœur, surtout si celle-ci est l’aînée de son mari. En retour, l’homme ira exposer les manquements de son épouse auprès du chef de clan de sa belle-famille. L’argument à l'épicentre de la réconciliation que tout monde souhaitera, sera celui de la dot versée, symbole de la reconnaissance de l'un et de l'autre conjoint par leurs familles réciproques. Garantie pour les mariés, oui, garantie pour leurs enfants aussi.En effet, à partir du versement de la dot, les deux familles se reconnaissent mutuellement. Elles feront leurs tous les événements, heureux ou malheureux, survenus dans la famille du conjoint. On voit cela très bien, par exemple, lors d’un enterrement: toute la famille, belles-familles comprises, joue un grand rôle. Même devant l'officier de l'Etat civil, devant le prêtre ou le pasteur, la grande question dans les formalités relatives au mariage demeure: "Avez-vous déjà versé la dot?». Sans réponse positive de la part des futurs mariés, on peut craindre que le mariage ne tiendra pas. On ne doit pas croire, cependant, que tout soit rose dans ce monde de la dot. Après l’avoir versée, certains hommes se permettent d’affirmer: «Ma femme, je l'ai achetée avec mon argent» : comme dire, maintenant. Il y a aussi des parents qui dans la dot ne voient que l'occasion de s’enrichir ou de récupérer pour tous les sacrifices consentis pour leur fille, depuis sa naissance jusqu'au jour du mariage. La crise de la famille traditionnelle et les modes semblent autoriser les jeunes à faire carrément fi de ce qu’ils considèrent de «simples formalités» et à se mettre ensemble tout simplement. Quitte à se présenter auprès des beaux-parents quand cette union de fait aura déjà engendré trois, quatre ou cinq rejetons. Là, la belle-famille est contrainte, la main sur le cœur, de marier une fille tout à fait «amortie» et dont la dot est d’autant ravalée à sa plus simple expression. A prendre ou à laisser. Ce sera bien dommage surtout pour ceux qui avaient fait trop de calculs. Patrick-R. Monzemu Moleli L. |
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