Afriqu
espoir n. 13
Janvier -Mars 2001


 

L'autre visage

Les rencontres animées par des groupes travaillant pour la paix dans le continent africain se sont multipliées ces derniers mois: "Brisons les lances", 1ère consultation régionale africaine organisée par Pax Christi à Pretoria (8-13 octobre); "Brisons le silence", Rome 26-28 octobre; Allemagne, Belgique, Kenya… 
Une initiative (italienne) est en cours: elle s'appelle "Moi aussi à Bukavu" et invite à une action internationale non-violente dans la capitale du Sud Kivu du 24 février au 2 mars 2001. 

Sœur Elisa Kidané, érythréenne, de la Congrégation des Missionnaires Comboniennes, a participé à la rencontre de Rome, où elle a dénoncé le "silence vicieux" qui entoure les conflits africains.

       

Sommaire AE13
Éditorial
L'occasion  nous
             est donné

Au delà
           des  apparences

Un exercice très récent
Dot: la liste a changé
De l'ethnie à la nation
  L'autre visage
 
 
 
 
 
 
 
 

 v Est-ce vrai qu'on parle peu de l'Afrique?

Oui et non. On parle beaucoup de nos guerres. Quand nous avons décidé de lancer cette campagne, nous voulions briser le silence sur les causes des guerres, sujet dont on ne parle pas. Il n'est pas nécessaire de briser le silence sur la faim en Afrique, on en entend parler tout le temps, mais sur les politiques d'ajustement structurel. Tout le monde sait que le taux de mortalité infantile est très haut, mais qui parle des affaires avantageuses des industries pharmaceutiques en Afrique? 

v Y a-t-il une raison qui pourrait expliquer tout cela?

Nous savons que l'une des causes de notre misère c'est notre richesse. L’Afrique est l’un des continents les plus riches, en humanité et en matières premières. Ces richesses sont à l'origine des conflits qui ravagent l’Angola, le Soudan, la Sierra Leone, la RD Congo. Les 16 guerres et guérillas en cours, l'instabilité politique, les atrocités commises contre des populations qui ne demandent que de vivre en paix, qui dénonce tout cela? Silence presque total.

v On dirait qu'il y a un lien très étroit entre silence et marché.

Sans doute. L’Afrique appelée «Afrique pauvre», "incapable de marcher avec ses propres pieds", exporte à des prix insignifiants ses produits. L’Afrique qui n’a pas le droit de parole là où l'on fixe les prix de ses matières. L’Afrique qui se voit obligée de se soumettre aux programmes d’ajustement structurel et de cultiver, par exemple, des fraises destinées à l'exportation. On exploite le continent jusqu’à ses entrailles!

v Tout comme s'il y avait des sujets tabous!

L’Afrique est en train de payer une dette inexistante, tandis que personne ne se souvient de payer les dommages de l’esclavage. Nous voulons briser le silence aussi sur ce fardeau qui pèse sur l’histoire du continent. Nous désirons parler de la colonisation, de l’appui immoral des pays occidentaux à des régimes de mort et aux dictateurs encore en exercice en Afrique.

v Vous êtes en Europe. Quelles sont les images d'Afrique qui d'ordinaire débarquent dans l'hémisphère nord?  

On est fatigué de voir notre continent, berceau de l’humanité, réduit à un appendice du monde. Il devient "nouvelle" seulement (et pas toujours) quand il y a des massacres ou des épidémies. Il faut parler des ces tragédies, oui; mais sans oublier les personnes qui en Afrique se battent pour créer des réseaux de paix; pour inventer un futur différent; pour rétablir la dignité du continent.

v Qu'est-ce qu'on pourrait faire?

Appuyer les efforts faits en Afrique. Par exemple ceux des sociétés civiles essayant de s’organiser. Ici personne ne parle des sociétés civiles qui en Ouganda, en Érythrée, en Éthiopie, au Soudan et en RD Congo, travaillent pour construire des communautés plus pacifiques et justes. 

On parle souvent des «seigneurs de guerre», mais qui parle des «femmes de paix»? Voilà pourquoi on voudrait briser le silence!

Et j'espère qu'il y aura une autre campagne, intitulée: "Laissons que l’Afrique parle: écoutons-la"!

Propos recueillis par Komla Dzenou

  
afriquespoir@ic.cd