Afriqu
espoir n. 14
Avril - Juin 2001


Mécanicienne
pourquoi pas?

Diambomba Matiego, 42 ans, mère de sept enfants, connaît le moteur d'une voiture comme sa poche.
Masisa Tiama, 22 ans, après avoir terminé ses études de mécanique en 1999, travaille actuellement dans un garage. Afriquespoir les a interviewées.
Sommaire AE14

Éditorial


La tranche du gâteau
Es-tu du nord 
           ou du sud?

Les médicaments
            sont au Nord
            les malades au Sud

Tu as fait de ton mieux
Mécanicienne:
            pourquoi pas?

Nos forêts

Qu'est-ce qu'on entend comme armes légères? "Les armes blanches ainsi que les armes à feu d'un calibre inférieur à 100mm. Dans cette catégorie on range les revolvers, les carabines, les fusils d'assaut, les mitraillettes et les mitrailleuses, les grenades, c'est-à-dire des armes faciles à transporter. Les mines personnelles en font aussi partie. D'ordinaire, ce sont les femmes et les enfants les victimes de ces armes".

Christiane Johnson, chirurgien-dentiste, connue aussi sous son nom de madame Agboton, est une chrétienne sénégalaise engagée depuis deux ans dans une activité de sensibilisation face à la prolifération d'armes légères dans la région ouest africaine.

"Ces engins connaissent une circulation extraordinaire au Sénégal, dit-elle. Sept à quinze millions d'unités transitent dans le pays. La conséquence dramatique en est la détention notable d'armes légères par toutes les couches sociales". Le docteur Johnson préside le MALAO, un mouvement qui s'attache à faire connaître le Moratoire d'Abudja, qui porte sur l'arrêt de l'exportation, de l'importation et de la fabrication d'armes légères en Afrique de l'ouest pendant trois ans. 

 ß Pourquoi ce choix?

D. J'ai toujours rêvé d'être mécanicienne, depuis mon enfance. D'ailleurs j'appartiens à une famille des mécaniciens: mon père était chauffeur, mon oncle était mécanicien. Mon oncle, qui a été aussi député de la 2è république, avait un garage et des voitures. Déjà à l'âge de dix ans, j'avais l'habitude de fréquenter son garage. C'est lui qui a supporté toutes mes études jusqu'au diplôme à l'école technique, section diesel.

ß Vos enfants que disent-ils?

Ils sont contents d'avoir une mère mécanicienne. Actuellement je suis aussi étudiante à l'Institut National de Préparation Professionnelle, pour la spécialisation en pompe d'alimentation.

ß Comment êtes-vous arrivée à vous intéresser aux moteurs?

T. Quand je voyais des garçons tripotant autour des engins j'avais envie de faire la même chose. C'est pour cela que j'ai décidé de fréquenter une école technique pour me préparer à ce métier. Les réactions des autres jeunes filles et des garçons? Je leur disais que c'est un métier passionnant. Aux jeunes filles qui me demandent mon avis, je réponds qu'elles aussi peuvent faire comme moi, et qu'il n'y a pas de métier exclusivement masculin ou féminin.

ß Vos compagnons de travail, les hommes, comment réagissent-ils?

D. Parfois ils nous dérangent. Mais, pour ce qui me concerne, je crois que nous sommes comme eux. Nous travaillons ensemble. Il n'y a pas de différence.

ß C'est un chemin nouveau qui s'ouvre pour les femmes?

Oui et non, parce que pour moi c'est depuis longtemps. J'ai fait mon stage à l'Air Zaïre en 1978. Je pense que je suis la première femme à avoir étudié la mécanique. Après je me suis mariée, mon mari est décédé et je suis retournée à ce travail.

ß Et chez vous?

T. Mon père est chauffeur mécanicien. Quand je le voyais conduire ou réparer une voiture, j'aimais être là pour voir. Mais quand je lui ai dit que j'avais choisi d'étudier la mécanique, il s'est étonné et il a refusé. Puisque j'aimais beaucoup ce métier et je voulais à tout prix faire cela, j'ai commencé à étudier et j'ai fini par le convaincre. Je suis allée moi-même faire l'inscription. Tout le monde était étonné de voir une jeune fille dans un département où d'habitude on ne voit que des garçons.

ß Est-ce que tu as été bien accueillie par tes camarades d'école?

D. Au début ils me regardaient un peu surpris. Puis ils se sont habitués à m'avoir comme leur compagne de classe. Au commencement j'étais l'unique fille dans cette école; quatre ans plus tard deux autres filles ont été admises.

ß Les démarches pour être admise à la maison Lokole, étaient difficiles?

T. Quand je me suis présentée, j'ai rencontré le secrétaire du garage: il était stupéfait de voir une fille chercher du travail dans un tel endroit. Une femme mécanicienne? Il m'a donné plusieurs rendez-vous, mais je ne me suis pas découragée, tellement j'avais envie de faire ce métier. Ensuite on m'a posé des questions, un petit texte. J'ai réussi et alors j'ai été admise dans ce garage.

ß Et dans votre cas?

D. Le chef` de ce garage était un camarade de la même classe. Nous avons étudié ensemble et fait ensemble les exercices pratiques à l'école. Je travaillais avec les hommes, sans complexes. Je m'habillais avec la salopette de mécanicien comme eux, je jouais au foot avec eux… Je n'avais pas peur des hommes et surtout pas de sentiments d'infériorité.

ß Les clients, qu'est-ce qu'ils disent lorsqu'ils confient à une femme leur voiture à réparer?

Ils s'étonnent, c'est clair! Mais je peux dire qu'à la fin, ils préfèrent que leur voiture soit réparée par nous, les femmes. Ils voient que nous connaissons notre métier.

ß Mais il y a des tâches plutôt lourdes: changer un pneu d'un camion ou déplacer un moteur, par exemple. Vous pouvez le faire?

Changer un pneu c'est très facile. Il y a des travaux difficiles, où il est question de force physique. Mais il y a des leviers qui permettent de soulever n'importe quoi. Même un homme ne peut pas déplacer un moteur tout seul! Nous le faisons ensemble. Si les hommes disent qu'ils le font seuls, c'est un mensonge.

ß Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille qui veut choisir la mécanique?

D. J'ai trois filles et je serai très heureuse si l'une ou l'autre choisira d'être mécanicienne. Je dirais à ma fille "ne crains pas. Moi aussi j'aime la beauté, mais la profession de mécanicienne n'est pas incompatible avec la beauté.

T. Puisque j'aime ce travail, je n'ai pas peur de me salir d'huile de moteur, de descendre dans la fosse sous une voiture. Après le travail, je me fais belle, j'arrange mes cheveux pour redevenir présentable! Si une jeune fille me dit qu'elle veut être mécanicienne, je l'encouragerai et je lui dirai que la mécanique n'est pas un travail réservé aux hommes. Qu'elle n'ait pas peur de se salir les mains.

ß L'avis de M. Lokole.

Vous êtes le patron du garage: qu'est-ce que vous en pensez?

   Qu'il y ait des femmes mécaniciennes, je crois que c'est quelque chose d'original. Il y a encore d'autres femmes qui aimeraient travailler ici. Souvent on invoque contre les femmes leurs problèmes, la grossesse, le congé maternité etc. Avec notre méthode de travail cela n'est pas un grand obstacle. Nous sommes bien organisés, il y a toujours un remplaçant disponible. Ces mécaniciennes n'ont pas de complexes et nous n'avons rien à craindre, car elles ont étudié comme les autres, comme les garçons, dans les mêmes écoles. Elles peuvent travailler ensemble avec les hommes, sans problèmes. On ne peut pas dire qu'elles se sentent inférieures aux hommes. Elles connaissent ce métier beaucoup mieux que de nombreux garçons. Je suis content de leur travail.

Sr. Betty Imperial

    afriquespoir@ic.cd