Afriquespoir n. 15
Juillet - Septembre 2001


 

Sommaire AE15
Editorial
Cette étrange guerre
Nigéria: la religion dans la vie des gens
On les appelle armes légères
Spécial: 
La Bible en Afrique

Des miracles à gogo
J'ai trouvé une famille

           Le dossier central de ce numéro d'Afriquespoir parle de la Bible et de sa diffusion dans notre continent. Nous croyons que la Bible contient la Parole de Dieu. Étrange expression, car Dieu n'a ni corps, ni bouche. Il parle, il appelle, il pardonne, il promet, il dénonce, mais il n'émet aucun son.
Et pourtant nous disposons d'un texte dans lequel Dieu parle la langue des hommes. En christianisme, l'explication est encore plus radicale: la Parole de Dieu un beau jour s'est faite homme. Dieu a parlé en son Fils Jésus, qui est devenu un homme parmi nous et nous a donné la parole définitive à travers sa propre existence. Il était la Parole faite créature humaine. Cependant les évangiles témoignent que parfois ses mots étaient difficiles à comprendre ou qu'ils suscitaient des réactions très différentes. C'est le destin de toute parole. D'ailleurs pour empêcher que la parole de Dieu se perde ou soit mal interprétée, des générations d'exégètes et de commentateurs ajoutent des explications, en remplissant des bibliothèques entières de leurs paroles.

Or si la Parole de Dieu fait problème, nous ne pouvons pas croire que les paroles humaines n'en font moins. Nous sommes inondés de paroles, qui nous parviennent de tous les côtés de la planète et leur abondance ne nous rend pas nécessairement capables de nous entendre tout de suite ou mieux. Et surtout d'entendre ou d'accepter ce que nous ne n'aimerions pas qu'on nous dise.

En souhaitant la bienvenue au 21ème siècle et au troisième millénaire, l'écrivain brésilien Frei Betto a dit que "le siècle dernier nous a donné l’aspirine et la vitamine C, le téléphone et le stylo bic, le blue-jean et le fax, le four à micro-ondes et l'ordinateur, l'ascenseur, l'avion et l'escalier mécanique. Grâce à la télévision, notre vision s'est amplifiée, ouverte à tous les événements, et nos oreilles ont écouté tous les bruits et toutes les mélodies, même celles qui détruisent le langage musical. Sauf la douleur des pauvres, leurs gémissements muets. La communication qui rapproche les humains s'est multipliée d'une manière fabuleuse, mais nous n'avons pas encore guéri l'injure et le mensonge…"

La situation de conflit dans laquelle nous vivons a aussi pour origine des mots de trop ou mal placés. En plus, elle s'accompagne d'un dialogue de sourds. 
On raconte qu'un jour, alors que la famille était à table, un petit garçon demanda à son père: 
"Papa, dis-moi, les guerres, d'où viennent-elles?".
"Je vais te l'expliquer. Supposons, par exemple, que l'Angleterre soit fâchée contre la France".
"Mais ce n'est pas vrai – intervient la mère – l'Angleterre n'est pas fâchée contre la France"!
"D'accord, je ne veux pas dire cela. J'ai dit: supposons".
"Oui, mais avec tes suppositions, tu mets dans la tête de l'enfant des idées qui ne sont pas justes".
"Est-ce que notre fils aura des idées justes s'il n'écoute que sa mère?"
La discussion continua avec des tons toujours plus hauts.
"Papa - dit l'enfant apeuré – je n'ai plus besoin que tu m'expliques comment naissent les guerres. Je crois que j'ai compris".

La guerre appelée "des Grands Lacs", l'étrange guerre, ne fait pas exception.
Les paroles n'y sont pas moins nombreuses que les coups de feu. Ses protagonistes sont à l'affût des déclarations des autres ou des intentions cachées dans les mots des adversaires. On s'accuse, on se justifie, on multiplie les entretiens, les rencontres, les colloques et les pourparlers en employant les mêmes mots sacrés: paix, bien du peuple, liberté, démocratie etc. Et cela jusqu'au jour où finalement ils prononceront les mots que les gens accueilleront comme venant du ciel: "la guerre est finie"!

    afriquespoir@ic.cd