Afriquespoir n. 15
Juillet - Septembre 2001


Cette étrange guerre

La guerre en RDC? "Une affaire très juteuse". C'est ainsi que le Secrétaire Général des Nations Unies définit le conflit congolais dans son rapport, publié le 12 avril dernier. Un business colossal, bien camouflé sous de grands prétextes: libérer le pays de la dictature, protection des frontières ougandaises ou rwandaises, lutte contre les rebelles, stabilité dans la région des Grands Lacs.

Sommaire AE15

Editorial

Cette étrange guerre

Nigéria: la religion dans la vie des gens

On les appelle armes légères

Spécial: 
La Bible en Afrique

Des miracles à gogo

J'ai trouvé une famille

 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

      La guerre en RDC, déclenchée il y aura bientôt trois ans (début août '98), a été définie par de nombreux observateurs "étrange". Dans le sens qu'on a vu les choses les plus absurdes – tout en supposant que ce qui se pas-se pendant les guerres soit raisonnable. Deux pays amis (Ouganda et Rwanda, rejoints par un troisième, le Burundi) sont devenus des ennemis de Kinshasa, jusqu'à soustraire au Congo presque 40% de son territoire, correspondant à une superficie trois fois plus vaste de celle de ces trois pays réunis. Pour ajouter un brin d'imagination à leur amitié, Ouganda et Rwanda ont pris la liberté de se tirer dessus plusieurs fois. Seulement dans les accrochages au mois de juin 2000, qui ont duré six jours, ils ont fait la bagatelle de 1000 morts et des 3000 blessés.

"Ils ne cherchent que…"

Une guerre étrange, combattue plus par des alliés étrangers (Zimbabwe, Angola, Namibie, Soudan, Libye, Centrafrique, Tchad) que par les soldats congolais. Guerre étrange, car alors que le défunt président Kabila la préconisait "longue et populaire", le peuple n'attendait que sa conclusion. Déjà autour de Noël 1998 le quotidien kinois Tempête des Tropiques disait: "Telles que les choses vont, il faudra parler de "faim longue et populaire"!

Étrange, finalement, car ses protagonistes d'un côté affirment qu'ils ne cherchent que le bien du Congo, tandis que de l'autre ne ratent aucune occasion de tuer ou de détruire ce qui fonctionne encore. Pour tous les belligérants vaut la remarque de Mgr. P.L. Monsengwo. "On ne tue pas un peuple qu'on veut gouverner, on ne détruit pas un pays qu'on doit construire".

Pour ce qui concerne le "tuer", l'ONG International Rescue Committee a fait le bilan des victimes des premiers 30 mois de cette guerre: 2.500.000, c'est à dire 69.400 morts par mois, 2.300 par jour. Presque la moitié, des femmes et des enfants. Plus de trois millions de déplacés.

Concernant la destruction des richesses congolaises, le rapport signé par le Secrétaire Général des Nations Unies, Koffi A. Annan, publié le 12 avril dernier, assure qu'il y a eu "Une exploitation massive et systématique des ressources naturelles au bénéfice de Burundi, Ouganda, Rwanda. La RDC est dotée d'une biodiversité unique, de vastes ressources minières et forestières, de sols riches et cultivables. On a pillé minéraux, produits agricoles et forestiers, bétail. Les pilleurs ont procédé tous de la même manière: les armées burundaises, ougandaises, rwandaises, ainsi que leurs alliés locaux cherchaient le coltan (columbo-tantalite), la cassitérite, le café, le bois. Les analyses des images reçues des satellites révèlent l'ampleur  de la déforestation. La faune a énormément souffert du conflit. Dans la région contrôlée par les troupes ougandaises et les rebelles soudanais, dans la réserve de la Garamba, on a tué 4000 éléphants de 12.000. Dans la réserve de Kahuzi-Biega Park, une zone contrôlée par les Rwandais et le RCD-Goma, riche en coltan, l'année passée il ne restait que 2 familles d'éléphants sur 350".

Clé de lecture

Le rapport rappelle aussi que, naturellement, les pays accourus au secours de la RDC ont tiré leurs avantages de ce conflit. Se sont remplies les poches aussi certains politiciens et militaires congolais ainsi que des gens d'affaires européens, américains, asiatiques. Le port de Mombasa a aussi vu des marchandises exportées du Congo sous occupation!

Voici donc, enfin, la clé de lecture redonnant à cette guerre les sens qu'elle semblait ne pas avoir à ses débuts: "Le conflit en RDC a atteint des dimensions telles qu'il est devenu un business très avantageux", dit encore le rapport de Koffi A. Annan.

Il convient donc d'affirmer ici que la motivation, cachée au départ, devenue explicite par la suite, de cette guerre reste la volonté de piller les richesses de la R. D. C. C'est une guerre de conquête économique, une guerre injuste  prenant en otage des populations civiles qui n'ont jamais demandé d'être massacrées. Et puis, injuste dans la mesure où ceux qui l'ont déclenchée ne la font pas directement mais la font faire par les autres, les petits, les pauvres.

Au génocide et au pillage du pays, il faut ajouter une autre réalité: en plus du mépris des droits humains, la violation des choses habituellement respectées, parce que estimées sacrées. Nous pensons particulièrement  aux églises et aux "Hommes de Dieu".

Dans son rapport sur les Droits Humains, préparé pour le Nations Unies et publié le 27 mars dernier, l'avocat Robert Garreton écrit que "sur le territoire contrôlé par le RCD, les églises catholique et protestante sont victimes de persécutions particulièrement graves en raison de leurs appels à la paix. Un évêque catholique a affirmé que le seul élément unissant les Rwandais et les Ougandais était la haine de l'Église catholique; mais d'autres congrégations chrétiennes et religieuses en général sont également visées.

Un peuple choqué

Dans l'Est, la principale cible de ces persécutions est l'Église catholique qui y est majoritaire: assassinat de plusieurs prêtres (N. B.: Au cours des 5 dernières années dans le Nord-est de la RDC ont été tués 28 prêtres et 18 religieuses), expulsion de l'archevêque de Bukavu, Mgr E. Kataliko ...