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Afriquespoir
n. 15 |
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Nigeria: La religion dans la vie des gens |
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Il se pourrait que le Nigeria ait le plus grand nombre d'églises
et de mosquées dans le monde, mais il y a aussi beaucoup d'organisations
religieuses traditionnelles africaines. On compte plus de 250 différents
groupes ethniques adorant encore les dieux et les déesses des ancêtres.
Spirituellement parlant, l'âme nigériane a un grand besoin de
renaissance et de rédemption, vu la corruption sans fin, les attaques armées
et les vols, le haut niveau de la fraude fiscale, les sacrifices humains,
les meurtres à gage, l'adultère, l'homosexualité... On peut se demander
comment des gens qui prétendent être si "saints", avec tous
leurs lieux de culte, peuvent s'adonner à ces nombreux vices.
Au Nigeria, la religion a toujours joué un
grand rôle dans la politique. Les politiciens s'en sont souvent servis
pour gagner un appui lors des élections. C'est peut-être pour cela que
les 36 Etats de la fédération ont tous des commissions d'assistance
publique pour s'occuper des pèlerins, qu'ils soient musulmans ou chrétiens.
En fait, la vie politique concerne le pouvoir et le contrôle des
ressources matérielles. Et depuis toujours, les dirigeants politiques ont
compris l'importance de la religion pour le contrôle du pouvoir.
Pour éviter les conflits religieux, la
Constitution nigériane a opté pour l'Etat laïque. En d'autres mots, il
n'y a pas de religion d'Etat. Lors de l'indépendance en 1960, la loi de
la sharia telle qu'elle était appliquée dans le Nord, fut modifiée. Le
code criminel qui stipulait comme châtiment l'amputation des jambes, fut
aboli. La Constitution défend aussi à tout chef de gouvernement, qu'il
soit régional ou fédéral, d'imposer une religion particulière à la
population. Toute personne est libre de choisir et de pratiquer la
religion qui lui plaît. Un changement radical Durant quelque 39 années d'indépendance, cette loi a été observée. Mais en octobre 1999, il y eut un changement radical. Le gouverneur de l'Etat de Zamfara, Alhaji Yerima Ahmed Sani, imposa la sharia comme le seul système légal dans son Etat. (Il est important de rappeler que dans le passé le Zamfara faisait partie du califat de Sokoto). Cette proclamation était faite cinq mois à peine après la prestation de serment d'Olusegun Obasanjo, un chrétien du sud, élu démocratiquement comme président du Nigeria, et cela après 15 années ininterrompues de gouvernement militaire - un régime qui a laissé un goût amer dans la bouche. Alors, que va-t-il arriver aux non-musulmans dans un Etat comme le Zamfara?
Réactions à la sharia
Au début, personne ne prit au sérieux le
jeune gouverneur, Yerima Ahmed Sani. La loi islamique a depuis lors été
proclamée à Kano, Sokoto, Bauchi, Katsina, Kebbi, tandis que Yobe,
Jigawa, Gombe et Niger se préparent à le faire.
En février et mai de l'année dernière, l'Etat
de Kaduna a été plongé dans des émeutes religieuses sans précédent,
après des tentatives au Parlement de faire passer une loi pour l'adoption
de la sharia. Des centaines de personnes furent tuées et des biens évalués
à des millions de dollars furent détruits. En fait, bien que situé au cœur
du Nigeria du Nord, Kaduna a une large concentration de chrétiens. Depuis,
le gouverneur de l'Etat de Kaduna, Alhaji Ahmed Makarfi, s'est ravisé et,
dans un message radiodiffusé à travers tout le pays, il a annulé le
projet d'introduire la sharia dans son Etat.
Il est intéressant de noter que certaines
sectes musulmanes condamnent cette avalanche de proclamations de la sharia.
Ces sectes, appelées fondamentalistes par les autres musulmans, disent
que les gouverneurs ne peuvent pas imposer la sharia parce qu'ils sont des
politiciens. El Zaky-Zaky, le porte-parole des sectes, dit que «les
gouverneurs n'ont pas la sainteté morale et religieuse requise pour protéger
la sharia», ajoutant que ce sont des hypocrites. C'est aussi
l'opinion de la majorité des musulmans du sud du pays. L'Association chrétienne
du Nigeria (CAN) et les activistes pour la démocratie ils accusent ceux
qui veulent introduire la loi islamique de vouloir dé-stabiliser la démocratie
naissante du pays. D'autres ont aussi condamné l'introduction de la
sharia, qu'ils considèrent comme une violation de la Constitution, et
comme un complot contre l'administration du président Obasanjo.
A la croisée des chemins
La mission d'Obasanjo est claire. Il a hérité
d'un pays comateux économiquement et socialement parlant. Tous les équipements
d'utilité sociale sont sens dessus dessous.
Il y a souvent des pannes d'é-lectricité, les
rues sont dans un mauvais é-tat, il n'y a plus d'eau potable, les télécommunications
sont irrégulières et ce n'est pas tout. Le Nigeria tient la 6è place
dans la production mondiale du pétrole brut, et pourtant le pays est
assailli par les problèmes de pénurie d'essence. Selon l'agence Transparency
International, le Nigeria est le pays le plus corrompu du monde.
Ce sont les malheurs que le président Obasanjo
essaye de corriger. Le 29 mai 1999, dans son discours inaugural lors de sa
prestation de serment comme président, Obasanjo a promis qu'il n'y aurait
pas de "vaches sacrées" dans sa campagne pour récupérer
les biens mal acquis par les anciens leaders militaires. Et c'est parce
qu'il a refusé de se plier et de céder aux caprices de ces leaders qui
veulent encore lui dicter sa ligne de conduite, que ceux-ci se servent de
l'islam dans le Nord pour faire campagne contre son gouvernement. (Il faut
aussi se rappeler que la grande partie des dirigeants du pays
appartiennent à l'ethnie des Haousa/Fulani du Nord). Pour que la démocratie
puisse survivre et tenir ces militaires à distance, Obasanjo a licencié
tous les officiers qui avaient été nommés à des postes politiques.
C'est le Nord qui en a été le plus affecté, la plupart des officiers
venant de ces régions.
L'imposition de la
sharia dans certaines parties du nord a eu comme un des premiers résultats
positifs celui d'encourager gouverneurs du Sud, qui sont pour la plupart
des chrétiens, à se battre pour la survie de la démocratie et d'un véritable
fédéralisme, dont le pays avait été privé depuis le premier coup d'Etat
militaire en 1966.
Le Nigeria est sorti du pire des régimes
militaires de l'Afrique pour embrasser la démocratie; mais il reste
beaucoup de choses à faire. Le peuple a besoin d'un niveau de vie décent.
Au lieu d'être un terrain de confrontation, la religion peut l'aider à
atteindre tout cela.
La religion devrait être plutôt un moyen
permettant aux gens de prier pour la survie de la démocratie et pour un
bon gouvernement. Taye Babaleye, BIA |
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