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Afriquespoir
n. 15 |
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Une de plus, dira-t-on! En effet, les réponses ont déjà
été données aux cours de bien des rencontres. Mais
les mêmes questions sont toujours là: est-ce qu'on ne pourrait pas contrôler
qui produit les armes et qui les achète? Comment les écoule-t-on? Pour défendre
ou pour tuer qui? Est-ce qu'on arrivera à une plus grande transparence
dans ce monde où les affaires répondent aux impératifs des trois v:
viscosité, volatilité, vénalité? Autant de questions majeures, souvent
condamnées à être versées au dossier de l'assemblée suivante.
Mais au juste, qu'appelle-t-on exactement
"armes légères"? Chaque année, environ 30.000 Américains trépassent,
abattus par balles. Il est utile de rappeler, pour mieux évaluer l'horreur
de ce bilan, que la guerre du Vietnam (1964-1973) n'a coûté la vie qu'à
58.000 soldats. Entre 200 et 250 millions d'armes à feu circulent aux États-Unis,
soit l'é-quivalent du nombre des voitures, et cela fait presque autant de
morts.
Ce n'est pas d'abord de ces armes-là qu'on
veut parler. Ni des balles devenues célèbres au cours de la guerre du
Kosovo, fabriquées avec de l'uranium appauvri, le métal le plus dense et
le plus lourd. Projeté à une vitesse de 1.200 mètres/seconde, il
perfore les blindages des chars et peut transpercer une plaque de béton
sous trois mètres de terre. En plus, il ne coûte presque rien.
Il ne s'agit, non plus, des armes de la
nouvelle génération qui sont en train de se préparer. On garantit qu'elles
seront "non-létales" et pour l'instant on les voit surtout dans
les films de fiction: armes qui blessent l'adversaire sans couper ni
percer, irritants chimiques, gaz qui le désorientent, mousses qui le
bloquent, engins capables de causer une douleur aiguë, de rendre
temporairement aveugle, de faire vomir ou étouffer, d'endormir, de
paralyser ou immobiliser.
Les victimes
Les armes couramment appelées légères, ce sont des revolvers, fusils d'assaut, mitraillettes, canons aériens portatifs, lance-missiles et lance-grenades, mines antipersonnelles, etc. avec la particularité qu'elles sont faciles à transférer d'un lieu à un autre. Bon marché, elles existent en grand nombre, d'autant que leur très longue durée de vie (plusieurs dizaines d'années). Des armes ayant servi au Liban ont été retrouvées en ex-Yougoslavie, puis en Afrique. Environ 500 millions "d'armes de choix" circulent librement dans le monde- soit, en moyenne, une pour douze individus. Huit millions de ces armes se trouveraient en Afrique de l'Ouest.
Les armes légères peuvent occasionner d'importants
dégâts. Il semble qu'il ait suffi d'un lance-missiles portatif pour
abattre, le 6 avril 1994, l'avion du président rwandais Juvénal
Habyarimana, ce qui déclencha le génocide. Dans les onze pays africains
théâtre de conflits majeurs - Angola, Burundi, Congo, Ethiopie, Liberia,
Mozambique, Ouganda, RDC, Rwanda, Sierra Leone, Soudan - le nombre de
morts dans les conflits serait compris entre 3,8 et 6,8 millions, soit de
2,4 % à 4,3 % de leur population totale actuelle (155 millions d'habitants).
La plupart, des victimes des armes légères, circulant dans nos régions
et ignorant les frontières. Dans son rapport du 12 avril 2001, la
Commission des Nations Unies pour les Droits de l'homme se déclare préoccupée
par "l'accumulation et la prolifération effrénées d'armes légères…
dans la Rép. Dém. du Congo".
Celles-ci sont tellement présentes qu'on a
constaté que si les opérations internationales en Afrique échouent,
souvent c'est à cause de la prolifération des armes légères. Dans de
nombreux cas, des «soldats de la paix» se sont retrouvés face à des
armes livrées par leur propre pays quelques années auparavant.
Très difficiles, enfin, se révèlent la récupération
et, surtout, la destruction des armes légères. Au Salvador, 20.000 armes
ont été rendues par les ex-combattants, mais plus de 200.000 restent en
circulation. Au Congo Brazza, après la guerre de 1998, 7.000 armes légères
détenues par les milices ont été récupérées; néanmoins, 5.000
autres armes se trouveraient dans les mains de particuliers.
Au Mozambique, sur 10 millions d'armes, seules 200.000 ont été
saisies.
Presque tous les pays du monde ont exprimé
leur indignation vis-à-vis des dégâts horribles faits par les mines
antipersonnel, qu'on appelle à juste titre "l'arme des lâches".
Douze millions de mines entreposées dans 30
pays ont été détruites. Le nombre de pays producteurs est descendu de
50 à l6. Mais on estime que plus de 250 millions de mines antipersonnel
restent stockées quelque part, dont 110 millions en Chine. En Angola un
siècle de paix serait nécessaire pour venir à bout du déminage!
Que faire?
Certaines armes "légères"
sont interdites par convention internationale: les gaz toxiques et les
armes bactériologiques déjà en
1925; les armes biologiques en 1972; les mines anti-personnel en 1993. Ce dont on a besoin maintenant c'est une loi internationale exigeant que dans toute négociation de paix soient inclues des prévisions pour la collection des armes légères, la gestion et la destruction des stocks d’armes récupérées. Renoncer aux armes c'est un rêve qui va contre courant. Ainsi que l'écrivait récemment un journal de Kinshasa: "Avoir une arme et avoir un peu d’espace dans cette jungle, pour les Kinois aujourd’hui c’est quelque chose qui a de la valeur. Un militaire semble avoir un peu plus de possibilité de survie que le gros de gens".
Mais ce n'est pas une chimère et il ne peut être
que le résultat d'une éducation commençant de la famille et de l'école
primaire. "Nos populations n'ont pas besoin de chars de combat et d'autres
armes de guerre, mais d'outils pour le développement", ont dit les
évêques de Burundi, Rwanda et République Démocratique du Congo le 16
novembre 1999. Dans l'échelle des priorités pour une nation, les armes (légères
ou lourdes) ne peuvent occuper la première place. Cependant, il ne faut pas être naïfs. Les conflits, même ceux qu'on enjolive de mots tels que "amour de la patrie, libération, sécurité nationale…" sont entretenus par les vendeurs d'armes avec un appétit rapace .... |