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Le
groupe Rahab* est né à Yaoundé en 1997, sur l'initiative de quelques
personnes sensibilisées au problème de la prostitution. |
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Les
prostituées étant appelées ici filles de la rue, c'est ce terme qui
sera utilisé dans la suite. Le Foyer de l'Espérance, organisation relevant de l'archidiocèse de
Yaoundé, est attentif à la question des enfants de la rue, mais aucune
présence n'était jusqu'alors assurée auprès des filles. Les premiers
contacts ont été pris directement dans la rue, avec un petit groupe de
filles travaillant dans un même secteur de la ville. Mais les désagréments
liés au fait de la rue - lieu de travail, présence de clients,
tracasseries de la part des gendarmes et policiers, manque de disponibilité
des filles elles-mêmes - ont tout de suite conduit, sur leur demande, à
la recherche d'un lieu plus propice à la rencontre. Ce lieu fut dans un
premier temps une communauté religieuse disposant de locaux extérieurs
à la maison, dans le centre ville.
Le
groupe s'est structuré peu à peu autour d'une rencontre hebdomadaire le
lundi après-midi: une rencontre informelle de partage, d'échange de
nouvelles, d'apprentissage de la relation gratuite entre les filles et
avec les animateurs. La rue est, pour elles, un lieu de concurrence, et il
ne leur est pas du tout naturel d'entrer en relation entre elles sur un
autre mode: dans la rue, c'est chacune pour soi; on n'a pas d'amies dans
la rue. Rahab permet à la fille de tisser des liens d'amitié, de sentir
qu'elle compte pour quelqu'un en tant que personne, au-delà de ce qu'elle
fait. L'une d'entre elles disait, à la fin de la première rencontre à
laquelle elle participait il y a quelques semaines «je suis contente
parce que je sens que j'ai trouvé une famille et qu'ici je serai toujours
bien accueillie». La première chose sur laquelle nous insistons,
c'est sur ce lien personnel qui permet à la fille de la rue de retrouver
sur elle-même, dans la relation, un regard positif, un regard d'estime,
qui pourra lui permettre d'arriver un jour à la décision de quitter la
rue.
Le
but ultime du groupe est bien sûr de leur permettre de quitter la rue, au
terme d'un processus personnel dans lequel elles découvrent ce qu'elles
peuvent faire pour gagner leur vie autrement. Aucune des filles avec
lesquelles nous sommes en contact dans le groupe n'est dans la rue par
choix, et toutes ont honte de ce qu'elles font. Elles ont pour la plupart
dû quitter l'école très tôt - 14 ans pour certaines - à la suite de
grossesses précoces, avec des familles ne pouvant ou ne voulant pas
prendre en charge la fille et son bébé, et des partenaires qui n'ont pas
pris leurs responsabilités. Sans formation, devant subvenir aux besoins
de leurs enfants, et avec pour certaines la charge de petits frères et sœurs
ou de parents âgés, elles se sont retrouvées avec comme seul gagne-pain
la prostitution.
Parmi
les risques auxquels elles sont confrontées, le plus important est celui
du sida. Nous travaillons en lien avec un dispensaire où elles sont reçues
gratuitement avec un bon signé par l'équipe, et nous avons régulièrement
des séances d'information et de sensibilisation avec une infirmière.
Tout en étant conscientes des risques, elles les minimisent, probablement
par un réflexe d'auto- défense. L'une des premières filles du groupe
est décédée du sida en décembre 98, d'origine musulmane, elle avait été
baptisée, ainsi que son bébé décédé un mois plus tard, deux jours
avant sa mort. Elle a marqué tout le groupe qui l'a accompagnée dans son
cheminement vers le baptême et dans sa maladie.
Nous
leur fournissons aussi une aide ponctuelle dans les cas de maladies nécessitant
des soins longs ou coûteux. Leurs enfants bénéficient du même accueil
au dispensaire. Autre danger permanent dans la rue, les exactions qu'elles
subissent de la part des "forces de l'ordre", gendarmerie,
police, militaires, qui n'hésitent pas à les utiliser, à les rançonner,
à les humilier de toutes les manières possibles. Au début de l'histoire
du groupe, sur les conseils de l'ancien archevêque de Yaoundé, Mgr Jean
Zoa, une requête avait été déposée auprès des services compétents
par l'intermédiaire de la commission diocésaine de Justice et Paix.
Quand
une fille exprime le désir de quitter la rue, elle fait un projet
personnel soumis à l'équipe, dans lequel elle présente ce qu'elle veut entreprendre. Au début, elles
envisageaient surtout des projets de type petit commerce: vente de légumes,
de poisson frais, d'huile, de bijoux- fantaisie, friperie... Mais aucun de
ces commerces ne durait très longtemps à cause de la précarité des
moyens: une panne d'électricité fait pourrir le poisson, on les vole
dans un taxi, et à cause de la difficulté à gérer les revenus, dans un
système où l'on est toujours à la limite des possibilités financières
et où la moindre maladie engloutit toutes les économies. Nous avons donc,
à la suite de plusieurs expériences négatives de filles auxquelles nous
donnions une somme d'argent pour démarrer quelque chose et qui se
retrouvaient quelques mois plus tard au point de départ, décidé de ne
plus financer de commerces, sauf cas exceptionnel (par exemple une fille
atteinte du sida qui a voulu vendre au marché). Nous prenons en charge
depuis un an uniquement des projets de formation, selon les aptitudes et
les goûts de chacune. C'est ainsi que l'une d'elles a commencé en
janvier dernier une formation de coiffure- esthétique, une autre a terminé
en juin l'école hôtelière, une troisième vient de commencer l'école
Normale d'Instituteurs. Il y a deux ans, nous avions aidé une autre fille
à ouvrir un salon de coiffure qui marche bien maintenant et lui
permet de vivre avec sa famille. La même année, une fille avait suivi
une formation en informatique. Deux autres ont appris la couture. Tous les ans au moment de Noël, nous préparons avec elles une fête pour leurs enfants, qui rassemble une cinquantaine de personnes autour de jeux divers et d'un goûter qu'elles préparent ensemble. C'est un moment apprécié autant par les mamans que par les enfants! Un autre temps fort de notre année ensemble est le séjour à Kribi, une plage de l'Atlantique où nous passons trois à quatre jours. C'est l'occasion de vivre un temps en commun prolongé, de souder le groupe dans la détente et la préparation des repas, et pour elles une coupure dans la vie quotidienne et les difficultés auxquelles elles sont confrontées en ville. Nous avons parfois remarqué qu'elles s'y amusent comme des enfants, et chaque année la question des dates du séjour à Kribi se pose dès la reprise du groupe en septembre ! Depuis les débuts du groupe Rahab, un peu plus de vingt filles y ont participé. Certaines ont quitté la rue, durablement ou avec des rechutes, d'autres ont quitté le groupe, tout en gardant des contacts sporadiques. Nous voulons contacter davantage des filles, mais nous nous heurtons à un problème de temps - tous les membres de l'équipe sont bénévoles et ont d'autres engagements - et à un problème financier: nous vivons de dons et ne pouvons par conséquent financer que quelques projets chaque année. Nous sommes à la fois à la recherche de bonnes volontés pour étoffer l'équipe, et de subventions ou de dons pour que toutes celles qui expriment un vrai désir de changer leur vie puissent le faire. Nous faisons donc appel à tous!
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afriquespoir@ic.cd | ||||||||||||||||