Zone de Texte: Société - Durban

Zone de Texte: afriquespoir@ic.cd
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Zone de Texte: On est arrivé finalement à la réprobation unanime de toute forme de ségrégation. Cela a été rendu possible grâce aussi à un phénomène qui se produit depuis quelque temps: celui du recours à la mémoire collective. Le souvenir des nettoyages ethniques et des génocides peut et doit conduire à des changements profonds. 
 
Les lois sont là
Les campagnes menées depuis 30 ans par les Nations Unies, dans le but de déraciner tout racisme et toute discrimination raciale, de promouvoir les droits des migrants, de respecter les personnes avec handicap ou âgées, les populations 'indigènes', les Tziganes, les Dalit, les minorités, les esclaves, les sans papiers, les réfugiés, les persécutés politiques... Tout cela commence à donner des fruits. 
La communauté internationale dispose maintenant d'instruments juridiques capables de protéger chaque individu: répression de la traite des êtres humains et de la prostitution, 1951; condamnation du génocide, 1951; droits des apatrides, 1960; condamnation de la discrimination raciale, 1969, de l'apartheid, 1976 et de la discrimination de la femme, 1981. 
Mais les problèmes n'ont pas cessé. Quand on parle d'esclavage, on pense surtout à la traite transatlantique, qui à partir du XVè siècle vit environ 19 de millions de Noirs arrachés à l'Afrique et transportés dans le nouveau continent; ou à la traite transsaharienne (10 millions) et orientale (4 millions) (Unesco, Histoire Générale de l'Afrique, vol. VI). 
Cent cinquante ans après l'abolition de l'esclavage, pouvons-nous dire que cette période historique est complètement close? Que les préjugés raciaux qui l'ont permise n'ont plus droit de cité? Dans son message envoyé aux participants, Nelson Mandela a dit que le racisme "est une maladie, une affection de l'âme. Il fait beaucoup plus de morts que n'importe quel mal". Force est de constater que le poison du racisme et de la xénophobie continue son œuvre corrosive et que les barbelés de nombreuses frontières sont aussi forts qu'avant. Le Code Noir (1685), qui décrivait la personne humaine comme une marchandise, a été aboli depuis. L'esclavage est officiellement interdit dans tous les pays. Mais selon les statistiques, en 1998 il y avait encore 200 millions d'adultes travailleurs forcés et 250 million d'enfants-travailleurs, dont 120 à plein temps. En Inde, par exemple, les travailleurs de moins de 14 ans  représentent plus de 10% de la main-d'œuvre.
Il y aurait de la discrimination même au sein des Nations Unies! Les fonctionnaires africains des Nations Unies ont remarqué récemment que la plupart des postes les plus élevés dans la hiérarchie sont occupé par les États-Unis (13%), la Russie (7%), la France (6%), le Royaume-Uni (5%), la Chine (4%), l'Allemagne (3%), le Japon (3%), le Canada (3%), l'Égypte (2%). Le reste est reparti entre les 179 autres membres de l'ONU! 
 
Jusqu'au jour
Le bébé albanais n'a rien contre les serbes, le protestant nord-irlandais contre les catholiques, le tutsi des milles collines contre les hutu, le juif contre les palestiniens, l'homme contre la femme. Raciste, on le devient. Comment? La peur, les intérêts, l'ignorance, amènent à "discriminer", à refuser l'autre, sa liberté d'opinion, sa vision du monde et de la vie sociale, sa religion. Petit à petit on ouvre la porte à des attitudes intolérantes, jusqu'à vouloir opprimer ou éliminer l'autre. Encore: on peut être tolérant chez soi, jusqu'au jour où on entre en contact avec l'étranger, le migrant, le demandeur d'asile, le malade de sida. 
Si on veut que le 21è siècle ne répète les horreurs précédentes - voilà ce que la Conférence de Durban a réaffirmé avec force - il faut un respect réel et profond de chaque être humain, peu importe ses croyances, ses origines et ses valeurs, sa pauvreté. Sous peine de perpétuer le spectacle de populations en fuite, opprimées ou massacrées à cause de leur nationalité, leur race, leur couleur, leur sexe. 
Au centre de maintes discussions il y a eu le problème des mesures de réparation et de compensation qu'on devrait prendre. La conférence organisée en décembre 1990 à Lagos (Nigeria) sur les réparations, avait estimé à 25 milliards de U$ le montant des réparations dues à l'Afrique et aux Africains pour 4 siècles d'esclavage. Elle avait suggéré que l'annulation des dettes africaines soit considérée comme une partie de ces réparations. 
Les représentants des 125 États à celle qui devait être la dernière réunion préparatoire à Genève, s'étaient séparés, le 1 juin, sans parvenir à un consensus sur la demande de réparation avancée par les pays africains pour l'esclavage et le colonialisme. Un thème délicat et douloureux, car si le trafic négrier fut une entreprise à grands profits, il faut reconnaître qu'il contribua à rendre plus riches et puissants certains potentats africains. 
Dans la déclaration finale, les pays anciens esclavagistes ont exprimé des "regrets" et la volonté de contribuer davantage au progrès de certains pays africains.
La Conférence a risqué de s’empêtrer aussi dans la controverse sur la responsabilité du sionisme dans le conflit au Proche Orient, sur la réalité des castes en Inde, sur l’extermination de certaines minorités, sur les dangers de l’intégrisme religieux. Le Vatican a dénoncé une nouvelle forme dramatique de discrimination: la manipulation des embryons humains peut conduire à la création d’une sous-catégorie d’êtres humains… Des sujets d'une actualité brûlante. Dans des pays arabes, par exemple, qui à Durban ont demandé la condamnation de l'islamophobie, il y a des groupes qui encouragent la haine du non-musulman et considèrent la mise à mort de l'infidèle comme action qui mérite le paradis. Etats-Unis et Israël ont claqué la porte jugeant "haineux" à l'égard de l'État hébreux - victime du plus grand génocide de l'histoire moderne - le document de travail… 
Malgré les ambiguïtés et les polémiques, la valeur de la déclaration finale n'est pas moins fondamentale. Elle contient une leçon à retenir. Même si elle n'a aucune force juridique en soit, elle sera un point de référence pour tous ceux qui luttent pour éradiquer le fléau du racisme et pour la prévention de conflits ethniques.
Chaque société doit désormais se demander si elle respecte les principes inscrits dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, article 1: «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et droits… Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes». 
Joël Serawati

Le rendez-vous de DurbanZone de Texte: La Conférence de Durban a été définie agitée, controversée, conflictuelle, périlleuse, tendue. Elle a été surtout une grande première. Quelques 150 pays et 3000 ONG, au nom de l'humanité entière, ont eu la possibilité de dénoncer les dégâts fait par le racisme, dans le passé et de nos jours. 
Alors que la mondialisation s'annonce comme une force capable de faire tomber les barrières et que la séquence du génome humain vient de montrer que nous formons tous une seule famille humaine, dans bien des conflits on exploite sans vergogne la haine ethnique, les différences culturelles, la pauvreté, la diversité.

Zone de Texte: Sommaire AE 16
Point de vue
Si le monde
Le rendez-vous de Durban 
Ce n’est plus à la mode
Munzihirwa: cinq ans déjà
Interview à Kofi Annan
Spécial: Journée de la Mission Universelle
Jésus, un vieux bibelot poussiéreux 
L’Afrique et la pêche 
Tu me verras le soir!
La traversée africaine
Le quatrième roi mage