Abbé KIBWILA Alphonse-Marie de la Croix.

Kibwila

1954-1955: nous avons 9-10 ans, nous sommes de petits élèves de l'école catholique saint Alphonse à Matete, une nouvelle commune de Léopoldville, la capitale du Congo Belge. Nous étions fiers de notre appartenance catholique - sans trop bien savoir pourquoi, du reste, mais nous avions un vrai «problème» sur les bras: les "Missioni". C'étaient les protestants (de l'anglais Missionnary). Par exemple la Baptist Missionnary Society, les croyants de l'autre Eglise "concurrente" à nous selon les dires des Mupe, déformation de Mon père, les prêtres catholiques blancs à la barbe florissante et toujours en soutane, dirigés par des pasteurs blancs aussi. Mais ceux-ci ne portaient pas la soutane et avaient femme et enfants. Tous ceux de mon âge et plus doivent se souvenir des bagarres systématiques entre les "bana Mupe" et les "bana Missioni" («bana», enfants, élèves) au sortir de l'école tous les soirs... Mais les gamins que nous étions en souffraient, car parmi nos copains et copines au cache-cache du soir et au foot, dans le quartier, il y avait des Missioni. Plus ou moins inconsciemment nous souffrions qu'au niveau des "affaires de Dieu" les missionnaires de tous bords venaient, pour nous diviser, sans raison, en «étrangers» les uns vis-à-vis des autres.

Quelques lustres plus tard, devenu prêtre, je dus exorciser mon subconscient pour faire place à un accueil positif des
Missioni et autres sensibilités religieuses, car Jésus a dit: «Qu'ils soient un» (Jn.17,21). Or dans l'Histoire on nous a parlé des «guerres de religion» entre chrétiens. Le mal de la division a gangrené la communion ecclésiale universelle. Au point qu'un Henri VIII (1534), pour une affaire de femmes, va se permettre d'isoler le peuple d'Angleterre du reste de la chrétienté. Ce n'était pas le doigt de Dieu qui ne peut se contredire ni entraîner ses fils dans la confusion des pensées dans laquelle s'engouffrèrent, par exemple, les théologiens et les responsables des Églises qui en 1054 n'ont pas obéi à l'Esprit, ce qui nous vaut le scandale millénaire des "deux Pâques": chaque année Jésus "meurt et ressuscite deux fois", en Occident et en Orient ...
Au cours des siècles, les prétextes pour des scissions nouvelles se multiplieront accélérant et affermissant plus que jamais la division des chrétiens dont l'apothéose est la mouvance pentecôtiste: pétries de l'Esprit ses Eglises-champignons se multiplient à l'envie pour gratifier Jésus Christ, et nous avec, des Églises dites de "réveil". Des centaines de groupes surgissant d'un monde qu'ils considèrent endormi et se liguant pour une nouvelle "guerre de religion", une contre toutes, toutes contre une. Et tout cela, naturellement, au nom de Jésus! D'autres Églises
Noires, chez nous, - non-importées - prétendent confisquer Jésus "Masya" comme le Dieu des Noirs. Mais le message concerne, à y regarder de près, hélas! le même Jésus Christ dont les Missioni et les Mupe, déjà divisés, sont venus nous annoncer la Bonne Nouvelle, et c'est dans la "Bible des Blancs" que les prophètes Noirs disent avoir trouvé le "Dieu des Noirs", sans rien dire des autres peuples, eux aussi appelés et rassemblés par un Unique Sacrifice pour un Unique Salut! La superficialité de certains pasteurs à la verve postillonnante et en croisade contre une Église qui a le tort d'être vieille de deux mille ans, par exemple, les entraîne à proférer à travers leurs chaînes radio-télé, avec une gestuelle bien étudiée et des cris des damnés, des inepties du genre: "Je n'ai jamais lu les documents du Concile Vatican II: à ce qu'on m'a dit, il n' y a rien dedans"!
Certains justifient la polygamie en sautant en vol plané par-dessus le Nouveau Testament et en laissant Jésus dans l'erreur, pour tirer des exemples "parlants" de l'Ancien Testament, "la Bible du Père" qui a prépondérance sur le Fils... On attaque la "Mystique eucharistique" parce que d'après la Bible (Bon Dieu, laquelle?) il n'y a pas de "présence réelle" dans ce simple pain et ce simple vin. Quand Jésus met ses fidèles en garde contre les richesses, on "réveille" au contraire les appétits du lucre et on fait salle comble, en citant force passages bibliques où il est question de la prospérité, qu'importe le contexte d'où on les tire: "C'est dans la Bible, Parole de Dieu: dites trois fois "Amen!"', applaudissez le Seigneur, il est merveilleux! Alléluia!!" Les Églises qui ne distillent pas ces enseignements-choc seraient des synagogues de satan: l'onction de l'Esprit Saint ne travaillerait pas en elles...! Et le reste à l'avenant...

Qui peut bien avoir amené les chrétiens à se conforter dans la division alors que le temps se fait court avant le retour de Jésus Christ sur terre? La réponse vient tout de suite à l'esprit: c'est le plus grand
Commun Diviseur, alias Satan, le Diable, l'ennemi le plus acharné du Christ glorieux, qui, dans son fol et aveugle espoir d'une victoire finale possible encore, si par élimination il Lui ravissait tous ses adeptes, agit sur ces derniers et les travaille au corps. Car il connaît la faille: l'orgueil pernicieux des hommes, particulièrement des "hommes de Dieu" qui aiment la gloire de ce monde et les honneurs que leur donnent les autres hommes (cfr Jn. 5,44 ;12,43).
Or, nombre de ces hommes de Dieu, friands de la prospérité, preuve de leur amitié avec Dieu qui les comble de toutes sortes de bénédictions qu'ils sont prêts à partager gratuitement, l'invoquent, lui, le prince de ce monde
(Cfr Lc. 4,5-7)! Ainsi pour arriver à ses fins: conquérir une jeune maman catholique de belle prestance, larguée par son époux et vivant pieusement seule avec ses enfants, un apprenti-prophète locataire dans le même complexe que la dame de ses désirs, fit des manœuvres d'approches serpentines pour circonvenir sa proie. En vain! N'y pouvant plus de brûler en secret, un après-midi il offrit un cadeau joliment emballé à l'un des fils de la dame de ses insomnies, avec ces paroles: "Votre mère reste toujours seule et ne veut pas vous donner un père? Prenez ceci et répandez-en le contenu dans votre studio: son cœur va battre très fort et elle viendra prier dans mon groupe, et là Dieu - c'est un message qu'il m'a donné pour elle - lui donnera un mari". Par la fenêtre ouverte, la maman, déjà excédée par les vexations antérieures du prétendu homme de Dieu, entend ce sermon d'un genre curieux et sort précipitamment à la cour avant que le fils n'ait touché au "cadeau". Elle s'en empare d'autorité et ce qu'elle découvre sous l'emballage la laisse ahurie: baignant dans un parfum brunâtre une souris encore vivante s'agitait, la gueule entrouverte, au bord de l'asphyxie, ainsi qu'un morceau de charbon. Le collant des deux mains à la chemise, la dame couvre d'invectives tout à fait fraternelles le faux prophète. Ses cris perçants ameutent le quartier. Rameaux et banquettes du centre de prière furent réduits en cendres.

Et la cause oecuménique de l'unité des Églises n'en fut pas plus avancée. Le plus grand Commun Diviseur était passé par là. "Voici pourquoi a paru le Fils de Dieu: pour détruire les oeuvres du diable"
(1Jn.3,8)  l

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