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Ce qui est arrivé au cours de l'année passée, apparaît particulièrement riche en souvenirs et en leçons. Qu'est-ce qu'on n'a pas entendu et vu? L'islam contre le christianisme… les musulmans contre l'Occident… le monde civilisé contre les barbares… Dieu est de notre côté… deux têtes de chrétiens pour chaque taliban tué… La fin du monde s'approche pour les méchants… Il est vrai que de nombreux conflits récents dans le monde sont, pour une part au moins, des conflits de religion: Kosovo (orthodoxes-musulmans), Cachemire (musulmans-indous), Timor-Est (musulmans-catholiques), Tchétchénie (ortodoxes-musulmans). Il y a odeur de religion aussi entre juifs et palestiniens, entre protestants et catholiques en Irlande du Nord, musulmans-chrétiens-animistes au sud du Soudan, musulmans-chrétiens au Nigéria. Mais de tout cela on tire des conclusions où le Bon Dieu n'a rien à voir. Certains, scandalisés, règlent vite l'affaire: si les religions encouragent leurs adeptes à s'entretuer ou assurent que le Tout-Puissant donne le feu vert pour couper des têtes ou lancer des bombes, dans ce cas-là il est mieux d'être athées.
D'autres, au contraire, y trouvent l'explication et la solution à tous les maux. Puisque la vie est dure et la misère semble se mondialiser beaucoup plus rapidement que l'Internet ou le téléphone cellulaire, bien des gens cherchent dans les groupes religieux les plus fantaisistes ou fanatiques, les miracles dont l'existence quotidienne est avare: un boulot, la guérison, un sommeil sans cauchemars, le retour du conjoint infidèle, la chance ou même la fin de toute pauvreté et injustice. Nous savons que les religions constituent avec leur expérience millénaire de formidables points de repère pour la vie de milliards d'individus. Elles offrent des réponses aux grandes questions sur le sens de la vie, de la mort, de la souffrance. Toutes les cultures, d'une manière ou d'une autre, se réfèrent à une religion qui leur assure cohésion et force. Enfin, les gens y trouvent des raisons très importantes de vivre et de faire face aux défis de l'existence. Nous savons, cependant, que les prétextes religieux ont parfois servi à justifier des guerres fratricides et qu'on peut invoquer les droits de la religion pour créer de nouvelles divisions. On l'a déjà fait dans le passé et la conclusion que nous pouvons tirer des guerres appelées 'saintes' est qu'elles ont été sales comme n'importe quelle autre guerre. Au cours du mois de janvier les chrétiens sont invités à redécouvrir l'importance de l'œcuménisme et à prier pour la recomposition de la famille qui a ses racines dans l'évangile. On est encouragé à voir ce qui nous met en face et ce qui nous est commun plutôt que ce qui nous oppose. Les communautés chrétiennes sont appelées à travailler ensemble, à prier ensemble, à évangéliser ensemble. Dans un monde qui tend à s'unir, les divisions sont de plus en plus difficiles à trouver une justification et ne conduisent nulle part. Mais aujourd'hui l'œcuménisme prend un sens encore plus vaste, car nous sommes appelés à cohabiter dans un monde où l'interdépendance entre tous les hommes et tous les peuples ne cesse de croître.
En dépit des foyers de résistance et des violences intégristes, les croyants de toutes les religions doivent consentir à se tendre la main pour œuvrer ensemble à la paix, comme le disaient les jeunes de l'année 1968, "construire pour de bon un monde vivable". Naturellement, un vrai œcuménisme suppose qu'avant de transformer en diable les autres, chacun commence par balayer devant sa porte. Toutes les religions ont quelque chose à se faire pardonner. Si elles croient sincèrement qu'elles n'ont rien à se reprocher, d'autres formes d'intolérance verront le jour.
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