La paix au Togo

Home page

Vous êtes évêque depuis 25 ans. Est-ce qu'on pourrait en tirer un bilan?
Quand j'ai commencé mon ministère au diocèse d'Atakpamé, je n'y ai trouvé que 18 prêtres, 12 missionnaires et 6 diocésains. Je me suis dit alors que ma priorité devait être la pastorale des vocations. Grâce à la collaboration de nombreux évêques italiens, j'ai pu envoyer là-bas des séminaristes et 10 ans plus tard mon diocèse disposait déjà d'une quarantaine de prêtres.
Je me suis donné de la peine pour bâtir de nouvelles églises parmi lesquelles aussi la cathédrale. J'ai ouvert le petit séminaire et j'ai commencé la construction d'un hôpital à Dacha.

Comme d'autres évêques africains, vous avez été appelé à présider l'Assemblée nationale Souveraine destinée à ouvrir la porte de la démocratie au Togo.
Le Peuple Togolais a demandé qu'un évêque dirige la transition démocratique.
Nous étions seulement 4 évêques et mes collègues pensèrent que je pouvais assumer ce rôle. Nous avons demandé l'avis du Saint Siège qui fut favorable. J'ai cherché à rendre ce service avec sérénité et objectivité, mais cela ne fut pas facile.
Après l'élection d'un Premier Ministre j'ai dû présider le haut Conseil de la République. Cela fut une période très difficile car nous fûmes pratiquement pris en otage. Quand je me rendis compte qu'on ne respecte pas la constitution, qui avait été votée à l'unanimité, je me suis dit: Ma mission est accomplie. Je rentre au service de l'Eglise et prier pour mon pays. Voilà ce que j'ai fait.

A Lomé il y a beaucoup de sectes et d'Eglises indépendantes.
Le problème des sectes est très sérieux. Elles sont nombreuses, elles surgissent d'un jour à l'autre, un phénomène que je n'arrive pas à expliquer, où à connaître la raison, les sectes ne s'adressant pas aux fidèles des religions traditionnelles mais aux catholiques. Je crois qu'elles ont comme objectif d'affaiblir et diviser l'Eglise catholique puisque ici les gens ont une grande confiance dans l'Eglise. Dans le pays où il y a des mouvements pseudo philosophiques, il y a une forte présence de la maçonnerie française qui travaille parmi les intellectuels et cherche à capturer ceux qui occupent des postes importants dans la société. Il y a des groupes de la Rose Croix qui travaillent aussi parmi les intellectuels, elle cherche un pouvoir cosmique qui puisse influencer les événements du monde.
Le but de ces groupes est d'attirer nos chrétiens éduqués dans nos collèges et qui n'ont pas reçu une formation religieuse profonde.

Et l'Islam?
Le problème de l'Islam est différent et plus difficile que celui des sectes. C'est une religion qui exerce une pression politique et sociale très forte. Nous cherchons à favoriser le dialogue avec l'Islam. Au commencement, c'est très difficile mais aussi le dialogue et la formation des jeunes dans les écoles, avec l'amitié créée dans la science et le développement culturel comme dialogue, on pourra faciliter la compréhension mutuelle. Bien cela soit difficile, c'est mieux de coexister facilement. Nous devons tendre la main à la diversité, nous sommes tous descendants d'Abraham, Isaac et Ismaël et devons chercher comme élément commun la foi de ces ancêtres en un Dieu unique.

Le Synode des Evêques pour l'Afrique a souligné d'inculturer l'Evangile dans notre continent. Où en est-on à Lomé?
A la fin du Synode, comme Evêques africains nous sommes rentrés encore plus convaincus que l'inculturation est incontournable. Mais il n'est pas facile de la traduire en pratique, parce que beaucoup d'entre nous évêques et prêtres africains, sommes formés dans les universités occidentales à Rome, en France, en Angleterre etc., mais coexiste en nous aussi la réalité ou la culture africaine. Nous devons faire une synthèse entre la foi que nous avons reçue sous des traits historico-culturels occidentaux et notre être profond africain.
Il faut reconnaître que nous sommes au début de ce processus. Mais je ne veux pas me précipiter. Nous avons l'expérience du Concile Vatican II qui fut un moment de grâce extraordinaire pour l'Eglise, mais l'application non mûrie de certains décrets a crée de la confusion dans certains secteurs de la communauté ecclésiale.
Nous savons que nous devons inculturer le christianisme, le problème c'est de découvrir comment le faire. Une bonne formation de prêtres et de laïcs engagés peut nous aider pour arriver à une inculturation équilibrée.

Le sida est un des problèmes les plus sérieux d'Afrique. Que peut faire l'Eglise devant cette épidémie qui touche beaucoup d'individus?
Au Togo les autorités politiques ne voulaient pas qu'on parle de l'existence du sida chez nous. Maintenant nous nous rendons compte que cette maladie se trouve partout. Nous devons d'abord informer. La doctrine de l'Eglise n'est pas une classe du passé lorsqu'elle parle de chasteté, de fidélité conjugale et de continence.
Ce sont des vertus toujours actuelles et de vrais antidotes contre le sida. Nous devons aussi dire aux gens que les préservatifs, présentés comme des remèdes sûrs contre la maladie, ne sont pas si sûrs et qu'il y a des gens en train de s'enrichir en promettant une sécurité douteuse.
Notre mission est de promouvoir une espèce d'écologie morale saine, en même temps que nous offrons une assistance positive et affective aux malades. Ce n'est pas facile, car il y a beaucoup de peur vis-à-vis du sida et les familles mêmes qui ont des membres malades parfois réagissant avec peur et s'éloignent d'eux. Dans nos dispensaires et hôpitaux comme celui d'Afanya on s'occupe de ces malades et on a aussi commencé des traitements alternatifs.

On a l'impression que sur l'aspect socio-économique le Togo est en train de reculer. Selon vous ça dépend de quoi?
Oui c'est vrai, nous sommes en train de reculer. Les causes de cette marche en arrière sont liées à la situation de la démocratie dans le pays. S'il y a la démocratie ces choses suivent un certain chemin, mais s'il n'y a pas de démocratie ou il n'y a qu'une démocratie atypique, les choses suivent un chemin différent. Au fond, c'est une question politique.
Les togolais sont pacifiques, ils aiment la vie, ils n'aiment pas la violence. Ce qui nous sauve c'est l'économie informelle, les petits marchés. Ici, à Lomé, chaque route est devenue un marché. Puisque l'économie proprement dit ne fonctionne pas, les gens font de leur mieux pour ne pas mourir de faim.
Je crois que lorsque la situation politique se dégagera un peu, le pays se rattrapera vite. On a courbé les peuples, mais sa colonne vertébrale n'a pas été cassée. Quand la pression diminuera, il se redressera. Vous comprenez ce que je veux dire. Excusez-moi si j'emploie des images mais…

Qu'est-ce que vous demanderiez maintenant aux responsables africains?
L'Europe est arrivée à mûrir la conviction qu'il faut s'unir, en partie pour faire face à une Amérique qui menace de la «manger».
Les Européens ont découvert que l'Union fait la force. L'Afrique a des raisons encore plus nombreuses que l'Europe pour s'unir. Si l'Afrique veut ressusciter et entrer dans le dialogue de la mondialisation, il est nécessaire que l'Union continentale devienne une réalité. Mais comment y arriver?
Nous avons des conditionnements historiques, puisque l'Afrique fut divisée en blocs : Anglophone, francophone, Lusophone, hispanophone. Nous devons briser ces blocs artificiels et arriver à créer une vraie Union Africaine. Nous devons commencer à marcher dans cette direction, bien que le chemin ne soit pas facile et qu'il y ait des reculs.

Qu'est-ce qu'un évêque du Sud aimerait dire aux chrétiens du Nord ?
Je crois que les chrétiens du Nord ont une double mission: d'abord celle de s'adresser à leurs gouvernements en les encourageant à faire des politiques plus chrétiennes. Cela serait à l'avantage de toute l'humanité.
Deuxièmement, les chrétiens du Nord peuvent aider ceux du Sud, ils ne doivent pas oublier que nous sommes des chrétiens de jeunes Eglises et que nous avons les yeux fixés sur les chrétiens du Nord, bon gré mal gré nous dépendons du Nord en beaucoup de choses: économiquement, culturellement, socialement, politiquement - beaucoup de nos constitutions sont une copie de celles des pays occidentaux - et aussi religieusement. Je leur demande de ne pas nous abandonner, que nous marchions ensemble.

Mundo Negro

Ae 17
Point de vue
RCA: Depuis dix
La paix au Togo
Anti-virus
Terrorisme
Société Diamant
Éducation
Congolais Rome
Afrifemme
Afrifemme 2

Spécial:
Moi corrompu?

Kibwila