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£ On dit que vous avez une sorte de passion pour les virus! Est-ce vrai?
Oui! Cela a commencé en 1976, lorsqu'il y eut une épidémie d'une maladie inconnue qui décimait la population, à Yamboko. Je me suis rendu sur place. C'était l'épidémie de fièvre hémorragique, appelée Ebola, la première de ma vie professionnelle. Puis j'ai continué toujours à travailler dans ce domaine et à l'université. En collaboration avec d'autres médecins, nous avons créé un institut de recherche, dont je suis le directeur. Nous essayons d'organiser la recherche ici et le travail de sorte que l'Institut devienne un laboratoire de santé publique pour répondre rapidement aux alertes épidémiques.
£ Mais vous êtes connu aussi sur le plan international
Je suis, par exemple, consultant de l'Organisation Mondiale de la Santé, pour laquelle j'ai fait des enquêtes de laboratoire dans des pays africains comme l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, le Gabon et bien sûr ici. Chaque fois qu'une épidémie se déclenche. Je travaille aussi en collaboration avec des collègues spécialistes dans des laboratoires plus sophistiqués en Afrique du Sud. On m'a appelé pour des investigations sur la "fièvre de la Rift Valley" au Kenya. En 1995 je suis parti à Kikwit, dans ma région d'origine, où j'ai découvert que l'épidémie dont on parlait était la fièvre hémorragique à virus Ebola, que le pays connaissait pour la deuxième fois. Grâce donc à l'organisation que nous avions mise sur place, nous avons fait appel à plusieurs amis étrangers qui sont venus des USA, de Suisse, de Belgique et de presque partout. Avec leur aide, nous avons pu donc maîtriser très vite cette épidémie.
£ On a parlé aussi d'une épidémie dans les mines d'or.
Oui, d'abord en 1999 et puis en 2000, au moment de la guerre, il y a eu une autre épidémie, dans la province Orientale, liée aux activités des orpailleurs qui travaillent dans les mines d'or. C'était également une fièvre hémorragique, appelée de Marburg, car son virus a été isolé pour la première fois dans la ville de Malburg, en Allemagne, chez des chercheurs infectés par des singes verts importés d'Ouganda. J'étais envoyé là-bas par notre ministre de la santé, malgré la guerre.
£ Vous êtes comme un pompier qui arrive quand la maison est déjà brûlée.
C'est un peu ça. Nous arrivons toujours tard. Pour l'épidémie de Kikwit, nous avons réagi après cinq mois. Pour les récentes fièvres hémorragiques dans le nord du pays, on a réagi également après cinq mois. Entre-temps, la maladie avait déjà fait beaucoup de victimes. Nous voulons remédier à cela et être prêts. Maintenant nous sommes en train de nous équiper, nous avons des ordinateurs, nous avons un système de communication avec l'intérieur du pays.
£ Selon les statistiques, la moitié des médecins congolais se trouve à l'étranger.
C'est vrai, la plupart des médecins que nous avons formés, se trouvent en Afrique du Sud. Là-bas ils sont bien payés, ils sont appréciés. Ceux qui reçoivent une formation spécialisée en Europe, ne rentrent plus ici; ils préfèrent rester là-bas. Moi qui vous parle, j'ai envoyé quatre de mes assistants en Europe: ils ne sont plus rentrés au pays à la fin de leurs études.
£ La tentation de rester là-bas est si forte ?
Quand vous envoyez quelqu'un à l'extérieur pour une formation, soyez sûr qu'il va disparaître. Il ne va plus revenir. Pourquoi? Parce que les conditions de travail ici sont difficiles, il n'y a pas de motivations, les salaires sont inexistants. J'ai l'impression qu'on ne connaît pas la valeur des gens ici dans notre pays. Je me demande comment pouvons-nous bâtir notre pays lorsque les cerveaux s'en vont. Dans les hôpitaux, il n'y a même pas d'ouate. Ici on appelle les hôpitaux "mouroirs", vous y allez pour mourir. La politique est en partie responsable de l'état malade de notre système médical; elle a négligé le social.
£ Il faut alors un peu de folie pour continuer à travailler ici!
Il faut un peu de tout. Il faut tout d'abord aimer le pays, être un idéaliste et un peu naïf. Laissez-moi vous raconter ceci. Un jour j'ai été convoqué par la sécurité de l'État. Là on m'a demandé: "Pourquoi vous n'avez pas mis le drapeau du Congo au sein de l'Institut? Le fait de ne l'avoir pas mis montre que vous n'aimez pas le pays"! Ma réponse a été: "Écoutez, si je n'aimais pas le pays, je serais déjà parti comme tous les autres"! Je pouvais partir si je voulais, mais c'est l'idéalisme qui me retient ici. Je n'aime pas travailler dans l'anonymat comme aux USA. Je voudrais relever les défis qu'il y a ici. Vous voyez cet Institut, je l'ai trouvé dans un état délabré, maintenant nous sommes en train de le remonter, malgré nos moyens limités. C'est cela la fierté de l'homme. C'est un peu naïf, si vous voulez.! On essaie de faire quelque chose: si ça marche O.K., si ça ne marche pas, tant pis!
Christian Frevel
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