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Il est une chose que je n'arrive pas à comprendre. C'est d'une part la haine et la peur des étrangers, et d'autre part le tribalisme et le racisme. L'on en vient sérieusement à se demander quelle dose d'aveuglement peut pousser un homme, une femme à s'engager dans ces véritables «couloirs de la mort», ou à vouloir ainsi s'enfermer dans l'enclos des coutumes ancestrales qui ne trouvent plus leur justification dans cette société qu'est la nôtre aujourd'hui. Le monde a changé surtout parce que nous-mêmes d'abord avons changé, devenant capables de nous apercevoir qu'en dehors de nos références africaines traditionnelles et régionales, il y avait aussi d'autres hommes qui étaient ni plus ni moins hommes «comme» nous. Il nous reste encore, semble-t-il, à découvrir comment ils le sont «avec» nous et que nous sommes tous «les mêmes»: l'univers est-il vraiment notre village commun, alors? Penser autrement est pour moi signe de sous-humanité, même si l'on est riche à millions et que l'on possède des puits de diamants ou de pétrole. Or donc, cette maman congolaise, de la tribu «Mongo» de Mbandaka (province de l'Equateur), refuse depuis des années, que son fils premier-né lie sa vie à jamais avec celle qui, lunes après lunes, fait la joie de son cœur. Pourquoi cette opposition de la part de cette maman catholique des plus engagées dans sa paroisse? Tout simplement parce que son fils, né à Kinshasa, - ce chaudron bouillonnant des cultures traditionnelles - est tombé amoureux d'une fille solide et séduisante qui a le tort impardonnable d'être née «Muluba» des parents venus de Mbuji-Mayi (province du Kasaï Oriental). Je fus informé du dossier à quinze jours de la conclusion d'une idylle qui s'est confirmée en secret entre les deux jeunes gens, à qui les fiançailles n'ont pas été rendues faciles depuis plus de dix ans. Rageuse, la rébellion s'installa dans mon cœur à moi, prêtre: je conseillai avec fermeté au malheureux jeune homme d'amener sa bien-aimée au pied de l'autel du Seigneur à la date arrêtée! Confortés par ce soutien moral, les jeunes gens ne se firent pas prier deux fois et convolèrent en justes noces! Et maman, à l'étranger, s'est tue, impressionnée...
Kinshasa est l'image-même de ce «village de tout le monde». Ici tous sont liés à tous: dans la même parcelle, dans la même rue, dans le voisinage du quartier, dans le petit «wenze-marché» de la commune, à l'école, à l'église ou au groupe de prière. Malheur à ceux qui ne participent jamais financièrement ou par leur présence aux veillées funèbres ou aux mariages coutumiers des voisins. L'avenir fonce sur nous à une vitesse qui ne nous laisse pas beaucoup de temps pour brasser avec finesse et audace notre existence communautaire afin de protéger notre «âme africaine» à la porte de laquelle vient frapper le destin du monde, à travers le concert des nations, les technologies de pointe, le commerce mondial, la magie de l'internet etc. Nous sommes condamnés à créer cette culture nouvelle, ouverte à l'universel. Au printemps 1999 je débarque à Copenhague, en visite familiale. Le père m'accueille avec ses quatre ados qui dès l'aéroport font la fête à leur grand - oncle maternel. Faisant écho au «Bienvenu!» du père (en français), les enfants baragouinèrent un «lingala» tellement abominable que je m'en inquiétai en regardant leur géniteur! «Ils ont dû dans la semaine mémoriser quelques phrases...». La mère désolée m'expliquera en lingala que les enfants ne parlent que danois à longueur de jour depuis 1992, à l'école, dans le bus, dans la rue ou au marché; c'est leur langue vernaculaire... De mes propres oreilles je les ai entendus se disputer ...en danois guttural! Et lorsque le grand-oncle venu de Kinshasa veut s'adresser à ses petits-neveux de Danemark, c'est en anglais, parce que le français, là, faut pas rêver: ils n'y entendent goutte! Alors là, j'ai élevé le ton, pour conjurer les parents de parler aux gosses en lingala à la maison, de façon systématique, qu'ils les poussent à écouter la musique congolaise, au lieu de les laisser s'abrutir de discos, de raps et d'électros! «En vacances à Kinshasa, avec qui parleront-ils danois?...» Ma petite mise en scène afro-traditionaliste fit marrer les ados: nous étions sur deux planètes différentes.
A l'allure où va le monde, ces planètes culturelles bientôt s'arrimeront les unes sur les autres, et nous les croyants, nous sommes là pour accélérer le rendez-vous interculturel et spirituel, en tant que techniciens de l'universel, du «catholique» (du grec = à travers-toute-la terre). N'est -ce pas là justement le sens profond de la vision de Jean-Paul II? Réunir à Assise, sur la même planète du cœur, les divers peuples, langues, cultures et religions, pour ensemble apprécier la symphonie universelle de la Paix, don du Dieu unique! Plus de juifs, plus d'arabes, plus de nègres ni d'asiatiques ni de blancs: rouge est le sang des hommes!
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