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Le dossier de ce numéro d'Afriquespoir reprend un sujet déjà présenté il y a quatre ans, celui des migrations. Le nombre de gens à la recherche d'un abri, d'un travail, d'un endroit où assurer la survie à sa propre famille ne fait qu'augmenter. On les appelle souvent clandestins, faux réfugiés, envahisseurs, escrocs, criminels, mendiants, trafiquants… Des termes qui peuvent conduire à la fermeture des cœurs et des frontières face à des gens que d'autres appellent, non sans fondement, "demandeurs d'avenir". Devant les multitudes qui frappent aux portes des pays voisins ou lointains la question à laquelle il faut répondre n'est qu'une: "Pourquoi abandonnent-ils leur terre, leur pays?" D'abord, les plus grands pourvoyeurs de migrants ce sont les conflits. Où il n'y a pas de paix, les gens fuient. Saint Augustin disait que "liberté sans sûreté ne vaut rien". C'était vrai lorsque les Vandales envahissaient l'Afrique du Nord et il reste vrai aujourd'hui. L'attaque aux Tours Jumelles et les bombes sur l'Afghanistan ont poussé certains à affirmer que la première guerre du troisième millénaire a éclaté. Il faut donc s'attendre à de nouveaux exodes, à des photos avec de longues files de familles en fuite, à des frontières assiégées. Tant qu'il y aura des guerres, il y aura encore des millions de requérants d'asile qui frapperont aux portes d'autres pays ou seront déplacés dans leur propre pays.
La façon de gérer le pouvoir et l'économie peut pousser les gens à partir. Depuis quelques années on parle beaucoup de la "mondialisation de l'économie", de la "globalisation financière" qui rend les nations totalement interdépendantes et qui, pour l'instant, ne semble pas contribuer à l'élargissement du monde mais à son rétrécissement. Les 50.000 participants au Forum de Porto Alegre (Brésil), le mois de février dernier, l'ont répété sur tous les tons: le fossé entre les pays riches, triomphants, et tous les autres, maintenus dans le rêve d'arriver un jour au même niveau, ne fait que grandir. On y a parlé d'un autre monde "possible", car l'actuel risque de multiplier les menaces d'autres affrontements. Pour éviter que de nouveaux racismes voient le jour, on ne devrait pas oublier que toutes les sociétés ont un passé de migration. Aucun pays de la planète n'est habité par des indigènes, nés sur place depuis la création du monde. Toutes les nations de la terre sont composées de populations arrivées d'ailleurs: toutes formées par des nomades à la recherche d'un refuge, d'un havre de paix, d'une terre à cultiver. Quel congolais, quel rwandais, quel américain, quel turc ou juif peut aujourd'hui se prévaloir d'être de "souche", de n'avoir que du sang pur dans ses veines? "La destinée de l'homme est de devenir citoyen du monde, du grand village global. Se déplacer sur la planète n'est pas une 'violation des frontières', ce n'est pas un crime", a remarqué Stephen Fumio Hamao, président du Conseil Pontifical de la Pastorale pour les Migrants. On aura besoin de nouvelles règles plutôt que de nouvelles murailles. Le dossier spécial de ce numéro d'Afriquespoir voudrait apporter sa contribution afin qu'on puisse voir plus clair dans ce problème.
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