Lorsqu'il était évêque du diocèse de Nakuru, Mgr Raphaël Ndingi Mwana na Nzeki, était connu pour son courage dans la dénonciation des méfaits des autorités. Et maintenant?

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Maintenant, archevêque de Nairobi, vous donnez l'impression d'avoir renoncé à ce charisme qui vous distinguait… Ce n'est pas vrai. Je ne suis pas changé, à Nakuru il y avait plus de problèmes, les gens étaient harcelés, expulsés de leurs champs, arrêtés sans raison. Les propriétés étaient saisies, volées et personne ne défendait les victimes. Je sentais alors que je devais me placer à côté des opprimés. Ici la situation est différente. Je ne parle pas pour le goût de parler, mais lorsqu'il est nécessaire, je fais entendre ma voix.

Le père de la nation, Yomo Kenyatta disait que l'Eglise est la conscience de la société.
Elle est la seule institution pouvant faire quelque chose et je vous assure que je ne suis pas le type qui courbe sa tête devant l'autorité. A ceux qui sont en autorité et agissent malhonnêtement, je dis clairement qu'ils sont en train de trahir la confiance des gens et occupent d'une façon impropre une charge créée pour le bien commun.

Est-ce que vous, les évêques, vous avez la possibilité de faire arriver votre voix jusqu'aux puissances occidentales ?
Les occidentaux ont tellement de problèmes qu'il semble que nous les Africains  ne faisons pas partie de leurs intérêts. Quand est-ce qu'on parle de notre continent? Très rarement et seulement pour les scandales qui provoquent leur curiosité. Ils ne s'intéressent pas aux problèmes qui pourraient un jour devenir les leurs. Le sida, par exemple, qui est en train de tuer nos gens.
Qu'est-ce que l'occident pourrait faire pour les africains dans ce cas spécifique?
Nous aider, sans attendre demain. Si aujourd'hui nous mourons, demain sera leur tour.
Les européens ont les médicaments et ne les donnent pas ou les vendent à des prix absurdes. Ils refusent de nous aider. Il est sûr que dans l'avenir l'Europe, par exemple, dépendra encore plus de nous et de nos ressources. Elle aurait donc tout à gagner en ne permettant pas que le sida nous enlève les forces les meilleures.

Vous êtes optimiste. Moi, je ne le suis pas tellement.

Non! Au Kenya, par exemple, nous sommes en train de travailler à une nouvelle constitution, avec laquelle nous nous proposons d'obtenir les résultats suivants: qu'il y ait des élections libres; qu'on sépare la sphère législative de l'exécutive et du judiciaire; qu'on délimite bien les attributions du président; que les gens puissent faire entendre leurs voix à tous les niveaux. Je suis sûr que notre situation s'améliorera.

Ce n'est pas acquis que la nouvelle constitution fera des miracles. L'Eglise, qu'est-ce qu'elle propose entre-temps?
Elle apprend aux gens à respecter les droits civils et propose son enseignement social. Je peux dire que les gens répondent positivement. L'Europe, malgré ses siècles de christianisme, il y a quelque temps, était pire que nous. Qu'on pense aux guerres monstrueuses qui ont ensanglanté toute l'Europe!

Qu'est-ce qu'on pourrait donc demander à l'Europe?
Qu'elle ouvre les yeux sur ce qui est en train de se passer en Afrique et qu'elle nous aide à stopper le fléau du sida, maintenant! Qu'elle soit consciente que nous avons encore besoin de missionnaires. Qu'elle accueille nos missionnaires pour l'aider dans l'œuvre de réévangélisation. Le  Kenya a 250 missionnaires travaillant dans le reste du monde. Nous les envoyons non pas parce que nous n'avons pas besoin d'eux, mais parce que nous sommes convaincus de l'importance du partage de la foi.

L'année passée les grands médias ont soulevé le problème du célibat de certains prêtres.
Je crois que le célibat est difficile pour tous les êtres humains. Dans la tradition africaine il y a beaucoup de choses qui vont contre; je crois cependant que c'est grâce à cette force que l'Église s'est diffusée et continue à se diffuser. Elle permet la disponibilité totale au service de la communauté. Même si l'idéal du célibat n'est pas toujours respecté, ce n'est pas pour cela que nous devons l'abandonner. Quelqu'un a dit que les idéaux sont comme les étoiles. Elles sont inaccessibles, mais nous orientons notre chemin sur leur position. La fidélité des gens consacrés est pour les mariés une garantie que la fidélité est possible. Nous les Africains ne sommes pas moins capables que nos frères occidentaux d'une fidélité totale au Christ. Peut-être est-il arrivé le moment d'être appelés à donner à l'Eglise les martyrs du 21è siècle, à travers des existences données complètement au Christ, dans le but de devenir non pas une Eglise africaine mais plutôt une Eglise en Afrique. L'Eglise du Christ en Afrique.

Valentino Salvoldi

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