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Le nombre de personnes qui vivent en dehors de leur pays d'origine est estimé environ à 130 millions (2 % de la population mondiale). Parmi eux, presque 50 millions de réfugiés (dont 15 millions avec le statut officiel de réfugiés auxquels s'ajoutent les millions de demandeurs d'asile et les déplacés à l'intérieur de leurs propres pays qui sont sous protection du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés). Il faudrait, par ailleurs, considérer parmi les réfugiés tous ceux qui, poussés par la violence des guerres, se cachent dans les montagnes et les forêts et dont personne ne connaît le sort. Le nombre de tous ces oubliés des statistiques et des grands débats politiques ne cesse d'augmenter. Les sans-papiers seraient environ 30 millions, cachés dans les économies souterraines des pays riches en attente d'une régularisation toujours hypothétique. Les grands médias parlent souvent des migrants, surtout lorsqu'il y a des "bavures" aux frontières: 12 Mexicains morts dans le désert de l'Arizona; 300 immigrants noyés en Indonésie, 58 Chinois sans-papiers, retrouvés à l'arrière d'un camion à Douvres (Angleterre), morts par asphyxie. En sept ans (de 1993 à 2000) 2000 personnes ont trouvé la mort aux frontières de l'Europe, noyées dans le détroit de Gibraltar, étouffées lors de leur expulsion ou dans les lieux fermés où elles étaient «retenues», suicidées après avoir appris qu'on leur refusait l'asile, mortes de froid dans le train d'atterrissage d'un avion, jetées à la mer par des passeurs fuyant les gardes côtes, etc.
Un monde de perdants En Libye, dans le désert à la frontière sud, un camion, immatriculé au Niger, transportant des ressortissants africains, est tombé en panne: 93 passagers sont morts de soif. Une centaine de Somaliens abattus ou noyés dans le golfe d'Aden: le bateau transportait des migrants qui voulaient gagner le Yémen ou l'Arabie Saoudite. 24 réfugiés Burundais brûlés vifs lorsqu'ils rentraient d'un camp en Tanzanie. En Afrique du Sud, au cours de l'année dernière, la police a arrêté 40.000 immigrants clandestins. L'armée en a arrêtés probablement deux fois plus. Les experts affirment qu'en Chine il y a environ 170 millions de sans emploi. On prévoit qu'un million tenteront la voie de l'émigration vers l'Europe... "Il faut que je parte aux Usa, même si je dois revenir dans un cercueil. Pour cela je suis prêt à tout quitter, à revendre la concession familiale. Rien ne peut m'en dissuader" (Syfia international). Ces propos déterminés d'un jeune guinéen témoignent d'une obsession partagée par des millions de jeunes de tous les continents. La plupart des migrants cherchent la liberté ou la possibilité d'améliorer leur sort et celui de leurs familles. C'est la nécessité - économique, politique, sociale - ou le rêve, le "sésame ouvre-toi" de millions de jeunes désireux de compléter leurs études, de trouver un boulot ou un endroit "plus libre". La migration causée par les guerres, la faim ou les opinions politiques, fait partie de l'histoire de tous les peuples. Selon une enquête menée par Caritas Italie, 90% des guerres depuis 1945 ont eu lieu dans des pays pauvres. Elles ont provoqué 35 millions de réfugiés. Mais le phénomène ne fait que s'accélérer. Il ne faut pas s'étonner donc si de plus en plus des populations entières cherchent à quitter des conditions inacceptables pour aller partager ce que leur font miroiter les sociétés développées économiquement, présentées comme les meilleurs ou les plus heureuses. Le Rapport 2000 de l'Organisation Internationale du Travail affirme que «dans un monde de gagnants et de perdants, les perdants ne disparaissent pas comme par enchantement. Ils tentent leur chance ailleurs». Les migrants sont ce monde de perdants, celui de la misère économique, de la violence et des droits de l'homme bafoués par les régimes totalitaires. L'écart est grandissant. 1,3 milliard de personnes dans le monde vivent en situation de pauvreté (avec moins d'un dollar par jour) et 800 millions sont privées d'une alimentation suffisante. Le Produit Interne Brut européen par habitant est 20 fois supérieur à celui de l'Afrique; un Mexicain immigré aux États-Unis multiplie par neuf son revenu mensuel. Un immigré congolais travaillant en Suisse peut gagner en une journée l'équivalent du salaire mensuel d'un enseignant d'école primaire resté au pays. La misère est exaspérée par l'accroissement démographique des pays du Sud. 50% de la population mondiale vit dans des pays où le taux de fécondité est très élevé. Par année la population augmente de 20 millions en Afrique, de 30 millions en Inde et de 50 millions en Chine. Alors que dans les pays du Nord la baisse démographique est constante. Un nombre important de ces pays continuent inexorablement leur vieillissement. Selon un rapport des Nations Unies, l'Europe, pour rééquilibrer sa population active et garder son niveau de développement, devrait accueillir près de 80 millions de personnes d'ici à 2050.
Catégories d'immigrés Les migrants ne sont pas tous les mêmes. Le terme "migrant" recouvre des réalités bien diverses et après l'attentat aux Tours Jumelles du 11 septembre 2001, les exigences de la lutte contre le terrorisme sont en train de modifier, au nom de la sécurité, l'image même du migrant. Les demandeurs d'asile, les réfugiés et les sans-travail peuvent devenir tout simplement des personnes dangereuses, des boucs émissaires. Il y a d'abord le migrant clandestin. Quelque 2 millions de Mexicains sans-papiers sont entrés aux États-Unis au cours des cinq dernières années. Aux Etats Unis - un Pays qui attire plus que tous les autres - les clandestins seraient 5 millions et demi. Un demi-million de personnes traversent chaque année les frontières des pays d'Europe pour passer à l'Ouest. Sur ce demi-million, la majorité ce sont des clandestins, c'est à dire des "pauvres". Alors que sur le plan économique, le mot d'ordre est partout à l'élimination des barrières tarifaires, à la libre circulation des biens et des services, des ressources et des cerveaux, pour ces "envahisseurs" ne disposant que de leurs bras, l'accès est très difficile. Au Japon - ainsi que dans de nombreux pays industrialisés - il y a de la place pour des travailleurs étrangers pour des emplois peu ou non qualifiés, considérés comme «sales, pénibles ou dangereux» désignés sous le sigle des «3K» (en japonais. «Kitanai, Kitsui, Kiken»). Des centaines de milliers d'Iraniens, Pakistanais, Bangladais, Thaïlandais, Philippins, Ghanéens, Chinois ont trouvé une embauche. Mais les autorités japonaises se gardent le pouvoir d'expulser ces immigrés du jour au lendemain si la conjoncture devenue défavorable rend leur présence inutile. Des attitudes, celles-ci, ayant pour conséquence de renforcer la dangerosité des frontières et de livrer de nombreux immigrants aux négriers modernes. Des filières organisent les traversées clandestines par camion, trains, bateau, à pied. La traversée de la Manche (32 km) - payée au préalable - va de 500 à 1000 dollars. Pour quitter la Chine en direction du Canada ou de l'Australie, les trafiquants demandent environ 40.000 dollars. Des sommes que les aspirants ne peuvent évidemment pas payer et le piège se referme à l'arrivée. Les clandestins sont privés de papiers et doivent travailler, dans des conditions proches de l'esclavage, pour s'acquitter de leur dette. L'Organisation Internationale du Travail estimait, en 2000, le trafic d'immigrés irréguliers et de réfugiés, de 5 à 7 milliards de dollars. D'autres sources d'informations assurent que le chiffre d'affaires est fabuleux: 3 milliards de dollars le passage Afrique du nord - Europe; 12 milliards entre Chine et Europe; 3 milliards entre Kurdistan et Allemagne; 4 milliards et demi entre Irak et Europe; 1 milliards et 400 millions entre Turquie et Grèce. Tous les pays voudraient recruter les meilleurs et les plus brillants et pouvoir dire aux sans-papiers "Vous n'avez qu'à tenter votre chance chez vous!" C'est normal, mais c'est aussi de la mise en scène car on feint d'ignorer l'énorme développement des économies parallèles et souterraines qui emploient de la main d'œuvre non-déclarée et génèrent ainsi de fabuleux bénéfices. Dans quatre États américains (Californie, Arizona, Washington et Texas) 800.000 enfants travaillent dans le secteurs de l'agriculture.
Des êtres humains On ouvre les portes aux gens qualifiés. Selon les estimations de la Commission européenne qui a étudié le problème, chaque année environ 20.000 spécialistes africains (médecins, professeurs d'universités, ingénieurs, experts-comptables, etc.) quittent le continent. Plus de 21.000 médecins nigérians exercent aux États-Unis, alors que le système de santé du Nigeria manque cruellement de professionnels. 60% de médecins ghanéens formés localement dans les années '80, ont quitté le pays. Aux États-Unis on a calculé que pour chaque cadre de haut niveau recruté dans les pays en voie de développement, on économise entre 20.000 et 30.000 dollars en frais de formation. Le coût de cet exode de cerveaux est une véritable plaie pour le développement du continent. Le Rapport des Nations Unies précise que les pays africains sont obligés de payer à prix d'or des experts étrangers pour remplacer leurs propres ressortissants qualifiés partis ailleurs. Quelque 100.000 coopérants étrangers coûtent à l'Afrique 4 milliards de dollars par an, soit 35% de l'aide publique au développement du continent. Depuis vingt ans s'est nettement développée la migration féminine. Près de 50% des migrants internationaux qui frappent aux frontières européennes, sont des femmes. Ce nouveau visage de la migration entraîne une évolution des comportements, souvent liée à des difficultés d'insertion, une baisse de la fécondité, mais aussi un véritable trafic des femmes et la prostitution. Toujours selon les Nations Unies, 4 millions de femmes et de jeunes filles sont achetées et vendues chaque année dans le monde. Parmi elles, 7.000 Népalaises, contraintes de travailler comme sex workers dans les maisons de Delhi ou de Bombay, et deux tiers des 55.000 prostituées du Cambodge recrutées de force. Selon l'association Empower, le tourisme sexuel rapporte annuellement 1 milliard de dollars à la Thaïlande. On estime que, chaque année, environ 200.000 femmes en provenance des pays de l'Est tombent entre les mains des proxénètes européens. Selon Mme Larysa Kobelyanska, responsable de la Ligue féminine de Kiev, 100.000 Ukrainiennes ont été en quelques années victimes des réseaux criminels de l'industrie du sexe. On voit de plus en plus au cœur de Paris des jeunes filles africaines et qui ne connaissent de la langue française que des expressions comme "amour? 100 francs!" Les lucioles noires, c'est comme ça qu'on les appelle, sont ces jeunes filles venues en majorité des pays de l'Afrique de l'Ouest. Elles sont surtout originaires de la Sierra Leone, du Nigeria où, dit-on, se trouvent organisés d'importants réseaux et filières de passages des jeunes filles vers l'Europe. Une fois arrivées dans le vieux continent, elles sont récupérées par des maffias organisées qui les emploient au service de la prostitution dans toute l'Europe. (D.I.A., 21.01. 2002) Il y a ensuite le migrant réfugié. Le nombre des réfugiés dans le monde ne fait qu'augmenter. 50 millions. C'est le nombre approximatif des réfugiés proprement dits (20 millions) et des PDI, Personnes Déplacées à l'Intérieur de leur propre pays (30 millions). La guerre est toujours la plus grande pourvoyeuse de migration forcée. Dans neuf cas sur dix, les victimes des guerres modernes sont des civils. Tueries, viol, emploi de la torture, "disparitions" et d'autres abus poussent les gens à fuir. Des millions d'êtres humains qui, chassés de leurs foyers par les guerres, les violences, les massacres, ou bien encore la faim, la pauvreté, les désastres écologiques, changent de statut. Les voilà devenus réfugiés, personnes déplacées, migrants forcés... Ils ont presque tout perdu en fuyant vers des territoires ou des pays voisins, supposés plus hospitaliers, mais dans lesquels ils sont souvent malvenus. Du jour au lendemain, ils sont précipités malgré eux dans des lieux où, privés de leurs droits élémentaires, ils ne peuvent ni se nourrir, ni travailler, et ne doivent compter pour survivre au moins dans les premiers temps de l'exil que sur la générosité des États qui les accueillent et de la communauté internationale. Il ne faut pas imaginer que tout le monde se précipite à leur secours: ce serait ignorer les blocages psychologiques, politiques et administratifs des nations concernées et des organismes d'aide. Certains pays protestent ou ignorent les dispositions humanitaires établies. "Nous ne pouvons tout de même pas accueillir chez nous le monde entier!» Aujourd'hui on parle de «fatigue des pays donateurs".
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