¦ La région de Bondo a été soumise à toutes les entraves de la guerre: violence, insécurité, paupérisation…

J'ai beaucoup appris. Après avoir visité les gens pour me rendre compte de la situation, j'ai convoqué l'assemblée diocésaine. Notre pauvreté n'est pas déterminée par le manque des biens matériaux. Nous avons une terre fertile, eau en abondance, minéraux précieux. Nous avons conclu que notre pauvreté est le fruit d'une relation d'oppression.


¦ Que signifie une relation d'oppression ?

Signifie considérer l'autre inférieur. Il arrive dans le mariage entre homme et femme, dans l'Etat, dans l'Eglise entre prêtre et laïc, dans les relations économiques. Ceci est un péché. Mais nous savons que le Christ, par la puissance de son Esprit, change totalement la structure des relations tant interpersonnelles que communautaires. Nous voulons établir une alliance avec tous les êtres humains, considérer comme frère aussi l'ennemi. On doit former une Eglise de frères et sœurs qui construisent cet état de chose.


¦ De quelle façon peut-on changer la mentalité et commencer un processus alternatif?

Nous avons épinglé trois éléments principaux. D'abord voir l'autre non pas comme un ennemi, mais une chance. L'autre c'est le bien le plus précieux que nous avons sur la terre parce que sans l'autre nous n'existons pas. On vit seulement pour l'autre, avec l'autre et grâce à l'autre. Puis nous ne devons pas considérer les biens terrestres seulement pour leur utilité. Il s'agit d'établir une alliance aussi avec les choses de la terre, qui sont un don de Dieu. Enfin, nous devons vivre en communion avec le monde des saints, qui n'est pas un monde à part. Parce que tous nous sommes en chemin vers le Père.


¦ Mais comment s'approche-t-on concrètement de l'autre ?

L'alliance avec l'autre nous engage à vivre à travers des actes concrets. Dans le diocèse nous avons constitué différents services: agriculture, élevage, santé, enseignement/éducation, construction de ponts. Il est nécessaire que les gens puissent voir que notre fraternité passe à travers des gestes concrets. Elle demande nécessairement un service, une diaconie. Ceci est un aspect fondamental pour une Eglise qui se veut Eglise fraternité.


¦ Vous-vous déplacez beaucoup

Pour être Église de fraternité, il faut sortir de soi-même; il est indispensable d'aller vers l'autre, de se mettre en route pour rencontrer les autres. Comme Jésus l'a fait. C'est l'itinérance comme signe de fraternité, afin que nous puissions devenir une humanité fraternelle, où tous sont au service de tous, et que nous puissions marcher ensemble vers le Père. Même si l'Afrique traverse une période difficile, nous ne devons pas oublier que nous les petits, nos communautés, nous sommes en alliance avec Dieu qui nous a aimé jusqu'à devenir notre frère.


¦ Vous visitez seulement les familles catholiques ?

L'itinérance, comme nous appelons ces actions, est adressée à tous. Pas seulement aux familles catholiques ou à ceux qui se disent chrétiens. Cela n'aurait pas de sens, nous allons dans les maisons de tous. Le Christ nous a envoyé pour tout et tous, en particulier pour aider les plus nécessiteux, les exclus, les marginalisés


¦ Peut-on dire que dans cette région, il y a beaucoup d'exclus?

Oui, c'est vrai, tous nous sommes un peu exclus. Les uns plus que les autres, malgré tout.

Mais ici, dans la situation actuelle, 90% des personnes sont marginalisées, c'est-à-dire, ne vivent pas une vie digne, ne jouissent pas d'une vraie condition humaine.

Cela à cause des conditions socio-politiques: le pays a été divisé et pillé par différentes armées.


¦ Mais vous parlez de vie spirituelle ou matérielle?

Nous ne distinguons pas les deux réalités. Ce sont des aspects de la vie qui sont inséparables. Nous pensons que la primauté n'appartient à personne en particulier. N'appartient ni au blanc ni au noir, ni au chrétien ni au musulman, n'appartient ni à l'Occident ni au Tiers Monde, ni au Nord ni au Sud, ni au riche ni au pauvre. Je veux dire que le destin de l'homme, c'est l'entente, la concorde, l'union dans la paix.

Telle est la volonté de Dieu. Nous ne distinguons pas entre le profane et le sacré. Il y a en tout une unité très forte, une unité comme celle qui existe ici, par exemple, entre la forêt et les peuples qui l'habitent.


Carlos Narciso, SIC

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Mgr Philippe Nkiere Nkena, évêque du diocèse de Bondo (au nord de la RDC), indique comment on pourrait construire, en changeant les relations dans la vie de chaque jour, une alternative à une réalité d'oppression et d'exclusion

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