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Des lieux de silence La vie dans les quartiers et les familles de Kinshasa est assez mouvementée et il s’y trouve difficilement des lieux favorisant le recueillement et la prière personnelle. Dans les paroisses, les grottes sont des espèces de chapelles ou oratoires ouverts, où le silence et le recueillement d’autrui sont respectés. Les enfants ne vont pas y jouer, et personne n’y va pour faire du bavardage. Avant la construction d’une grotte dans une paroisse, les catholiques qui sentaient en eux le désir de faire un moment de silence pour prier ou méditer devaient attendre les heures où l’église était ouverte et en dehors des célébrations liturgiques. De plus, comme les églises sont généralement fermées et qu’on n’ouvre que pour les célébrations ou le nettoyage, ce genre de personnes ne pouvaient pas traîner longtemps devant le saint sacrement ou la statue de Marie ou d’autres saints : il ne leur restait souvent que la possibilité d’allumer une bougie à la hâte. Des lieux publics Les grottes mariales rendent aujourd’hui un grand service dans la mesure où les personnes désireuses de se recueillir ont maintenant un lieu où elles peuvent venir à toute heure de la journée et aussi longtemps qu’elles le désirent. Beaucoup de nos catholiques ont tendance à concentrer la figure mariale sur l’aspect des apparitions et des miracles. Or le personnage de Marie, la mère de Jésus-Christ, est plus que cela : dans la Bible et dans la foi catholique c’est la figure par excellence de la confiance en la parole de Dieu et de l’accueil du Christ dans la vie de la personne humaine. Tout d’abord, la figure de Marie et un témoignage permanent de la fidélité de Dieu à sa parole et à ses promesses. L’afficher publiquement, c’est proclamer que Dieu ne décevra jamais les êtres humains que nous sommes, la preuve étant les merveilles qu’il a accomplies dans la vie d’une femme de notre terre, appelée Marie. Placer à un endroit élevé et bien visible la statut d’une personne qui n’a jamais été déçue dans sa confiance en Dieu, c’est inviter tout être humain à oser faire le pas de foi que cette femme avait risqué. Les Kinois et Kinoises aiment les témoignages des personnes qui ont expérimenté les merveilles de Dieu dans leur vie. La figure de la mère de Jésus-Christ est également une invitation permanente à oser croire en Jésus-Christ comme Fils de Dieu et Seigneur de toutes choses. Les paroles de Marie de Nazareth retentissent à travers le symbole de sa statue, pour qui sait lire et entendre le langage artistique. La statue de Marie est une invitation à ceux et celles qui ne connaissent pas encore le Christ, à croire en lui, car Marie de Nazareth témoigne : « Faites tout ce vous dira le Christ et vous aurez la surprise de voir l’eau de votre vie et de votre entourage changée en vie meilleur que celui que vous avez pu goûter jusqu’à présent » (cf. Jn 2,5-7). Cette statue rappelle en permanence aux chrétiennes et chrétiens : « croire véritablement dans le Dieu qui rien n’est impossible, c’est oser s’abandonner à lui. Ce n’est pas d’abord que lui soit à mon service, mais que moi je sois la servante du Seigneur et que tout se passe dans ma vie selon sa parole » (cf. Lc1,38). Des lieux d’annonce L’architecture des grottes comporte un symbolisme qui pourrait servir de tremplin pour l’évangélisation en profondeur. Tout d’abord, la forme d’une grotte rappelle les apparitions de Lourdes, où le message de la Vierge Marie était le cœur même de l’évangile : « Convertissez-vous au Christ ». Ensuite, la statue de Marie la représente avec un chapelet : il est clair que Marie n’est pas en train de se dire à elle-même « Je vous salue Marie » ! Marie portant un chapelet invite à la prière : le Christ, le Fils de Dieu, a été sur terre un homme de prière et Marie sa mère, que nous exaltons, affiche publiquement que la prière fait partie de son identité. Alors qui sommes-nous pour oser parfois nous passer de la prière dans notre vie chrétienne ? Marie nous invite à méditer avec elle les mystères de la vie du Christ et à prier avec elle pour notre salut et pour le salut de ce monde. Ce n’est pas regarder Marie, mais regarder dans la même direction que Marie, elle qui désire ardemment faire la volonté de Dieu et se laisser imprégner de sa Parole: «que tous se passe dans ma vie selon la parole de Dieu. Je suis la servante du Seigneur … faites tout ce qu’il vous dira.» Une multitude Les grottes mariales comportent pratiquement toutes un autel destiné à célébrer l’Eucharistie, comme pour signifier que l’unique Sauveur du monde, c’est le Christ Jésus et qu’une prière n’est chrétienne que si elle est faite « en Jésus-Christ-2, l’intercesseur par excellence. Enfin, ces grottes comportent généralement des bancs en demi-cercle et un lieu pour allumer les bougies. C’est dire que la foi en Dieu est une foi qui nous convie à une fraternité en Christ : on n’est jamais seul devant le Dieu qui nous a sauvés. Lorsque Dieu nous justifie en Jésus-Christ, il nous donne aussitôt une multitude de « frères, sœurs, mères, enfants » (cf. Mc 10,30 et Jn 19,27), tout comme lorsqu’il comble Marie de ses grâces et qu’elle bénéficie du salut offert par la Croix du Christ. Marie n’est pas seule devant Dieu : elle a des « fils » (cf. Jn 16,26). Nous, les disciples du Christ, ne sommes jamais seuls devant le Christ, symbolisé par l’autel : nous sommes en demi-cercle pour construire une fraternité en Christ, appelée à témoigner de son salut et de sa lumière. On ne peut allumer une bougie, symbole du Christ « lumière du monde » et rappel de notre baptême, sans s’engager à devenir soi-même une lumière pour les autres et pour le monde. Nous pouvons conclure en disant que les multiples grottes qui forment le paysage artistique chrétien de Kinshasa, et qui sont désormais un patrimoine de l’architecture urbaine sont des lieux publics qui, bien exploités, peuvent aider à une évangélisation en profondeur aussi bien pour les dévots et dévotes de Marie que pour toute personne de bonne volonté. Y est annoncé l’essentiel de la foi chrétienne. On peut seulement regretter le fait que l’implantation des statues et de l’architecture d’Europe sans effort d’inculturation ainsi que le grillage qui « emprisonne » la statue de Marie ne favorisent pas une perception facile du message spirituel véhiculé. Sr Josée Ngalula, Rel. St André.
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