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Un mot de plus en plus utilisé dans l'espoir de trouver une solution aux différents conflits est celui du
dialogue. Et puisque les conflits sont nombreux, c'est presque tous les jours qu'on en entend parler. "La Corée du Nord s'entrouvre au dialogue avec Washington. Les deux présidents malgaches ont dialogué, se sont embrassés et ont annulé le verdict des élections. Le dialogue entre Cameroun et Nigeria pour la souveraineté de la presqu'île de Bakassi est bloqué. Les canons ont tué le dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Déchiré par la guerre la plus cruelle d'Asie, le Sri Lanka s'achemine lentement vers le dialogue. Deux heures de dialogue entre Ange Patassé (RCA) et Idriss Deby (Tchad) ont mis fin au froid de leurs relations…" On dit que notre continent connaît le dialogue depuis. On l'appelait palabre, le lieu où la parole avait la toute puissance de mettre fin à la violence. La palabre était plus forte que les armes et avait ses codes: le dernier mot revenait aux anciens du village, c'était interdit de couper la parole, on signait l'accord en buvant dans la même calebasse… Le dialogue moderne est beaucoup plus complexe. Il n'est plus une affaire de supposés sages ou vieux du village et lorsqu'on signe l'accord final, les accolades sont accompagnées d'un verre de champagne ou de bière fameuse. Parfois il finit en queue de poisson, pour des raisons mystérieuses, que la populace n'a pas le droit de connaître mais que tout le monde devine: aucun dialoguant n'est disposé à perdre la face. Un réfugié soudanais à Nairobi, Makur Kot, a ainsi expliqué les échecs qui depuis vingt ans finalisent les négociations dans son pays: "Ce sont mes compatriotes et je connais leur mentalité. Au cours de leurs pourparlers, ils se contentent simplement de s'accuser".
Un deuxième mot devrait s'imposer: la
solidarité,
terme signifiant d'abord que lorsqu'on prend de grandes décisions on ne peut plus procéder en solitaire. Ceux qui croient qu'en se mettant ensemble et qu'en partageant ressources et pouvoir risquent de s'appauvrir, ce sont des gens qui ne travaillent pas dans la bonne direction. La question de la paix et d'une juste distribution des biens concerne désormais chaque société et tous les continents. Avant d'être un nouveau monstre de l'apocalypse ou l'annonce de l'arrivée prochaine du paradis terrestre, la mondialisation invite tout le monde à changer les lunettes. On est obligé de s'entendre. Dans le cas contraire, on assistera à des affrontements sans nombre et à une destruction de ressources encore plus grande. Les manifestations de ces dernières années contre la 'mondialisation sauvage à Davos, Seattle, Gênes, Barcelone, Porto Alegre, New York, Washington répètent que la solidarité est le principal enjeu de l'avenir. "Un autre monde est possible, si on le désire", on a chanté à Porto Alegre (février 2002). Au cours des derniers mois les affrontements entre Israeliens et Palestiniens ont fait la une des journaux et des télévisions. La montée de la haine semble irréversible, ces deux peuples ne pourront jamais s'entendre. Eh bien, le 6 juin de l'année dernière était passée presque inaperçue la nouvelle suivante: un jeune père de famille israélien, Yigal Cohen, avait reçu par greffe le cœur d'un Palestinien. La famille du défunt avait accepté que le cœur de leur fils de 33 ans, Mazen Djoulani, tué dans des circonstances mystérieuses, soit prélevé afin de "sauver des vies, qu'elles soient juives ou palestiniennes". Un homme a été sauvé grâce à un adversaire. Voilà un geste inespéré, annonçant un monde nouveau en action, une famille humaine finalement solidaire. |

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