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Entretien avec Christian Sina Diatta |
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Sina Diatta est professeur de Physique à l'Université de Dakar. Après le doctorat à l'Université d'Orsay, à Paris et sept ans d'enseignement à l'université d'Orléans, il est retourné au Sénégal, où il a créé un doctorat en Physique Atomique et Nucléaire à l'Université de Dakar. Il dirige l'Institut sénégalais de Technologie nucléaire appliquée. Pendant longtemps le prof. Diatta a été dirigeant de la jeunesse estudiantine catholique (JEC). |
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ª Vous avez quitté la France pour revenir au Sénégal… Les conditions qu'on m'offrait en France étaient formidables. J'étais dans un centre de recherche de renommée internationale. Cependant, j'ai pensé que je devais montrer ce dont j'étais capable de faire comme scientifique en Afrique. ª Il y a des savants qui ne reviennent pas. C'est tout à fait normal. La nature humaine n'est pas suicidaire et les gens tendent à s'installer où c'est mieux pour eux. Mais avec la formation et les contacts internationaux que j'ai, je reste en contact avec l'extérieur. Je ne suis pas un scientifique isolé, parce que je suis au Sénégal. Le gouvernement ne nous offre pas beaucoup de moyens, mais je fais partie d'un réseau international de scientifiques avec lesquels je suis en contact permanent. D'autre part, en créant un doctorat à Dakar, je prétends convaincre mes collègues de l'extérieur qu'il est aussi possible de faire de la Physique en Afrique. ª Pour beaucoup d'occidentaux, il semble une contradiction de parler de technologie nucléaire et l'Afrique ? La science n'a pas de frontières. On ne peut pas dire à un scientifique d'attendre qu'un pays arrive à un certain niveau de développement pour dire: maintenant on peut faire de la science ici. Il y a des aspects négatifs de la technologie nucléaire, comme les bombes ou les accidents dans les centrales nucléaires, mais tout cela peut être contrôlé. La technologie nucléaire permet de réaliser un certain type d'analyses médicales, combattre le cancer, mesurer l'humidité du sol pour voir quel type de plante on peut cultiver, faire des examens radiologiques… Il faut aussi contrôler les radiations de certains produits que l'Occident exporte. Il y a des mines avec des composants radioactifs au Soudan et au Nigeria, qui contaminent des sources d'eau. La mission des scientifiques nucléaires c'est de surveiller l'utilisation de l'énergie nucléaire, dans le sens de la radioprotection des gens. Les radiations nucléaires sont répandues en Afrique plus qu'on ne le croit. Et pourtant, le nucléaire est nécessaire du point de vue de la formation, de la recherche et des services. ª On ignore si l'Afrique s'est ouverte au nucléaire ? C'est vrai que les Occidentaux voient en Afrique la nature, l'exotique. Mais il y a aussi des Institutions de Science nucléaire en Afrique. Et pas seulement une, mais plusieurs. On peut consulter la liste de l'Agence internationale de l'Energie atomique. On y trouve plusieurs pays africains qui ont des centres d'énergie nucléaire: Sénégal, Ghana, Nigeria, Tanzanie, Kenya, Zambie, Afrique du Sud… Il y a des échanges de technologie entre Europe et les Pays africains. Par le Centre International de Physique théorique de Trieste, dont la vocation est de contribuer à un plus grand développement de la Physique théorique au Tiers Monde, passent chaque année 3000 chercheurs. ª Votre position n'est pas la plus commune. Il est évident que nous les chrétiens, nous nous questionnons sur ce que nous faisons et nous avons un souci d'être présent parmi les autres. Nous les chrétiens, nous sommes appelés à améliorer les conditions de vie des pauvres. Un défi pour les scientifiques chrétiens c'est celui d'investir des efforts pour contribuer au développement scientifique de l'Afrique et créer les conditions qui permettent d'inviter les scientifiques du nord à venir travailler en Afrique. ª Vous êtes catholique: quel est le rapport entre les musulmans et les catholiques au Sénégal? Officiellement très bon. Dans les moyens de communication, les catholiques sont traités à parité avec les musulmans, mais de plus en plus il y a une influence des pays arabes. Cela est en train de créer une inégalité. C'est un phénomène croissant. ª Vous êtes de Casamance: comment voyez-vous la situation actuelle? Difficile. On ne comprend pas le problème de la même façon en Casamance et en dehors. Les moyens de communication ont créé une situation toujours plus complexe. La Constitution et d'autres textes de loi du Sénégal devraient être revus. Les problèmes culturels et historiques doivent être tenus en compte dans ces textes et examinés dans une attitude de vérité. J. Ignacio Cortés |