
|
Le Peuple ! On lui a donné des titres et caractéristiques fantastiques: Souverain absolu dont la Voix est celle de Dieu. Simple théorie ?
En parlant ici du peuple, nous voulons le considérer tel qu'il se présente à la cité, dans nos villages et quartiers etc. Le peuple est alors cette majorité de gens fatigués, déçus et frustrés. C'est la foule de chômeurs ou de petits boulots éphémères; ce sont les fonctionnaires de l'Etat impayés ou mal payés avec un salaire de misère. Peuple sont aussi ces papas, ces mamans, ces jeunes garçons et filles obligés de faire des kilomètres à pieds pour se procurer quelque chose afin de « tromper la faim », ou résoudre si possible quelques autres problèmes urgents (scolarité, santé, loyer…). Les jeunes constituent évidemment la part la plus nombreuse du peuple, du moins en Afrique ; ils sont la couche la plus délaissée et mal préparée à assumer demain des responsabilités. Dans certains pays africains il y a plus d'une génération sacrifiée et dont la récupération relève plus du miracle divin que du travail humain, hélas !
En temps de guerre, le peuple sert de chair à canons (cas d'enfants-soldats placés en première ligne ou de jeunes recrutés de force dans les armées rebelles ou régulières) ou il est la partie de la nation qui paie le plus lourd tribut (morts, blessés, réfugiés, déplacés). Il subit parfois les atrocités les plus cruelles: c'est à ce peuple de mamans, de pères de familles, de jeunes, d'enfants auxquels on a coupé des bras, des pieds, des mains comme ce fut le cas en 1999 en Sierra Leone. La période de partis uniques en Afrique est remplie de tristes souvenirs de dictateurs prétendant réunir le Peuple autour d'eux pour leur bien. Ces «Messieurs» n'hésitaient pas à se faire acclamer «Père de la Nation», «Guide éclairé», «Timonier national», «Sauveur de la Patrie». Les rebelles, quant à eux, se font appeler «Libérateurs». Il fut un temps où une très grande partie du Peuple a effectivement bu à cette démagogie, a chanté et dansé, en leur honneur jusqu'à quand le peuple n'ouvre les yeux et démasque la manipulation dont il est victime. «On peut tromper une partie du peuple tout le temps mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps» a affirmé Abraham Lincoln. La réponse que nos peuples ont donnée a été simple: les chefs ont été tout simplement vomis.
Il est aussi vrai que souvent les chefs sont faits à l'image de «leur» peuple; est-ce à dire que les peuples mériteraient les «princes» qui les dominent jusqu'à quand ils acceptent passivement de subir l'oppression ?
Mais une certaine forme de pratiquer la religion a aussi sa part de responsabilité dans le malheur et l'humiliation de nos populations. Dans nos pays où l'économie et la politique sont par terre, l'institution sociale «religion» jouit, étrangement, d'une parfaite santé au grand bonheur de trafiquants de religion déguisés en prophètes.
Depuis quelques années cependant, dans le domaine politique, la situation a commencé à changer. C'est la dure réalité sociale qui a sonné l'alarme. Le paradis terrestre promis par les régimes dictatoriaux et corrompus se sont révélés une pure comédie.
Le Togo par exemple vit depuis une douzaine d'années dans une économie sous perfusion. Le Congo Démocratique patauge dans une pauvreté indescriptible.
La contestation populaire en Afrique Noire a commencé de manière décisive surtout dans les années '90 lors des Conférences nationales. Ce fut l'époque de la mise en question du statu quo et d'une réelle volonté populaire de bâtir les Nations sur de bases nouvelles que sont la démocratie, l'Etat de droit, le respect des droits de l'homme, une économie centrée sur les besoins réels du peuple. L'expérience, on le sait, n'a pas toujours bien fonctionné partout.
Si le Bénin, le Sénégal et le Mali restent des points d'honneur dans ce processus, d'autres pays constituent jusqu'aujourd'hui, pour l'Afrique, de vrais cas de conscience.
Le peuple veut participer toujours plus à sa propre destinée. Une nouvelle forme de sa prise de conscience et de responsabilité est la pression de la rue dont les jeunes surtout sont les protagonistes. Cela se voit par la désapprobation courageuse des fraudes électorales, de l'impunité, de la corruption, de la violence et d'autres méfaits de nos dirigeants surtout. Le 16 février 1992 dans l'ex-Zaïre, la marche gigantesque du peuple a arraché du dictateur la réouverture de la conférence nationale souveraine. En 2000 des milliers de jeunes ont chassé le président Guèi du trône. Nous assistons à des exemples édifiants d'une Afrique qui bouge et cherche à prendre sa destinée en main. Comment ne pas s'en réjouir ? P. Kouévi Adjétey Louis |

|
Il n'y a pas de paix sans justice; il n'y a pas de justice sans pardon. Jean-Paul II |