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Jean Paul II ajoute ce 20 octobre 2002 deux nouveaux noms à la liste

des Martyrs de l'Ouganda: ceux des catéchistes David Okelo et Jildo Irwa, de Paimol, assassinés le 18 octobre 1918, dans le District de Pader

(autrefois Kitgum), à environ 500 km au nord de Kampala.

Les premiers missionnaires Comboniens reçurent l'autorisation d'entrer en Ouganda en 1910. Six ans plus tard ils donnent le baptême aux premiers catéchumènes. Font partie du groupe David et Jildo, âgés respectivement de seize et treize ans.
Après avoir terminé le cours de catéchisme, les deux demandent de fréquenter l'école qui prépare les catéchistes pour les villages éloignés de la paroisse centrale.
Une fois terminée leur préparation, David et Jildo s'attendent d'être engagés. Le moment attendu arrive bientôt. Antoine, catéchiste à Paimol et beau-frère de David, décède brusquement, victime, avec toute probabilité, de la famine qui fait rage dans la zone. Le curé de la paroisse de Kitgum, P. Gambaretto, ne voudrait pas le remplacer: «J'avais peur que la famine et la violence qui l'accompagnait ne fassent d'autres victimes», écrivait-il plus tard.
Un jour David se présente au curé «Qui remplacera Antoine?», lui demande-t-il. «Je n'ai personne», répond le prêtre. Le jour suivant David revient avec Jildo: «Père, dit-il, si tu es d'accord, nous pourrions aller ensemble à Paimol». Le curé jette de l'eau froide sur les deux jeunes, en soulignant les difficultés qui les attendent et, surtout, leur jeune âge. «Venez demain, on verra», conclut-il.
Le lendemain les deux jeunes se présentent avec une natte et une couverture. En les voyant le curé répète de nouveau qu'ils sont trop jeunes, mais Jildo réplique que David est suffisamment costaud et qu'ils travailleront ensemble. «Et si là-bas on vous tue?»
Leur réponse, immédiate et simple, est: «Nous irons au ciel»! David ajoute qu'il est convaincu qu'Antoine, le catéchiste qu'il va remplacer, n'avait pas eu peur de la mort et qu'il était sans doute déjà au ciel, «Est-ce que Jésus n'est pas mort pour nous?», dit-il en souriant.

Ils sont décidés. Ne sachant plus que dire, le curé entre dans son bureau, prend un catéchisme, quelques petits livres et un rosaire et il les donne aux deux jeunes, avec sa bénédiction.

Les débuts

Paimol, plus tard on l'appellera Wi-polo, se trouve à environ 70 km de Kitgum. Accompagne les deux jeunes, le chef catéchiste de la zone. Ils sont bien accueillis par Ogal, le bras droit du sous-chef de Paimol.
Les villageois leur assurent la nourriture; de leur côté les deux catéchistes cherchent à rendre de petits services. Ils commencent aussi à enseigner la parole de Dieu, sous un arbre, à tous ceux qui expriment le désir de la connaître. Ils visitent les personnes âgées et les malades. De temps en temps le curé et le chef des catéchistes passent les visiter.
Leur comportement inspire confiance et les parents envoient volontiers leurs enfants pour qu'ils apprennent la "Parole".

Mais l'orage s'approche. La région de Kitgum a été annexée au Protectorat anglais en 1911-12, non sans difficultés, car les gens sont fortement opposés à toute domination étrangère.

Les Anglais ont bientôt commencé à ouvrir des routes, à construire des ponts primitifs et des maisons de passage pour les fonctionnaires en visite. Ils s'attendent à ce que les gens donnent leur collaboration et ils remplacent les chefs traditionnels peu coopératifs avec d'autres plus dociles.
Ils ouvrent de petites écoles, surtout pour préparer du personnel de l'administration et demandent aux missionnaires anglicans et catholiques de collaborer dans ce domaine.

Les missionnaires savent que certains secteurs de la société sont allergiques à l'école obligatoire. En effet, les gens suspectent que la Waraga, l'école où l'on apprend à lire et à écrire, ne soit un piège, dont ils ignorent le vrai but.
Malgré l'opposition de quelques missionnaires qui voudraient se limiter strictement à l'évangélisation, les responsables de l'Eglise catholique acceptent le défi.

"Ils suggèrent…"

Un jour, le commissaire anglais, à la suite des plaintes présentées par les gens, rétrograde le sous-chef de Paimol, Lakidi, en le remplaçant par un autre, appelé Amet. Conduit à Kitgum, Lakidi est gardé à vue pendant un certain temps; puis il récupère la liberté et peut rentrer à Paimol. Peu de temps après, au retour de la chasse, Lakidi refuse de partager la proie (une autruche) avec Amet, selon la coutume. Une bagarre éclate et Lakidi se sauve dans le territoire de Karimojong, où il entre en contact avec des bandits musulmans, apparemment originaires de Somalie ou d'Ethiopie, impliqués dans le trafic d'ivoire et qui se promènent armés. Ils acceptent de se rendre à Paimol et de donner un coup de main à Lakidi, contre Amet.
Bientôt ils expriment l'opinion que c'est à cause de la religion chrétienne introduite par les missionnaires que la famine et les épidémies ravagent la région. Et ils suggèrent qu'il faut les expulser. Cet avis est partagé par les chefs religieux traditionnels.
Le soir du samedi 17 avril 1918, le chef catéchiste frappe - comme d'habitude - le tam-tam pour la prière du dimanche. Il est attaqué par un groupe de gens furieux, qui lui disent: «Tu nous as fatigué assez»! A son étonnement - il avait fait cela depuis longtemps sans que personne n'ait protesté - ils rétorquent: «Attends et tu verras demain avec tes propres yeux»!
Plus tard, au cours du procès de béatification, des témoins affirmeront qu'à ce moment-là quelqu'un avait invité les deux catéchistes à prendre la fuite, leur révélant que le groupe de Lakidi voulait les tuer. Ils avaient répondu: «Nous ne partons pas. Cette affaire se terminera comme Dieu le veut. Nous ne sommes venus ici que pour enseigner la religion… S'ils nous tuent... Dieu est avec nous».

"Au secours!"

Ogal, qui au début avait hébergé les deux catéchistes dans sa parcelle, a déjà organisé le plan pour les tuer. Tout est prêt. Le jeune homme qui doit donner le premier coup à David s'appelle Ibrahim Okedi. À cause de cela, plus tard il sera surnommé Lunyomoi, le héros tenace (qui a poursuivi l'ennemi jusqu'à le tuer). Celui qui doit donner le premier coup à Jildo, s'appelle Opio. On lui donnera le sobriquet de Akadamoi, le héros qui a tué (beaucoup d'ennemis).
Le 18 octobre 1918, vers minuit, les bandits attaquent la parcelle du sous-chef Amet. Après avoir mis feu à la maison principale et avoir tué des gens qui y dorment, ils se dirigent vers l'habitation des catéchistes. Ils saisissent d'abord David et le traînent dehors. Jildo crie de toutes ses forces: «Au secours!». Puis il dit à David: «Ne te préoccupe pas, nous n'avons rien fait du mal»
Mais les attaquants commencent à les déshabiller, malgré la protestation de deux personnes qui disent: «Pourquoi tuez-vous ces enseignants? Ils n'ont rien fait de mal. Ils apprennent aux enfants».
Les bandits alors conduisent les deux jeunes à l'extérieur de la parcelle, dans l'herbe. Ils frappent d'abord David de plusieurs coups de lance. Puis Opio enfonce sa lance dans la poitrine de Jildo. Celui-ci tombe, puis il se lève toujours avec la lance enfoncée et fait quelques pas, pour retomber, sans vie. Les gens qui sont à l'intérieur de la parcelle entendent ses derniers mots: «Je meurs sans avoir vu ma mère».

L'assassin de Jildo lui coupe la tête et après avoir sorti de l'église un des livres utilisés pour le catéchisme il le place sur le visage de la victime et crie : «Lis maintenant les papiers que tu voulais nous faire lire»!
Après l'attaque, les assassins s'éclipsent. Lakidi se réfugie sur les collines environnantes; les bandits étrangers, après avoir pris des femmes comme esclaves et avoir promis qu'ils reviendront, repartent vers le Karamoja. Puisque les deux jeunes hommes qu'on vient d'assassiner étaient des étrangers, on ne les enterre pas. Quelques jours plus tard leurs corps sont tirés, à l'aide d'une corde, vers une termitière. Fait surprenant, ni les bêtes sauvages ni les oiseaux ne les ont touchés.

"Je n'étais pas…"

De Gulu, le Capitaine Wagstuff, responsable du District, se précipite avec ses hommes à Kitgum, où il arrive cinq jours plus tard. Avec les gendarmes locaux, il attaque les collines de Paimol où Lakidi et ses complices se sont cachés. Le siège dure 80 jours et de deux côtés périssent plusieurs hommes. Une épidémie de variole force les rebelles à sortir du maquis et à se rendre.
Quatre des chefs sont condamnés et pendus, les autres rebelles sont retenus en prison et finalement libérés.
Avant de mourir Lakidi a demandé de devenir chrétien. "Je n'étais pas contre les catéchistes, mais contre les gens du gouvernement", dit-il au curé de Kitgum qui lui donne le baptême.
Ce n'est qu'en 1926 que Mgr. Vignato, Préfet Apostolique de Gulu  alla personnellement ramasser les restes des corps de deux catéchistes, qu'il enterra dans l'église de Kitgum.

Sr. Grâce Candiru

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