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Le «Conseil d'Administration de la Banque mondiale a, par acclamation apporté aujourd'hui 6 Juin 2000, son soutien au projet de développement du pétrole et du pipeline Tchad-Cameroun. Une opportunité sans pareille pour transformer directement les richesses pétrolières au bénéfice des pauvres, des vulnérables et de l'environnement. En plus du financement, l'autre aspect du soutien qui comprend le programme pour drainer les nouveaux revenus destinés à renforcer les programmes de développement économique et social au Tchad, qui est l'un des pays les plus pauvres».


En marche

C'est avec ces mots et en citant un communiqué de presse de la Banque mondiale, que le journal tchadien N'Djaména Hebdo, dans son numéro 426 du 8 juin 2000, annonçait aux Tchadiens la nouvelle tant attendue qui ouvrait tous les espoirs. Deux ans après, le projet est bien une réalité. Les travaux de forage des puits, de préparation du terrain pour le pipeline et de mise en place des infrastructures pour l'entretien et le suivi sont en marche. En fonction du prix mondial du pétrole, ce projet pourrait générer entre 2,5 et 5 milliards de dollars pour le Tchad et 500 millions pour le Cameroun.


Il faut avouer que la Banque mondiale s'est impliquée

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Que représente le Pétrole

en Afrique?


Au cours de la dernière décennie, le pétrole est devenu le premier produit d'exploitation de l'Afrique sub-Saharienne.

Aujourd'hui, il est une source importante de revenus pour l'Algérie, l'Angola, le Gabon, le Cameroun, la Libye, le Congo, le Soudan, le Mali, le Nigeria, le Tchad et le Maroc.

Les champs pétrolifères africains: 53% des réserves estimées en 1996 se trouvent dans les 6 pays riverains du golfe de Guinée: Angola, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Nigeria et Cameroun. Dans le bassin situé au Sud du Tchad et au Sud du Soudan, encore très peu exploité, on estime la réserve pétrolière à 2,5 milliards de barils brut. Les puits du Sud-Soudan donnent déjà 250.000 barils par jour. En Angola, l'exploitation des deux plus grands gisements ELF offshore, assurera une production de 1,2 million de barils par jour, autant que le Koweït!

(J.&P.)

pour que toutes les consignes soient respectées et que les compagnies impliquées ont pris très au sérieux la question de l'environnement, car la transparence dans l'utilisation des ressources et le respect pour l'environnement ont été les deux questions qui ont le plus pesé au moment de l'approbation du projet. Des camions citernes parcourent les routes utilisées par les engins qui travaillent dans le chantier pour les arroser et éviter la production de poussière. Des campagnes de propriété dans les villes concernées (Doba et Bébedja principalement) ont été mises en place et partout on voit des panneaux avec la mention «zone sensible à l'environnement».

Mais beaucoup de tchadiens n'ont pas eu besoin d'attendre l'année 2005 - date du commencement de l'exploitation- pour bénéficier déjà de ce projet. Les indemnités données par l'occupation des terrains ou les arbres fruitiers arrachés - surtout les manguiers - ont fait que certains paysans se sont trouvés en quelques jours avec des centaines de milliers de francs CFA. D'autres sont partis à la base de Komé avec l'espoir de trouver un travail et un bon salaire.  Tout est bon pour gagner un peu d'argent. A Doba, par exemple, on peut trouver maintenant une station de lavage auto. Un robinet avec l'eau de la ville, un tuyau, un seau et un chiffon c'est tout l'investissement nécessaire pour avoir de quoi gagner une bonne somme d'argent, car Doba est devenue «la ville parking» des camions qui travaillent au chantier. Dans les villages aux alentours du chantier, beaucoup de paysans ont abandonné leurs champs pour trouver un poste de travail au chantier et les riverains du fleuve ont échangé le filet de pêche pour la pèle, et le poisson pour le gravier, nécessaire pour les travaux.

Mais toute entreprise a des «effets collatéraux» parfois inattendus ou même gênants. Dans la ville de Bébedja, à une vingtaine de km de la zone des travaux, par exemple, les prix ont flambé d'une façon insupportable pour beaucoup de familles. Un poulet est passé de 1000 à 3000 francs CFA; une mangue coûte la somme de 150 francs CFA, alors que dans la même période des années précédentes on pouvait trouver une mangue pour 10 F. Les loyers ont doublé ou même triplé. Le Lycée Padre Pio de cette ville, tenu par l'Eglise Catholique, a vu partir 77 de ses élèves à cause de cette hausse des prix.


Vers l'Eldorado

Il est difficile pour un élève qui vient d'ailleurs de se payer un loyer ou de s'acheter quelque chose à manger. Dans la ville de Doba, capitale de la préfecture, les constructions se sont multipliées. Les matériaux de construction sont en pleine montée de prix. Ciment, bois, tôles, clous, tout devient de plus en plus cher. Le fleuve Pendé qui contourne la ville de Doba, est devenu une véritable usine à briques, dont les fabricants sont en train de faire vraiment leur affaire. Un dernier exemple, raconté par un paysan d'un village proche du chantier: dans son village, alors que seulement deux personnes ont trouvé du travail dans le chantier pétrolier, le prix d'un pagne est passé de 5000 a 7500 CFA.

Mais il n'y a pas seulement des effets économiques. La vie quotidienne est en train de changer totalement. Les bars et les cabarets sont pleins du coucher du soleil jusqu'à l'aube, surtout le samedi soir. L'alcool coule et la petite délinquance commence à se faire noter. La prostitution risque de devenir un véritable fléau et le SIDA fait rage. Nombreux sont les hommes et les femmes qui abandonnent leur foyer et partent à la recherche de «l'eldorado».

L'argent circule, car ceux qui travaillent dans le chantier pétrolier ont de bons salaires. Cela pousse aussi les autres travailleurs à se mettre en grève et à demander des augmentations fabuleuses de leurs salaires. Le désir de gagner plus et l'augmentation du coût de la vie sont tellement forts que les employés de différents secteurs ont rompu les accords déjà signés.


Le projet pétrole de Doba est bel et bien en marche. Personne ne doute que si les ressources sont bien employées, il va bénéficier à la population et contribuer pour que le sud du Tchad sorte de son sous-développement, mais la réalité constatée sur place montre que ce projet est aussi en train de changer les esprits et les habitudes. Le temps nous dira si cela a été bon ou pas, car cela ne durera que deux ou trois ans. Une fois le pipeline construit, tout sera fini. Les engins partiront faire leur chantier ailleurs et il ne restera qu'un petit nombre de techniciens qualifiés pour l'entretien et le fonctionnement ordinaire de la station de pompage. Alors, finie la station de lavage auto à Doba, les pêcheurs retourneront à leurs filets et leurs pirogues, les paysans à leurs champs, les grévistes à leur poste de travail, les élèves à leur lycée et, peut être, les hommes et les femmes qui sont partis à la recherche de «l'eldorado» regagneront humblement leur foyer.

Ismaël Piñon

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