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En attendant que le bus et le taxi refassent surface dans la ville de Kisangani, les "toleka" font de leur mieux. |

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A 5 h 30' du matin je suis debout. Sans rien me mettre sous la dent, je me dirige vers mon lieu de travail. En principe, je n'en ai pas car, je sillonne toute la ville et ses environs. Je dois réaliser autant de courses possibles avant qu'il ne fasse trop chaud. Le soleil piquant me fatigue vite et me fait transpirer abondamment au point que certains clients refusent de prendre mon taxi ! Ce qui fait que je loupe quelque franc… Il est déjà 16 heures, je n'ai toujours rien mangé. J'aimerais acheter des beignets, mais je dois me contenter de quelques morceaux de manioc grillés. Tout simplement parce que je n'ai pas encore totalisé les 300 Fc (environ un dollar) à verser au propriétaire du vélo. Tout est à lui, je ne dispose de rien. Le décor sur le vélo, la petite mousse tapissée sur le porte-bagages (et porte-homme aussi), sont l'œuvre du patron. Ma tache est d'y veiller, surtout quand il pleut, car alors il faut couvrir le siège des clients d'un tissu imperméable. Avec la pluie, les clients se font rares. Cependant le tarif change, au lieu de 30 Fc la course, un client peut me filer vingt francs en plus, même s'il est trempé autant que moi. J'oubliais de le dire que je fréquente une école et que si je dois aller aux cours dans la matinée, je clôture mes transports à 20 heures. Sinon je vais jusqu'à 22 heures. Le service nocturne est redoutable, surtout à cause des spoliations policières. J'y perds tout ce que j'ai gagné pendant la journée, si bien que le lendemain je n'arrive pas même à payer la taxe journalière des «tolekistes». Je ne sais pourquoi, à ces agents apparemment désœuvrés qui se placent à tous les coins de rue, je dois donner 20 Fc par jour. Oh! j'oubliais de le dire, ce genre de vélo-taxi s'appelle toleka et son conducteur, tolekiste. Je suis fier de mon job et je suis membre de l'Association des «tolekistes». Ce que j'aime, c'est quand nous «tolekistes» escortons la voiture d'une autorité de la place ou d'un visiteur important. On est orgueilleux de l'accompagner. Mon taxi n'est pas seulement pour les passagers, il transporte aussi des marchandises. Ça paie bien! Quatre à six régimes de bananes ou deux sacs de manioc sur mon vélo me filent 0,5 à 1$ USA par course. Il est 22 heures, j'ai juste une carotte de manioc à mettre sous la dent avant de me jeter sur ma natte. Aujourd'hui j'ai fait environ 60 km. Ce n'est presque rien pour une voiture-taxi, pour un toleka c'est plutôt épuisant. Rufin Likongo |

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