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Mais pourquoi on vous avait arrêté? Ils vous accusaient de quoi? Je travaillais à la SNCC (Société Nationale de Chemin de fer du Congo) à Lubumbashi. Un jour, des militaires se sont présentés au bureau. Ils demandèrent d'après moi. «Nous avons l'ordre de vous arrêter», me dirent ils, en ajoutant qu'ils n'avaient aucune explication à donner. J'ai passé deux semaines dans le cachot de la C.N.D. (Centre National de Documentation) à Lubumbashi. Un endroit où les détenus étaient parqués comme des bestiaux. Je suis resté dans ce goulag deux semaines. Je n'oublierai jamais le traitement inhumain que j'y ai subi.
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Ainsi a commencé votre calvaire? Ensuite j'ai été transféré à Kinshasa, au cachot de la Direction Générale de la C.N.D. J'ai passé trois mois là-bas. On me fouettait chaque soir pour me forcer d'avouer des choses que je ne connaissais pas du tout. On me forçait de dire avec quels politiciens je voulais renverser Mobutu! J'ai finalement appris que j'étais accusé d'avoir dit à la cité, à Lubumbashi, que je me préparais à la chute de Mobutu. Et enfin, le déplacement à Makala. Je passais la nuit à même le sol. On me dit que, pour avoir une mousse, il fallait payer quelques frais. Or, je ne recevais pas de visites et je n'avais rien sur moi. J'avais un proche parent à Masina, mais qui n'était pas au courant de ma situation».
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Les cicatrices que vous portez sur votre corps sont des traces des mauvais traitements, j'imagine. Oui. Mon dos était ravagé par d'énormes plaies En plus, mes mains étaient raides et mes pieds se refusaient de bouger. Au cachot de Lubumbashi on m'avait torturé avec du courant électrique. À Kinshasa, c'étaient surtout les coups de fouet sur le dos et aux fesses, ainsi que le supplice appelé «téléphoner à Mobutu» que j'ai enduré: on me jetait à plat ventre et on me liait les pieds et les bras ensemble sur le dos. N
Qu'est-ce qui vous a fait plus de peine? J'avais le dos couvert des plaies et de sang et mon visage tuméfié était horrible à voir. Mais plus que la torture physique, ce qui me faisait souffrir davantage c'était l'humiliation et le mépris dont nous étions l'objet. Je souffrais beaucoup dans mon cœur et dans mon âme de me retrouver comme une loque dans les mains des gens qui ne me considéraient plus comme un être humain, mais comme une chose. Mes bourreaux me paraissaient souvent comme des fauves se déchaînant sur moi avec une cruauté indescriptible. Ce qui me fait encore plus de peine, quand j'y pense, c'est la passivité et l'indifférence de ceux qui, tout en connaissant très bien ces pratiques criminelles, se taisent, ne la dénoncent pas.
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Gardez-vous rancune envers vos bourreaux? J'ai été marginalisé et victime d'un règlement de compte et d'une machination. Je savais cependant qu'un beau jour je serais sorti de là. Il m'arrive d'avoir de vifs sentiments de haine envers les personnes qui m'ont brutalisé, qui m'ont roué de coups. Mais il m'arrive également de penser que la vengeance ne sert à rien. Grâce aux conseils de l'ancien aumônier de notre pavillon, je tends toujours à oublier le mal, à relativiser la peine et à considérer ceux qui m'ont maltraité comme des gens en service commandé. J'ai été victime d'une terrible injustice et j'aimerais qu'elle soit reconnue et corrigée. Le pardon ne s'oppose pas à une justice digne de ce nom.
Louis Kalonji |


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Source : La torture en R.D. Congo: Un cauchemar vécu au quotidien OCDH - Kinshasa - Rapport annuel 2001 |
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C'était un dimanche après midi, à la prison Centrale de Makala. Le hazard voulut que j'y rencontre un ancien collègue de l'école secondaire, Jean-Pierre Muimbe. J'en fus bouleversé. Il venait de subir une série de tortures qui étaient en train de le détruire. C'était en juin 1977. Grâce à Dieu, il en sortit vivant. Et il a accepté finalement de parler de son expérience. |