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ù Qu'est-ce qui dans votre famille religieuse fascine les gens?

C'est d'abord la prière, qui pour nous est fondamentale. La Bible est le lieu où nous découvrons Dieu créateur, Dieu notre Père, Fils, Esprit. C'est grâce à elle que nous découvrons la Trinité. On ne peut pas aller en dehors de cela. Nous sommes concentrés sur la bonne nouvelle qui est effectivement bonne et qui devrait rester bonne nouvelle et ne pas être utilisée idéologiquement ou mystiquement. Vous voyez des gens qui ont la Bible en main et l'utilisent pour falsifier le message et marcher sur les orteils des autres.


ù Cela renvoie à la consigne de Benoît Ora et labora, prie et travaille.

Oui, il y là une bonne formule. Une vie qui ne doit pas être coupée du monde. Il faut changer la terre. Nous on n'a ni journal ni télévision, nous écoutons la radio pour savoir ce qui se passe dans notre pays, en Afrique et ailleurs dans le monde. On entend parler d'évolution dans le monde et du risque que certains partent trop loin dans le projet de la création, jusqu'à sa destruction. Celui qui consomme sans produire ne répond pas au projet qui a été proposé, qu'il faut manger à la sueur de son front. Quand vous mangez à la sueur du front de l'autre vous êtes parasite et vous avez enterré le talent.


ù Vous y arrivez?

Je souhaite qu'un jour vous puissiez venir jusque-là, dans la brousse, où c'est vraiment la sueur de vos fronts et votre condition n'est pas différente de celle des autres. En plus, depuis 1997-98, nous avons été objet d'agressions et de pillages: On a travaillé la terre avec de la peur. Nous avons été obligés d'abandonner le premier site vers un deuxième et maintenant du deuxième on est parti vers un autre, en laissant tous les champs déjà labourés et plantés. Cinq de nos élèves ont été criblés de coups de couteaux et de machettes. Des situations dont on ne parle pas, c'est la sueur changée en sang. Vous voyez, notre contemplation est dynamique, c'est en courant qu'on contemple!


ù Quand on entend parler d'une communauté comme la vôtre on pense tout de suite à un bâtiment solide, dans un endroit tranquille.

Nous sommes restés une trentaine, entre religieux et religieuses, plus deux familles très fidèles de nos travailleurs qui nous ont suivis dans cette pérégrination. Deux familles de 12 personnes, cela fait 42 personnes. Le contexte dans lequel on vit - à 15 km de la ville de Luebo, au Kasai Occidental - est très compliqué. Nous avons vécu six ans de guerre et de déplacements. Il n'y a pas une justice qui peut poursuivre cela. Si vous protestez, on vous dit: "Qu'est-ce que vous voulez? C'est la guerre!" On exploite le désordre et la situation d'instabilité.


ù Qu'est-ce qu'on cherche chez vous?

On peut vous dire, par exemple, vous, vous n'êtes pas d'ici, donc allez-vous-en. Peut-être l'objectif est-il plus matérialiste, on voit que vous travaillez et produisez. Des gens pensent que s'ils vous prennent les moyens que vous avez, ça ira mieux pour eux. Et quand on nous prend ce que nous produisons, nous comprenons alors ce que c'est que la faim, la misère et la difficulté et aussi le goût de la facilité de prendre les choses produites par l'autre. Nous avons recommencé de nouveau. Depuis janvier nous avons pu planter plus ou moins 1.000 palmiers, des caféiers, du maïs, du manioc.


ù A la fin, on pourrait se décourager!

Effectivement, mais je suis content d'avoir la possibilité de vivre avec les gens dans l'instabilité actuelle, dans ses luttes, dans ses recherches et dans son espérance dans l'avenir. Il est difficile de les décourager. On ne parvient pas à décourager ce peuple, il dit toujours: "Ça va passer". Cette situation est un défi. On doit remonter à Dieu. Par ce que Dieu est fort et dans tout ce monde de sottises et de haines, il faut qu'il y ait un peu plus de gens qui habitent Dieu ou que Dieu habite en eux, pour mettre en échec le programme du diable.

Tout cela est aussi un défi pour l'Eglise, qui est appelée à participer plus activement à cette affaire, mais en se dépouillant elle-même de cette haine. Elle ne doit pas être un lieu de séjour du prince de la haine, favorisant notre division. Il y a des gens qui, au lieu d'apporter de l'eau pour éteindre l'incendie, y ajoutent de l'huile.


ù Est-ce qu'il y a des conditions spéciales pour faire part de cette famille?

Nous voulons être en mesure de dire à notre peuple qu'il y a un démenti formel de toutes les utilisations abusives de ce message, qui est un message de libération, de promotion humaine au-delà de ce que l'homme est capable de faire. Nous croyons qu'il faut refuser les barrières qui séparent les gens entre eux. Dans la brochure qui parle de notre finalité, nous disons à celui qui voudrait nous rejoindre, qu'il doit être capable de vivre avec les gens de toutes races, de toutes tribus. S'il n'est pas en mesure de faire ça, il n'est pas apte de rester avec nous.


ù Vous insistez beaucoup sur la vie communautaire.

Oui, parce que la haine, le tribalisme, le racisme, sont en train de nous opposer entre nous. Les hommes n'arrivent pas à gérer leurs diversités et ne parviennent pas à reconnaître dans l'autre une chose qui les complète dans leur différence.

Ils voient la différence comme un abîme, sans pont. Or nous croyons que Jésus-Christ est le pontife, un jeteur de ponts, il est lui-même le pont. Notre diversité de 400 ethnies dans ce pays, par exemple, ne doit pas être une catastrophe, mais une chance. C'est ça un des messages que nous aimerions partager.

Pierre-Marie Mazzola

L'homme africain est généralement considéré comme optimiste. C'est une appréciation assez générale, qui n'exclut évidemment pas des cas de personnes angoissées, désespérées, profondément bouleversées et choquées, comme le montrent certaines situations tragiques que ce continent ne finit plus de vivre depuis quelques années. On dirait un assaut final contre la forteresse de l'espérance, une tentative de démoraliser les peuples, de briser leurs liens les plus sacrés d'hospitalité et de solidarité et d'anéantir leur capital d'optimisme.

Si on réussit à capturer cette forteresse et à emporter comme trophée ou comme butin ce capital d'optimisme, il faudra considérer que c'est une autre forme de génocide, enlevant aux peuples leurs raisons d'espérer et de vivre. De tels peuples ou ce qui en resterait, privés de la joie de vivre, de sourire et de rire, amorceraient leur descente aux enfers, lente mais sûre.

P. Oscar Bimwenyi Kweshi

L'expérience religeuse negro-africaine traditionnelle in Inculturation de la vie consacrée, Actes du Colloque de janvier 1998, Ed. "Carmel Afrique", Kinshasa.