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ü Qu'est-ce que votre profession vous a appris? Quand nous avons commencé l'hôpital en 1988, il n'y avait que quatre murs et le stéthoscope de ma collègue! J'ai fait de tout: gynécologue, pédiatre, chirurgienne. Ce qui m'avait touché c'était que la mortalité enfantine et maternelle étaient hautes, spécialement dans les zones rurales. Après la morte de la maman, beaucoup de bébés n'arrivaient pas à survivre, car le lait en poudre coûtait trop. Je voulais faire quelque chose pour aider ces enfants. Mais l'administration de l'hôpital m'a dit que les enfants orphelins ne pouvaient pas rester, ils occupaient des lits et ne payaient pas. ü C'est alors qu'est né le Centre Mater Misericordiae? En '95 j'ai loué un appartement, où j'ai accueilli sept enfants et deux infirmières volontaires qui prenaient soin d'eux. L'année suivante, la guerre a commencé et leur nombre a vite augmenté. J'ai choisi alors une autre route, en confiant un ou deux enfants à des familles disponibles. L'accueil pour ces familles c'était un geste presque héroïque, étant donné qu'en moyenne une famille à Bukavu a entre 5 à 6 enfants. En échange, j'assurais à tous les soins médicaux nécessaires. A partir de '99, nous sommes aidés par la NED, une ONG de Washington qui s'occupe de droits humains. ü Et actuellement? Nous suivons plus de 400 enfants: parmi eux il y a beaucoup d'orphelins et environ 70 échappés du front, témoins oculaires des tueries et des massacres. Ils ont vu toutes les horreurs de ce monde: ils se sont drogués, ont été battus et violés. Lentement, ils se normalisent et sont même capables de nous aider dans l'accueil des nouveaux arrivés. Il faut beaucoup de patience avec eux: ils ont des crises de violence et cassent tout ce qui est autour d'eux. Au début, même leurs familles d'origine ne sont pas disposées à les réintégrer. ü Est-ce que vous assistez aussi des adultes ? Oui. Et parmi eux il y a des témoins des massacres: personnes ensevelies vives ou les mains et les pieds liés et ensuite arrosées d'essence et puis brûlées. Une fillette qui a vu tuer sa grand-mère comme ça est devenue muette et a parlé de nouveau seulement à 9 ans. A l'ambulatoire nous suivons avec la psychothérapie, les jeunes filles et les femmes violées par les soldats. Une d'entre elles, 18 ans, a décidé de ne pas avorter et a accouché Josué, il y a quelques mois. Beaucoup de malades que j'ai accompagnés jusqu'à la mort, m'ont aidée par leur exemple de foi, vécue dans la simplicité, en acceptant leur maladie. ü Quel est votre rêve? Je rêve la paix. Que les yeux tristes et pleins de vengeance des enfants changent et que l'espérance retourne dans leur cœur. La foi m'aide. Au Centre nous travaillons ensemble, catholiques et protestants et nous commençons toutes les activités par la prière. Je voudrais que les étudiants en médecine viennent aussi, pour voir avec leurs yeux, ce que je n'arrive pas à raconter. Oui, nous avons besoin d'aide financière, mais aussi de personnes qui viennent nous écouter, parfois nous nous sentons abandonnés. Femmis |
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48 ans, Colette Kitoga Habanawema a décidé d'étudier la médecine après avoir vu mourir quatre de ses frères de rougeole, palu et d'autres maladies qu'on pourrait soigner facilement. Originaire de Bukavu, RDCongo, docteur avec une longue expérience à l'étranger, en '95 elle a ouvert le Centre Mater Misericordiae pour les enfants victimes de la guerre. Au début de l'an 2002, Mme Colette a inauguré deux centres: un à Uvira et l'autre dans la zone rurale de Kamituga. |


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Mme Colette Kitoga Habanawema |