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Si l'on demande à n'importe qui si la guerre reviendra au Mozambique, la réponse est immédiate et spontanée "Non!" "Bien que fragile - les disputes lors des élections et de leur transparence sont toujours très poussées - elle est là. Le Frelimo, le parti au pouvoir, a abandonné depuis longtemps les dogmes du marxisme scientifique, au nom duquel il avait tout nationalisé, les fermes, les usines, les écoles, les hôpitaux et même les églises et les maisons paroissiales.
L'incompétence, le laisser-aller, le manque d'intérêt et la corruption avaient tout abîmé et ouvert la porte aux exploits de la Renamo (Résistance nationale mozambicaine), un groupe de guérilla épaulé par l'Afrique du Sud de l'apartheid et la Rhodésie (aujourd'hui Zimbabwe) de Jan Smith. Pendant dix ans la Renamo pratiqua la stratégie de la terreur et de la destruction de tout ce qu'on pouvait détruire. Sur 5.886 écoles primaires, par exemple, 3.498 furent abattues ou fermées. Les représailles du Frelimo contre la population suspectée de collaborer avec la Renamo multiplièrent les souffrances et favorisèrent la prolifération de bandes pratiquant le sport du vol et du meurtre.
Tout cela est révolu. La paix est là. L'économie et la structure politique sont contrôlées par la Banque Mondiale et le FMI. La voisine Afrique du Sud, autrefois facteur de déstabilisation, ne cherche plus cela. Un grand mouvement
Une autoroute récemment inaugurée entre Johannesburg et Maputo. Tous les jours des autobus confortables connectent les deux villes (environ 600 km). L'Afrique du Sud a envahi le Mozambique: avec ses produits, ses boutiques, ses affaires. Elle a acheté les entreprises mozambicaines; a acheté les terres pour y établir de nouvelles fermes agricoles. Les fermiers blancs chassés de Zimbabwe y sont bien accueillis. Le président Chissano a leur ouvert la porte, comme à tout autre investisseur.
Le pays s'est soumis aux conditions imposées par la Banque Mondial et le FMI jusqu'à devenir un vrai modèle d'obéissance. Le Portugal assure la formation des forces armées… Tout cela crée une apparence de grand mouvement.
On vit dans une espèce d'euphorie, qu'expérimentent ceux qui ont connu le poids de la guerre et peuvent finalement se déplacer librement et sans danger, se rendre aux champs sans tomber dans une embuscade. On bâtit de nouvelles maisons, des usines, des écoles, des hôpitaux.
Cependant les salaires diminuent et les prix augmentent. Il y a encore beaucoup d'armes dans les mains des privés, qu'on emploie pour voler. On bâtit des supermarchés, mais le nombre de clients potentiels ne fait que diminuer. Dans le pays, les riches ne seraient que 5% (politiciens, employés des organisations et entreprises étrangères, entrepreneurs); 20% constituent la classe moyenne; 75% précipitent toujours plus dans la misère. Au visage doux
Mia Couto, le meilleur écrivain mozambicain de nos jours, dans son roman récent
Le dernier vol du Flamant, confie à la plume d'un administrateur de district ces expressions destinées a son supérieur: "Autrefois, lorsque des politiciens ou des étrangers nous visitaient, nous recevions des dispositions d'en haut: nous ne devions pas montrer une nation mendiante, un pays avec les côtes dénudées.
A la veille de chaque visite, tous les administrateurs recevaient l'ordre: "Il faut cacher les habitants, balayer les signes de la pauvreté. Aujourd'hui, la situation a bien changé. Il faut montrer la population avec sa faim et ses épidémies. Je me souviens très bien, Excellence, de vos paroles: notre misère commence à produire. Pour vivre, dans un pays de mendiants, il faut montrer les blessures, les os saillants des enfants…" Le Mozambique a quelque chose de cet enfant au visage doux, mais n'ayant que les os et la peau.
Les inondations de l'an 2000 ont renforcé cette image du pauvre suscitant la miséricorde. Elle obtient beaucoup, mais ce qui arrive de l'extérieur et qui n'a rien coûté, difficilement donne vie à des entreprises ou à des projets durables. Loin de là, il favorise la corruption.
La corruption au Mozambique menace de tout contaminer. Les experts assurent qu'elle est "organisée, généralisée et systématique", puisqu'elle est présente à tous les niveaux: la politique, l'enseignement, le travail, la justice.
"Nous savons très bien ce que les professeurs exigent des élèves avant l'examen, ce qu'il faut donner aux employés et aux infirmiers pour voir un docteur, ce qu'il faut découdre pour obtenir un document dans n'importe quel bureau de ce pays…" On apprend
Il est évident que les difficultés sont là. Les années d'endoctrinement marxiste et la guerre ont compromis les valeurs traditionnelles.
Le pays s'ouvre à l'avenir sans beaucoup de points de référence. Et les dangers de s'acheminer sur une route trompeuse sont nombreux. Les gens, en se sentant fraudés, auront la tentation de la violence ou de l'apathie ou de la corruption en petites doses.
Le Président Joaquin Chissano a décidé de ne pas se présenter aux prochaines élections: une décision louable, car ne sont pas nombreux les présidents disposés à s'en aller comme ça.
Les maux dont souffre le pays sont une réalité; mais il est hors de doute qu'au cours de la dernière décennie on a fait des pas en avant très importants: la paix a perduré; les programmes de développement avancent; les partis politiques apprennent ce que c'est la démocratie; la corruption, surtout si on la compare avec celle d'autres pays, semble tolérable. Enfin, on avance. P. J. Gonzalez Nuñez |

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L' Accord Chissano/Dhlakama a permis au Mozambique d'entrer dans une période de paix sociale et de croissance économique. |

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Le 4 octobre 2002 les mozambicains ont célébré le 10è anniversaire de la signature de l'accord général de paix entre le Frelimo et la Renano. Le Mozambique est le seul pays passé d'une longue guerre (16 ans) à une situation où l'on respecte les accords signés. Et contrairement aux pays qui confient à des commissions de vérité et de réconciliation la tâche de soigner les blessures du passé, le Mozambique préféra jeter un voile sur le passé et regarder vers l'avenir. Petit à petit les politiciens ont appris à débattre leurs différences au sein du Parlement plutôt que sur les champs de bataille. Un acquis fondamental pour la démocratie. |