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D'où la convocation, du 24 août au 4 septembre dernier, d'un gigantesque Sommet à Johannesburg (Afrique du Sud) avec pour thème «Développement Durable». Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, avait invité les représentants des tous les pays, à: «remettre en état la Terre». En 10 jours, se sont retrouvés autour du Sud-africain Thabo Mbeki 106 chefs d'Etat et de gouvernement, ainsi que 18.000 représentants de 7.000 ONG à travers le monde et le secteur privé et 5.000 journalistes. C'était la toute première fois, a-t-on remarqué, dans ce genre d'assises, que les trois composantes des sociétés d'aujourd'hui - gouvernement, secteur privé et société civile - se sont placés côte à côte. Ils sont même parvenus à se mettre d'accord sur 95% des résolutions finales. Malheureusement, les points laissés en suspens sont aussi des plus délicats.

Un gros cahier appelé Agenda 21, contenant 2500 recommandations, avait été rédigé à Rio portant sur les cinq priorités de la vie de l'homme: eau, énergie, agriculture, santé et biodiversité. Pourquoi Agenda 21? On avait trouvé 21 raisons de prendre patience vis-à-vis des engagements annoncés et des résultats très minces. Dix ans après, le constat est encore plus amer: la Terre poursuit inlassablement son bonhomme de chemin vers l'enfer. La situation globale a empiré et l'état de la planète ne fait que se dégrader.

Les produits chimiques toxiques et les déchets radioactifs continuent de présenter des menaces importantes pour la santé humaine et les écosystèmes. On estime que trois millions de tonnes de déchets toxiques et dangereux traversent les frontières nationales chaque année. Le smog, c'est-à-dire la pollution atmosphérique, tue 3 millions de personnes chaque année. La souillure écologique du monde industrialisé sur la biosphère s'est accentuée. Comment corriger les insuffisances et imperfections du passé et actuelles? Comment préserver l'environnement? Comment éradiquer la pauvreté?


En suspens

Les participants au Sommet de Johannesburg ont tenté de répondre à ces grandes interrogations de l'humanité. Un consensus s'est dégagé, même si on ne sait toujours pas comment sanctionner les auteurs de cette dégradation ou par quels moyens remédier aux inégalités toujours plus grandes.

Alors que la trentaine des pays les plus développés représentent 20% de la population mondiale, ils produisent et consomment 85% des produits chimiques synthétiques, 80% de l'énergie non renouvelable, 40% de l'eau douce. La fortune des trois individus les plus riches du monde dépasse la richesse cumulée des habitants des 48 pays les plus pauvres. Sauf de grands changements, l'Afrique verra la pauvreté augmenter au cours du XXIe siècle.

Environ 500 millions d'hectares de terres ont été dégradés au cours des 50 dernières années. 14 pays africains seront touchés par des pénuries d'eau, même dans les années normales. Leur nombre devrait atteindre 25 en 2025. On estime que d'ici 2020, l'approvisionnement en eau risquera de devenir utopique pour 3 milliards de personnes. L'eau contaminée tue chaque année 5 millions d'individus…

Les divergences ont repris le dessus et la tendance de prêcher pour sa propre chapelle au lieu de penser au bien commun était manifeste.


La question des subventions agricoles, par exemple, s'est avérée parmi les sujets qui fâchent. Les pays du Sud s'insurgent contre le fait que leurs collègues du Nord subventionnent leurs propres produits à hauteur de 311 milliards de dollars, alors qu'ils ne consacrent que 55 milliards à l'aide publique au développement. Du coup, les premiers se trouvent dans l'incapacité d'exporter et ne peuvent résister, sur leurs marchés nationaux, à l'invasion des produits des pays industrialisés, vendus à des prix défiant toute concurrence. Les économies des pays en développement reposant essentiellement sur l'agriculture, c'est la survie des millions de petits paysans qui se trouve menacée. Le sucre européen, par exemple, a des effets désastreux sur les économies africaines. L'arrêt des subventions à l'échelle planétaire est une question vraiment vitale pour les paysans africains.

Le groupe des 77 qui fédère les pays en développement, a déclaré qu'il ne veut pas céder face aux pays riches sur cette question des subventions agricoles. Bien qu'en général les Etats-Unis et l'Union Européenne ne semblent disposés à faire évoluer leurs positions, ce point chaud non seulement a divisé le Nord et le Sud, mais aussi les pays industrialisés entre eux.


Ni contrainte,  ni échéance


Les discussions parfois houleuses ont cependant permis la préparation de deux documents: la Déclaration de Johannesburg sur le développement durable et le Plan de mise en œuvre.

Ce dernier document de 152 points en 52 pages fait référence aux recommandations de l'Agenda 21, adopté à Rio Le Plan de mise en œuvre insiste beaucoup sur une certaine "approche de précaution". Il sollicite la communauté de réduire de moitié, d'ici à 2015, le pourcentage d'êtres humains ne pouvant pas avoir accès à l'eau potable et ne disposant pas de moyens d'assainissement décent (= épuration des eaux usées). Il fait également allusion à une «augmentation substantielle» des énergies renouvelables. Simple invitation, sans contrainte aucune, un concept aux contours flous dans des domaines où devront s'imposer les pays et les gouvernements dans les années à venir pour protéger l'environnement. Car les faits et les chiffres sont là.

Patrick-R. Monzemu Moleli

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Bio


Biodiversité: variété des formes de vie: essences forestières, espèces végétales, animaux et micro-organismes. Un seul hectare de forêt équatoriale non dégradée, renferme plus d'espèces végétales que l'ensemble du continent européen. Le taux actuel d'extinction des espèces est sans précédent. Selon une estimation conservatrice, 50 000 espèces végétales et animales seront vraisemblablement perdues chaque année au cours des prochaines décennies. La perte irréversible d'espèces a des conséquences très graves pour la vie et la recherche scientifiques.

Biomasse: la masse de matière organique constituée par l'ensemble des êtres vivants. On l'appelle aussi énergie verte.

Biosphère: les milieux où la vie peut se développer; incluant la partie inférieure de l'atmosphère, les mers, le sol.

Biopiraterie: vol de plantes alimentaires ou médicinales, des micro-organismes, d'animaux et de connaissances traditionnelles, pour leur exploitation économique. Aujourd'hui la biopiraterie touche aussi les gènes humains de communautés présentant un intérêt pour la science.