afriquespoir@ic.cd

Home page


Ae22

Depuis que le nouveau préfet du lycée «Espoir» verse régulièrement les frais scolaires à la banque de crédit de mon village, l'école a connu sa stabilité économique. Le résultat, une année après, est là: Cette école s'est construite une toilette à elle non sans une vaine jalousie de l'institut supérieur médical d'à côté où la notion du bien commun est une denrée rare.

Qu'est-il, au juste, le bien commun? Il est une condition de vie digne, assurée et pacifique pour tous les citoyens à quelque niveau que ce soit. Il ne consiste pas simplement dans des avantages matériels comme tels, fussent-ils partagés, même rigoureusement communs. Il consiste bien plus dans l'harmonie elle-même, dans la paix sociale, dans la stabilité et dans l'assurance de tous les éléments, souvent matériels, qui contribuent à la sécurité sociale.

Le respect et la défense du bien commun font partie des devoirs et droits les plus fondamentaux de notre vivre collectif et du sens de responsabilité des uns et des autres. Son absence met dangereusement en question le sens même de notre existence communautaire.

Les détournements de fonds publics, les pillages plus ou moins organisés au plus haut sommet de l'Etat ou des entreprises, l'indifférence collective face à la multiforme déconfiture de nos pays et de ses ressources, sont ennemis du bien commun. «Dans l'histoire des nations, il existe des moments où un sursaut de fierté et de dignité appelle un dépassement de tous pour faire passer le bien commun avant les intérêts partisans. Du reste, l'histoire nous enseigne qu'en cas de crise, une gestion rigoureuse, minutieuse, honnête et équitable des ressources locales profite à tous et donne espoir aux plus démunis dans l'attente des lendemains meilleurs » (Evêques du Togo, juin 2002).

Agir autrement c'est continuer à souffrir la faim, la maladie, c'est voir nos infrastructures routières, sanitaires et éducationnelles etc.., s'effondrer davantage dans nos pays aux mille richesses, c'est vivre dans l'obscurité et l'insécurité quand bien même nous possédons le plus puissant barrage hydroélectrique…

L'Etat doit se mettre réellement au service du bien commun pour lequel il existe, mais la population aussi a ses responsabilités. L'expérience montre que le bien commun auquel tous ont participé est mieux gardé et considéré. Tel est le puits du quartier construit grâce à la cotisation de ses habitants et régulièrement entretenu par eux-mêmes. Certaines avenues de nos quartiers n'ont plus d'ampoules parce qu'elles sont simplement volées et vendues sur le marché public tout comme cette commune qui est coupée d'électricité parce que la cabine a été «déplacée» pour le quartier de monsieur le gouverneur qui en a le plus besoin.


Ce n'est pas seulement la guerre qui ruine la sérénité de la vie en communauté mais aussi et souvent des choses «banales» comme par exemple les tapages nocturnes, fussent-elles «au nom de Dieu». Tenez: depuis que la secte «Les Fous de Dieu» a résolu de «louer son Seigneur» à partir de minuit  chaque jour, nous tous allergiques au bruit, avons notre sommeil raccourci d'au moins quatre heures de temps.

Le bien commun ne s'oppose pas au bien privé. La nouvelle maison que le ministre des «travaux urgents» s'est construite grâce à la sueur de son front est légitime tout comme le nouveau bar que mon oncle retraité a acheté grâce à sa pension. Le problème commence quand la caisse commune et ses propres poches se confondent aux dépens du bien commun.

Le respect du bien commun ne se limite pas au niveau national mais doit embrasser l'entière communauté internationale dans un élan de solidarité et de coresponsabilité. Au niveau mondial par exemple, il n'est pas normal qu'un tiers de la population dilapide près de 80 % des richesses naturelles et énergétiques ou cause à près de 70 % de la pollution des eaux et forêts mettant en danger  les milliards d'êtres humains que nous sommes. L'eau, les forêts, l'air pur tout comme les ressources naturelles sont un patrimoine commun qui doit être protégé et équitablement géré pour le bien de toutes les générations. Au niveau non matériel, la promotion internationale des droits de l'homme, de la démocratie, de la paix, de la justice, d'une sécurité alimentaire et sanitaire pour tous sont des biens communs indispensables..                               l

P. Kouévi Adjétey Louis