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Ivres de leur pouvoir, les «guidés éclairés» de nos nouvelles nations africaines sèment la division fratricide à travers la guerre civile et récoltent, indifférents, sans état d'âme, la rétrogradation humaine et sociale et jusqu'à l'inversion de nos valeurs, comme le respect du Nom de Dieu, de la nature, de la vie et des biens d'autrui. Et nous, citoyens et chrétiens, sans analyse de fond ni discernement éclairant - la Parole de Dieu nous en offre pourtant la grille!- nous multiplions des prières aveugles qui agissent depuis des années comme des armes de destruction massive: opium du peuple, elles polluent la conscience des masses peu averties des choses politiques. Pendant ce temps des futés pervers, sans cœur, sans foi ni loi, s'emparent obscurément du pouvoir et profitent au grand jour de la naïveté politique de leurs peuples corvéables à merci, paupérisés, ignares et endormis. Ces seigneurs de la guerre, pilleurs-tueurs de leurs peuples, molochs inassouvis au ventre de feu, dévorent leurs propres mères, pères, frères et sœurs, fils et filles et font la vedette des infos télé-radio, en se rengorgeant devant les caméras et les flashs, le verbe haut et le regard étudié pour être menaçant. Téléguidés par des commanditaires masqués, ils nourrissent des desseins occultes qui ne concernent en rien le bien de leurs peuples qu'ils qualifient, ces sans-gêne, de «bien-aimés», alors qu'ils bloquent tous les processus qui conduisent à la paix. Répugnant à s'asseoir pour la réconciliation autour de l'arbre africain de palabres, c'est la race des guerriers-touristes. Ils écument les conférences internationales et, prenant à témoin «l'opinion internationale», ils s'y présentent comme des champions de la paix. Ils n'expliquent évidemment pas qu'il s'agit de 'leur' paix: imposée par la musique des roquettes qui dépeuplent les champs et y ensemencent des morts pour les pillages sans témoins. Ou de l'autre paix obtenue grâce à toutes les bouches muselées par la crainte des représailles nocturnes des escadrons de la mort… L'âpreté aux gains faciles, véritable ferment de division (cf. Jc. 4), conditionne mal les cœurs pourris pour accepter Dieu «en esprit et en vérité» (Jn 4). Sont suscitées alors par les molochs la peur et la haine contre les autres présentés comme des menaces pour nos richesses ou nos fonctions. L'idée d'éliminer physiquement ou d'éloigner de l'exercice et avantages du pouvoir les «autres» qui ne pensent pas comme nous ou ne sont pas de notre camp, tribu ou région, prévaudra ainsi sur l'effort pour accéder à la culture de la justice dans un Etat de droit. Le cycle infernal structurel de la violence (domination, refus, révolte, re-conquête du pouvoir etc.) ne résisterait pas à l'alternative démocratique. La modestie amènera les vrais dirigeants à concevoir les changements tant souhaités comme un moyen utile et nécessaire pour un bien meilleur: être chef c'est offrir aux autres la possibilité d'un meilleur service. L'exigence est universelle: sacrifier nos concupiscences immodérées qui, par exemple, mènent à l'enrichissement sans cause, autant que ces éléments de nos traditions particulières qui divisent, ainsi la conception du pouvoir suprême acquis par le sang, par héritage: une aberration antidémocratique. A ce point de vue nous avons en Afrique la chance insolente d'avoir raté notre départ politique et en même temps d'avoir fait une expérience catastrophique des pouvoirs déboussolés exercés par des ogres qui, apprenant l'exercice du pouvoir sur le tas, ont avec délectation mis nos pays à feu et à sang et les ont ainsi aidés à rétrograder... Un champ brûlé appelle de nouvelles semailles. Celles-ci sont aujourd'hui un défi pour nous chrétiens qualifiés par Jésus de «sel et lumière de la terre» (Mt 5,14). C'est le temps favorable. Ä |

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