Zone de Texte: L'avènement d'un Etat démocratique était hier l'une des revendications majeures de la lutte pour l'indépendance. "Ce vieux rêve est-il devenu un cauchemar?" se demandait en décembre 1979, une quarantaine de cadres africains, à propos des perspectives de développement de l'Afrique en l'an 2000. Leurs interrogations mettaient en évidence l'idéal pour lequel les pionniers de l'indépendance avaient combattu et qu'ils voulaient enraciner dans le continent. L'idéal n'a pas duré longtemps, puisque déjà en 1963 commençait la série noire des coups d'état et l'assassinat de Chefs d'Etats démocratiquement élus. Et cela avec la bénédiction ou sous le regard cynique de certaines puissances étrangères. Le Togo ouvrit la piste avec le meurtre du Président Sylvanus Olympio le 13 janvier 1963 (Cf. Afriquespoir, n° 14, 2001). L' Afrique commença alors à créer ses propres monstres politiques.
Cela jusqu'aux évènements historiques de la chute du mur de Berlin(Guerre froide en Europe mais chaude en Afrique) et de la Perestroïka de Gorbatchev. Un contexte international nouveau permit à la résistance jusque-là étouffée de redresser la tète. Ce fut l'euphorie des Conférences nationales souveraines des années '90, surtout dans les pays francophones.
Après la vague de démocratisation des années '80 et '90, les progrès ralentissent. L'euphorie a cédé la place aux sombres réalités du nouveau siècle. Plusieurs de ceux qui avaient pris des mesures progressistes sont revenus à un régime plus autoritaire. Ainsi, des 81 pays qui ont entrepris de se démocratiser, seuls 47 sont aujourd'hui pleinement démocratiques. On pense au Pakistan, revenu à un régime militaire et à la réduction des libertés civiles. En Afrique la démocratisation avait suscité maints espoirs et l'Organisation de l'unité africaine (OUA) avait même proscrit, en 1997, les coups d'Etat. Pourtant, deux ans plus tard, les militaires ont renversé les gouvernements au Niger, en Sierra Léone, aux Comores et en Côte d'Ivoire.
 
Prétextes
 
Pourquoi cette décélération? "C'est à cause de la misère", dit-on. Les pays en développement se démocratisent dans un contexte de pauvreté généralisée et de tensions économiques et sociales omniprésentes. Les populations sont soumises à des forces nationales et internationales contre lesquelles elles se sentent impuissantes, et elles sont d'autant plus désemparées que leurs leaders flirtent au grand jour avec la corruption. Dans plusieurs cas, les gouvernements sont retombés dans l'autoritarisme, en réaction aux protestations des citoyens qui continuent de vivre dans une très grande pauvreté. Le rapport 2002 du Programme des Nations Unies pour le Développement, a sonné l'alarme: les inégalités sont plus que criantes. Le défi des prochaines années sera le renforcement démocratique des gouvernements nationaux -- et celui du pouvoir de leurs citoyens -- dans un contexte où l'économie internationale affecte la vie de tous.
C'est le grand risque que la démocratie est en train de courir: au nom de la misère, on dit une fois encore que les temps ne sont pas mûrs. Tout prétexte est bon pour reporter la démocratie à une date ultérieure, en disant aux peuples qu'"on doit d'abord reprendre les choses en main, on va réhabiliter les infrastructures abîmées, on doit remettre de l'ordre, on doit sécuriser les frontières, on va renouveler l'armée. Cela demandera du temps, mais, soyez sûrs, les élections font partie de notre programme". En réalité, c'est la recherche du fauteuil à perpétuité, ainsi que le rappelaient les Evêques du Nigeria en mars 2001: "Nous relevons que beaucoup de membres de la classe politique, au niveau fédéral, au niveau des États et au niveau local, ne se préoccupent pas des besoins, même élémentaires, du peuple. Ces membres gaspillent le temps et l'argent à chercher uniquement comment pouvoir se faire réélire dans deux ans à partir de maintenant. Il est certain qu'il s'agit là d'un signe d'une démocratie déficiente".
 
Elle garantit
 
On peut considérer la démocratie comme le gouvernement le moins imparfait. Elle semble offrir le cadre social suscitant un consentement quasi universel, où sont présentes des valeurs auxquelles on ne peut pas renoncer: elle garantit la liberté et le respect de l'égalité. 
La démocratie peut prendre des formes de gestion différentes et sa marche peut varier d'un coin à l'autre du monde. Elle peut être Directe: les citoyens votent directement les principales lois. Indirecte: le peuple délègue des pouvoirs à des élus (députés, sénateurs, etc.). Dans les sociétés modernes, étant donné leur taille et leur complexité, la forme la plus commune est celle de la démocratie représentative. Parlementaire: les ministres sont responsables devant le Parlement. Présidentielle: le pouvoir exécutif est entre les mains du Président de la République. Pour les élections on peut adopter le système majoritaire à deux tours ou un système proportionnel: tout est bon. Rien n'est indispensable, sauf l'acceptation de la règle de la majorité, le fait qu'une voix fasse la différence. 
Toutes les démocraties sont des systèmes dans lesquels les citoyens adoptent librement des décisions politiques, selon la règle de la majorité. Mais le règne de la majorité n'autorise pas le 51% de la population d'opprimer les 49% restants au nom du principe de la majorité. Dans une société démocratique, la règle de la majorité doit être assortie de garanties en faveur des droits de l'homme qui, à leur tour, servent à protéger les droits des minorités qu'il s'agisse de minorités ethniques, religieuses ou politiques. Les droits des minorités ne dépendent pas de la bonne volonté de la majorité. Une vraie démocratie protège les droits de tous les citoyens.
La démocratie veut que ce soit la majorité qui décide. Si l'on camoufle, contourne ou ronge ce principe, la démocratie disparaît. 
Ainsi que toutes les grandes réalités, la démocratie s'est formée progressivement, avec des avancées spectaculaires et des défaites sévères. "Il n'y a pas une forme parfaite de gouvernement humain. Des abus peuvent se produire dans n'importe quel système, mais la valeur fondamentale de la démocratie est de permettre aux citoyens de participer au gouvernement de leur pays", écrivaient les Evêques catholiques du Kenya le 12.03.1994. 
Mais la démocratie est solide si les citoyens sont attachés à défendre et à servir le "vivre-ensemble". Elle est affaiblie par tous ceux qui ne sont pas disposés à dialoguer, à écouter, à se taire, à accepter les différences et les oppositions. La démocratie ne peut pas exister où les gens ne sont pas prêts au compromis et à l'échange. Ce qui unit est plus important que ce qui sépare: la démocratie vit de cela. La démocratie a besoin de la participation des membres de la communauté. "Un citoyen qui ne participe pas à la vie publique est un citoyen inutile", disait Périclès (Vè siècle av. J.-C.)
Après tout, la démocratie est le système le moins cher. Le lauréat du prix Nobel, l'indien Amartya Sen a montré que dans les démocraties, les élections et la liberté de la presse sont des facteurs qui incitent fortement les hommes politiques à éviter les famines. Le seul passage d'un monde à prépondérance dictatoriale, à un monde démocratique, est en lui-même susceptible de réduire de façon très marquée l'ampleur et la fréquence des guerres. Et la guerre, partout et toujours, est plus coûteuse que la paix. "La guerre mère de toutes les pauvretés", répète depuis des années la Communauté de Santegidio.
Une des caractéristiques intéressantes des pays démocratiques, c'est qu'ils ne se font pas la guerre. Ils font la guerre aux pays qui ne sont pas démocratiques, mais jamais à des pays authentiquement démocratiques. Mais ce n'est pas encore le paradis: qui sait combien d'armes les pays démocratiques vendent aux non-démocratiques?
Manipulations
 
Qu'est-ce qu'on n'a pas fabriqué pour déguiser en démocratie des formes de gouvernement qui n'avaient rien à voir avec elle! On l'appelait «démocratie populaire», triomphant surtout après les indépendances. Un adjectif qui n'ajoutait rien au terme démocratie, du grec kratos et demos, pouvoir du peuple. L'Angola, le Mozambique, le Congo avaient opté pour ce sobriquet. On parlait de "démocratie à l'africaine", de "démocratie au rythme de chaque pays". C'était tout simplement la démocratie fruit d'un coup d'Etat ou avec des élections reportées indéfiniment. "Nous, on n'a pas du temps à perdre avec des formes de démocratie importées d'ailleurs", disait-on. "La démocratie nous ferait perdre du temps", affirmait Kwame Nkrumah. D'autres insistaient sur l'incompatibilité entre les valeurs traditionnelles africaines et la démocratie moderne. Jusqu'à l'affirmation péremptoire qu'il n'y a pas de place pour la démocratie en Afrique. "La démocratie n'est ni pour aujourd'hui, ni pour demain. Elle n'est pas compatible avec la réalité bantoue», a dit le président gabonais Omar Bongo en 1989. «La démocratie, cela marche en Europe. En Afrique il y a des traditions différentes", disait l'ancien président éthiopien Hailé Mariam Mengistu pour justifier la 'terreur rouge' (500.000 victimes entre 1977 et 1978, selon Amnesty International). Pour freiner les changements qui pointaient à l'horizon, on forgeait des concepts jolis: la Camerounité, l'Authenticité zaïroise, l'Authenticité togolaise, l'Ivoirité, etc. 
Des formules destinées à justifier l'institution du «parti unique», à la russe, à la chinoise, à la cubaine. Le changement de régime, même si fruit d'un coup de main sanguinaire, était considéré comme une "une affaire interne". Quand sur les quelque 50 pays membres de l'OUA, plus de 90% des dirigeants étaient parvenus au pouvoir par la force, le mutisme était la norme légalisant le fait accompli. On se préoccupait peu de légalité, pourvu que le nouvel "homme fort" ou "homme providentiel" ne modifie pas les alliances et reste du bon côté (camp soviétique ou occidental). Au nom de la "stabilité", on invitait les citoyens à voter pour la prolongation du mandat du président. Presque toujours cela était obtenu avec une majorité écrasante. L'entreprise de glorification tournait à plein régime. Le 28 juillet 1984 Mobutu Sese Seko fut réélu Président avec 99.17% des voix. Le Président Eyadéma fut réélu pour un troisième mandat (25.08.1993) avec 96,49% des voix. Pour Gheddafi, le 1er septembre 1971, les Oui furent 98.68%. Le Président tunisien Ben Ali a récemment sollicité un quatrième mandat: les Oui ont été 99%.
La choralité de la victoire n'excluait pas les surprises. Au Soudan, le 25.4.1983 Jaafar al-Numeiri fut élu Président avec 99.96% de votes favorables. Deux ans plus tard il fut renversé par un autre aspirant dictateur.
Le Bénin fut en cela, un cas exemplaire. Aux législatives du novembre 1979 la liste unique obtint 97,9% de suffrages. Le général Mathieu Kérékou opta officiellement pour le marxisme léninisme. Un système qu'on qualifia bientôt de ''laxisme-béninisme'' et qui conduira les pays à la banqueroute économique. Ce fut le premier Etat d'Afrique francophone à avoir amorcé un changement pacifique de pouvoir au début des années '90, ouvrant la voie au processus de démocratisation. Il a eu surtout l'honnêteté d'admettre sa faillite.
D'autres ne l'ont pas eue. Du président guinéen, Sékou Touré et de sa "pensée unique", Mgr. Tchidimbo, archevêque de Conakry, rescapé du tristement célèbre Camp Boiro, écrivit: "Il triompha et régna par le glaive, semant terreur, pauvreté et division". C'était l'étouffement de la vie politique, si bien décrit par la juive polonaise Rosa Luxemburg, qui passa toute sa vie (1871-1919) à défendre la révolution sans la violence. Au cours de l'été 1918, elle adressa, de sa prison (elle mourra assassinée), ces lignes prophétiques aux deux grands de la révolution russe, Lénine et Trotsky. 
«Si l'on étouffe la vie politique dans le pays, il est forcé que la vie soit de plus en plus paralysée. Sans élections générales, sans liberté de la presse et de réunion sans entraves, sans libres affrontements d'opinion, la vie de n'importe quelle institution publique cesse, se transforme en pseudo-vie, dans laquelle le seul élément actif qui subsiste est la bureaucratie… Et, plus encore, un tel état de choses doit accélérer inévitablement une recrudescence de la violence sauvage dans la vie publique: attentats, exécutions d'otages, etc. C'est une loi objective, toute-puissante, à laquelle aucun parti ne saurait se soustraire».
 
Il est souverain
 
La tendance à enjoliver les choses ou à masquer les déviations est loin de disparaître. Il est vrai que dans chaque pays les institutions démocratiques peuvent revêtir des formes diverses et variées, suivant l'histoire et les circonstances locales. Mais on n'a pas le droit de borner la démocratie. Actuellement le terme "Démocratie" est de plus en plus remplacé par celui de "Bonne Gouvernance", un style de pouvoir qui serait plus ouvert à la négociation, à la transparence et à la concertation. Quelqu'un a dit que se développe en Afrique le concept de la "démocratie pour donateur", juste assez de démocratie pour contenter les bailleurs de fonds.
La démocratie sans partis du président ougandais Museveni, par exemple, a reçu même la bénédiction du chef de la diplomatie américaine, Colin Powell, qui au cours de sa visite à l'Ouganda, en 2001, a répété le cliché: «Chaque pays doit trouver son propre rythme et adopter une forme de démocratie qui soit adaptée à sa propre culture. L'Ouganda est sur la bonne voie». 
Ce qu'on appelle «rythme du pays», «respect des traditions et de la culture» etc. peut cacher souvent la conviction que la démocratie est une concession bienveillante de la part de l'État ou d'un parti. Or la démocratie n'est le cadeau de personne, mais une composante fondamentale de la dignité humaine. L'État doit la reconnaître, la respecter et la promouvoir. Dans un système démocratique, la liberté est le principe; elle n'est pas une aumône faite aux citoyens. Les Grecs avaient une expression pour indiquer le passage des régimes appelés tyrannies, qui désignaient simplement le pouvoir d'un seul, à ce qu'ils appelaient isonomie, le pouvoir au centre, c'est-à-dire un régime non seulement d'égalité devant la loi, mais un régime où les citoyens participent à la construction de la loi et peuvent prendre part aux grandes décisions qui les touchent directement. «Dans une démocratie, le peuple est souverain, parce qu'il n'y a pas de décisions qu'il ne puisse prendre. La démocratie suppose la souveraineté du peuple qui, lui seul, est permanent: les hommes politiques délégués par lui, se succèdent à son service selon sa volonté et reçoivent de lui la légitimité du pouvoir». (Evêques du Zaïre, 22.09.1990). 
 
Font la démocratie
 
En démocratie, au combat on préfère le débat, la discussion. Le pouvoir, le parti, le groupe qui prétend posséder la totalité de la vérité et n'accepte pas d'être mis en discussion, ne peut que détruire le projet démocratique. Liberté d'expression. Une société démocratique doit prendre elle-même ses décisions, chose qu'elle ne peut faire sans informations sérieuses accompagnées d'un libre échange de points de vue. Abraham Lincoln exprimait ce concept quand il déclarait: «Informez le public, et le pays sera en sécurité». Si les moyens de communication sont muselés, la démocratie risque l'étouffement.
En 1990 les évêques du Zaïre parlaient de démocratie à deux vitesses: «Dans la capitale, la liberté de presse et d'opinion naissante s'affirme de plus en plus. A l'intérieur du pays, la presse arrive au compte-gouttes alors que quasiment rien n'est fait par les média officiels pour expliquer systématiquement à la population le sens profond des reformes initiées». Les dictatures exploitent au plus grand degré la peur. Les gens, prudence oblige, s'imposent "la langue de bois".
Le Multipartisme. Il n'y a pas d'État démocratique sans partis. Un État sans partis est forcément un État à parti unique, c'est-à-dire un État totalitaire.
Combien de partis? Au Zaïre, dans les années 1990-1992, il y en avait 250! Les Evêques du pays rappelèrent que «Le foisonnement des partis politiques n'est pas pour rassurer notre peuple. S'il est vrai que la possibilité de créer plusieurs partis politiques répond à une exigence de la démocratie, il n'en demeure pas moins vrai que la prolifération des formations politiques à laquelle nous assistons, pourraient paradoxalement dénoter ou bien une volonté et une soif de pouvoir à conquérir en dehors de tout esprit démocratique, ou bien la volonté d'un travail en ordre dispersé». A la même époque, au Congo Brazza les partis étaient 100; au Cameroun, 68; au Sénégal, 30; au Burkina Faso, 25; au Bénin, 17; au Nigeria, 16... Le danger toujours présent est leur pulvérisation. Lorsqu'ils sont trop nombreux, ils déroutent les électeurs et bloquent le processus démocratique. Aux récentes élections présidentielles au Kenya c'est la NARC - Coalition Nationale Arc-en-ciel, qui a remporté la victoire: une alliance sagace de quinze partis.
L'Opposition. L'opposant n'est pas un ennemi à abattre, un adversaire gênant à faire disparaître, un antipatriote. L'opposition organise la contestation et confirme que la démocratie est toujours en chantier. Quel que soit le sujet d'une discussion, il y aura toujours des opinions divergentes. On compare parfois la politique au ring de la boxe, où chacun cherche l'effondrement de l'autre. Quand on passe à l'insulte, si l'on couvre l'adversaire politique de mépris et de ridicule, si on lutte à coup de tromperies et de contrevérités, c'est la démocratie qui en sort blessée. À la fin d'une élection au Canada, les chefs des partis qui se sont présentés, qu'ils aient gagné ou perdu, prononcent habituellement un discours pour exprimer leur acceptation du processus démocratique. En général, ils remercient la population de son soutien, signalent qu'ils se soumettent à la volonté du peuple et s'engagent à respecter le processus démocratique.
Les Elections. C'est le  moment crucial. Dans le contexte démocratique, le suffrage universel est et reste la source du pouvoir. La conquête du pouvoir sans l'onction populaire est un détournement ou une confiscation de la souveraineté du peuple.
Des fraudes sont toujours possibles. Le nombre des votants supérieur au nombre d'inscrits, par exemple. Très importante est la Campagne électorale. On promet, on critique, on arrive même à ridiculiser les aspirants au pouvoir. Au Mali, au cours de la campagne électorale de l'année dernière on engagea un comédien qui disait: «Choisi un candidat qui te fera rire; et pas ceux qui te feront pleurer». Parmi les nouvelles insolites de l'an 2002 l'Internet a raconté que les électeurs de Hartpool (Grand-Bretagne) ont élu maire de la ville un candidat qui avait fait sa campagne déguisé en singe. Il avait promis des «bananes gratuites pour les enfant de l'école».
La Reddition des comptes. Celui qui exerce le pouvoir doit présenter l'état des biens publiques qu'il a administrés. Les pays ne pourront progresser que lorsqu'ils seront dotés de systèmes de gouvernance prêts à rendre des comptes.
L'Alternance: on accepte de passer du rôle de celui qui commande à celui qui est commandé. Il n'y a rien de honteux. La passation des pouvoirs entre M. Abdou Diouf et M. Abdoulaye Wade, au Sénégal, en avril 2000, a été saluée par tout le monde comme un exemple d'impartialité et de respect du résultat des élections. 
Au Kenya, en décembre dernier, la passation des pouvoirs s'est aussi effectuée en douceur. Uhuru Kenyatta, candidat du parti au pouvoir a reconnu sa défaite avec élégance. Daniel arap Moi, après 24 ans de présidence sans partage, a quitté le pouvoir sans drame et a demandé à l'armée de respecter le choix du peuple kenyan.
En Côte-d'Ivoire, au contraire, si le coup d'Etat du 24 décembre 1999 y a été suivi de progrès notables en matière de libertés, le pouvoir s'est à nouveau durci sous la pression des militaires, prouvant à quel point, comme partout sur le continent, la sortie des autoritarismes est difficile.
Le Mali aussi a offert un exemple de comportement démocratique. 
En 1991 le général Amadou Toumani Touré renversa Moussa Traoré, mettant ainsi fin à vingt-trois ans de dictature et de corruption. 
Un an plus tard, il respectait sa promesse de rendre le pouvoir aux civils au terme de la conférence nationale, qui débouchait sur les premières élections démocratiques de l'histoire du pays. Dix ans plus tard, en novembre dernier, Amadou Toumani est devenu président du Mali: il est revenu au pouvoir, par la voie des urnes.
La distinction des Compétences. S'il y a confusion de pouvoirs, c'est-à-dire si l'exécutif, le législatif et le judiciaire sont entre les mêmes mains, la démocratie cesse d'exister.
 
Comment faire?
 
«Il faut bannir les coups d'Etat», disent certains. C'était d'ailleurs la consigne que s'était donnée l'OUA en 1997. Le Président de rôle, M. Mugabe, déclara: "Nous sommes de moins en moins prêts à tolérer les coups d'Etat… 
Les auteurs de coups d'Etat et ceux qui renversent des gouvernements démocratiques vont s'apercevoir que nous sommes chaque jour moins disposés à les reconnaître. La démocratie se renforce en Afrique et nous sommes maintenant très hostiles aux coups d'Etat. "Lorsque la démocratie est bafouée, il nous faut faire tout ce qui est en notre pouvoir pour la restituer au peuple", confirma le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, lors de l'ouverture du sommet. 
La chose la plus nécessaire, l'Alphabétisation. Le tout premier pays à avoir connu une véritable révolution démocratique couronnée de succès avait une population où plus de la moitié savait lire et écrire: les États-Unis d'Amérique, il y a 226 ans. Sékou Touré disait en 1961: «Prenons comme exemple un paysan qui n'a jamais été à l'école. Si ce paysan a la confiance de la population, il peut donc être élu député, conseiller de circonscription ou secrétaire général de sa sous-section pour remplir les fonctions politiques». C'était de la démagogie.
La dictature a besoin de gens illettrés ou d'une intelligentsia assujettie. "La démocratie veut dire peu de choses pour le libérien moyen. 62% de la population est analphabète et seulement un quart des enfants d'âge scolaire vont à l'école. La solidarité familiale et tribale est de loin plus importante que les notions abstraites sur la façon de gérer les fonds publics de la part des politiciens et des fonctionnaires", écrivait récemment un journal de Monrovia. L'alphabétisation des populations contribue d'une façon déterminante à la propagation de la démocratie. Les premiers ennemis de la démocratie sont les citoyens qui ne savent ni lire ni écrire. Cela est encore plus vrai aujourd'hui, avec l'explosion des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Elles ne sont pas neutres et peuvent structurer les manières d'apprendre, de penser, de produire, d'échanger, de décider et de se représenter le monde. On est en train de créer une société qu'on informe au service exclusif du commerce, du pouvoir des groupes géants. Le citoyen en est largement exclu; les illettrés, totalement. 
 
Conclusion
 
La démocratie est plus qu'un simple régime politique, c'est une façon de vivre et de travailler ensemble. Dans leur message Noël 2002, les Evêques du Tchad l'ont rappelé: "Est-il la peine de parler de démocratie? Peut-on faire une démocratie sans démocrates? Il est temps de se mettre, tous et chacun, au travail pour faire surgir l'homme nouveau à partir duquel pourra se bâtir une nouvelle société en commençant par les villages et les communautés locales. Bâtir une nouvelle société: un travail commun. C'est un travail difficile qui incombe à tous. La nation n'est pas donnée toute faite: elle est à faire! Le développement ne vient pas du dehors: il est le fruit de nos efforts. Nous sommes invités à un travail commun. Cela implique que nous ayons le courage de sortir de nos égoïsmes de groupes, de nos peurs, de nos jalousies et de nos doutes sur nous-mêmes. L'autre doit cesser d'être un rival pour devenir un associé, un compagnon dans l'œuvre commune de construction sociale". Des mots appropriés pour bien des pays.
 
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