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Cette œuvre part d'un constat: l'idée d'être chef fascine. Nombreux sont ceux qui aiment diriger un pays, une entreprise, une armée ou même un hameau. "Nous avons besoin d'un leader", tel est le cri qu'on entend d'un peu partout. «Le Congo serait-il en déficit de leaders?» se demandait le quotidien kinois
Le Potentiel du 12 décembre dernier. Rassurons-nous, les aspirants leaders ne font jamais défaut. Mais tous ceux qui arrivent à occuper une place plus haute que celle des autres - par le consentement des gens, par la force ou la ruse - le font souvent d'une manière désastreuse. "Que la plupart des dirigeants politiques de l'Afrique noire indépendante aient échoué ne fait l'ombre d'aucun doute", tranche le prof. Hippolyte Mimbu Kilol dans la préface. On pourrait écrire sur le tombeau de bien des dirigeants ce qu'un blagueur avait imaginé pour le cardinal Richelieu: Ci-gît un fameux cardinal Qui fit plus de mal que de bien! Le bien qu'il fit, il le fit mal Le mal qu'il fit, il le fit bien. Le livre affirme que plusieurs dirigeants connus pour leur faillite ont eu une grande idée d'eux-mêmes. Ils pensaient plus ou moins comme ça: Je suis unique, exceptionnel, création divine, une personne de grande valeur, totalement aimé et accepté par Dieu, une personne dotée des qualités de chef… Est-ce qu'il y aurait un remède à cet échec? Est-ce qu'au-delà de l'invocation: "Seigneur, donne-nous de bons chefs", il n'y aurait pas un moyen d'en trouver des «passables»? Cette oeuvre du père jésuite D'Souza se propose d'enseigner au lecteur l'art de diriger, l'art d'être chef, le
leadership.
Tout individu, animateur d'une communauté ecclésiale, boss dans le monde des affaires, patron d'une entreprise, directeur d'école, père ou mère de famille, peut apprendre à mieux diriger.
C'est vite dit Mais est-ce vrai que c'est un métier qu'on peut apprendre? Au début du 20è siècle, Thomas Carlyle présenta la théorie du
grand homme: si le monde a fait des progrès - disait-il - c'est grâce aux réalisations individuelles de grands hommes. C'est vite dit, mais d'où vient exactement cette grandeur? Est-ce qu'on naît avec elle? Est-ce qu'on l'achète, on la gagne par la violence, la force ou grâce à un mariage intelligent? Le leadership implique la coïncidence de trois facteurs: un individu avec certaines qualités, un groupe qui cherche un dirigeant, une situation qui favorise la rencontre. Mais est-ce qu'entre un gangster qui impose son leadership sur une bande criminelle et un prophète applaudi par un grand nombre d'adeptes y a-t-il une différence? Ils possèdent sans doute certaines qualités telles le courage, la force morale et la conviction. Cela, toutefois, ne suffit pas. Les équipes de football élisent habituellement comme capitaine leur meilleur joueur: elles considèrent que leur capitaine les conduira à la victoire. Mais si l'on place ce même capitaine à la direction d'un journal, comment s'en sortira-t-il?
Le leader idéal Le livre fait des listes des qualités que le leader idéal devrait avoir. Elles sont si nombreuses qu'on serait tenté de renoncer à toute recherche. Voici quelques-unes. Un vrai leader sait gérer les
changements. Lorsque même un chef médiocre peut gouverner quand les choses sont calmes, le vrai chef se révèle lorsqu'il y a des changements. Généralement les individus s'opposent au changement. Ils n'aiment pas qu'on bouleverse leur vie et ils protestent: "On n'a jamais fait ainsi avant; on n'a jamais vu ça, ça ne marchera pas". "Chaque fois que nous avons un nouveau pasteur, il veut toujours changer les choses", se plaignent les paroissiens. Le vrai leader comprend les avantages que les changements présentent et encourage les gens à en profiter. Cela est encore plus vrai de nos jours: ce qui autrefois prenait des années ou même des décennies pour se produire, aujourd'hui surgit en quelques semaines ou quelques jours. Autre caractéristique: il ne suffit pas qu'il soit intelligent. "La connaissance à elle seule ne suffit jamais". Il faut quelque chose de plus pour diriger efficacement. Quoi? Il faut un
cœur. En paraphrasant Saint Paul (1Co. 13), l'auteur écrit: "Même si je comprends toutes les techniques de leadership, mais si je n'ai pas de cœur, je ne fais que rabâcher les mots. Bien que je puisse avoir une formation universitaire très poussée, sans cœur, j'échouerai dans mes relations avec les autres. Si je n'ai pas de cœur, mon travail n'aura servi à rien". Le vrai leader
se soucie des
autres. Le vrai leader ne brandit pas la popularité, la célébrité et l'argent comme preuve de réussite, mais se situe au niveau de cette interrogation: "Suis-je en train de servir de bon exemple?" Le livre s'adresse naturellement à ceux qui croient qu'on peut diriger dans un esprit de service: c'est la chose la plus difficile et qui n'a presque pas de sens dans le monde des affaires ou de la politique. Pour beaucoup de gens, le leadership évoque les notions de pouvoir, autorité, honneur, prestige, argent, avantages personnels et, finalement, laisser une trace dans l'histoire. Le plus souvent on renverse la règle managériale dictée par Jésus: "Celui qui voudrait être le plus grand parmi vous doit être le serviteur de tous". Jésus était le leader idéal, qui disait: "Le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir". On l'élimina comme un esclave, symbole d'un être dépourvu totalement de pouvoir". Le leader habile sait distinguer l'important de l'urgent; il
refuse d'être tyrannisé par l'urgent. Les leaders que nous connaissons laissent souvent que les routes, les écoles et les hôpitaux s'abîment au lieu d'intervenir sur les premiers trous. Ils "gèrent par crise", ils attendent la catastrophe. Contrairement aux chefs qui maintiennent les gens dans l'ignorance ou leur communiquent des informations inadéquates, le leader habile sait qu'un
dialogue ouvert et franc met fin aux rumeurs. Le manque d'information pousse les gens à se sentir délaissés et les remplit d'amertume. Les rumeurs et les frayeurs circulent et créent une atmosphère de méfiance. Il doit se demander: «Est-ce que je fais des promesses que je ne suis pas capable de réaliser? Est-ce que j'ai promis des choses dans l'intention de me tirer d'affaire?»
Les chefs qu'on mérite Mais le groupe a aussi ses obligations et son rôle à jouer. Après avoir analysé les styles de gestion dans les entreprises, Mc Gregor a conclu que la "plupart des gens préfèrent être dirigés et souhaitent esquiver les responsabilités. Ils ont peu d'ambitions et préfèrent être sécurisés. Ils ont donc besoin d'être contraints, surveillés, dirigés et même menacés pour être amenés à faire de leur mieux pour atteindre les objectifs de l'organisation". Là où sont trop nombreux les
Orateurs bavards à la recherche d'applaudissements, les
Comédiens
pour qui tout est blague, les
Pessimistes
qui démolissent
tout sans rien suggérer,
les Naifs
qui ne voient pas comment une idée peut faire faillite, les
Contestataires trouvant toujours encourageant d'être en désaccord, les
Silencieux
qui n'expriment pas les bonnes idées qu'ils ont dans la tête, les
Retardataires
insoucieux du temps qui passe,
un groupe, une société, un pays risque de tomber sous la griffe d'un chef fort,
habile et sans scrupules. Ce «manuel» termine par un rêve. Voilà les leaders dont le monde aurait besoin. Qui ne peuvent être achetés Qui respectent leur parole d'honneur Qui mettent leur dévouement au-dessus de la richesse Qui seront honnêtes dans les petites et grandes choses Qui se montrent intransigeants vis-à-vis du mal Qui n'ont pas honte ou peur de défendre la vérité quand elle est mal accueillie Qui peuvent dire non même si tout le monde dit oui. |

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Par Gaetan N. Yawo |