afriquespoir@ic.cd

Collation des grades académiques à l'ISTA, Kinshasa Janvier 2003

Home page

Ae22

Collation des grades académiques à l'ISTA (Institut Supérieur des Techniques Appliquées), Kinshasa , Janvier 2003.

Prés de 130 mille jeunes fréquentent les universités et les instituts supérieurs en R.D.Congo. Ils représentent environ 1,5% du groupe d'âge de la population compris entre 20 et moins de 30 ans et sont répartis de la manière suivante: universités, 45%; écoles supérieures professionnelles 38%; écoles normales 14 %; écoles des sciences humaines, 3 %.

La première université congolaise fut d'obédience catholique. Fondée en 1954, l'Université Catholique Lovanium fut nationalisée en août 1971. C'est l'actuelle Université de Kinshasa (UNIKIN). La seconde fut celle de l'Etat, implantée à Lubumbashi deux années plus tard (1956), dénommée Université Officielle du Congo, aujourd'hui UNILU (Université de Lubumbashi).

La troisième université fut d'inspiration protestante, installée dans la ville de Kisangani, en 1963.

Les écoles supérieures connurent le jour à partir de 1961: Ecole Nationale d'Administration Publique, Institut Technique et Médical, Institut Pédagogique National, Institut de Sciences et Commerce…

La population estudiantine ne cesse de s'accroître. À l'Indépendance les étudiants universitaires étaient 763. Une décennie plus tard, 13.136.


Les diplômés

Le nombre des diplômés a grandi au même rythme que la population estudiantine: 32 diplômés durant l'année académique 1960/61; 251 en 1964/65 et 883 en 1969/70. Durant l'année académique 2001/2002, les diplômés s'estimeraient autour de 10 mille, environ 7% de la population estudiantine.

Naturellement, la grande question se pose. Qu'est-ce qu'ils feront tous ces diplômés? Le chômage les attend. Le manque d'emplois, dû principalement à la destruction des structures industrielles, aux pillages des années '90, et à la mauvaise gestion, est devenu un cauchemar national. A ces maux, il faut ajouter l'insécurité généralisée, les guerres successives depuis 1996 et  tant d'autres facteurs. Certains hauts diplômés quittent le pays, alors que d'autres se transforment en chauffeurs de taxi, commissionnaires des maisons, commerçants, trafiquants.

A cela il faut ajouter que le produit 'académique' mis sur le marché d'emploi ne cesse de diminuer de qualité. Plusieurs causes sont avancées: la nette baisse du niveau de formation intellectuelle des nouveaux diplômés; manque de rigueur dans l'application des programmes d'enseignement universitaire et professionnel; environnement malsain dans lequel s'insère le système éducatif. Comment ne pas comprendre la démotivation dont souffrent tant d'étudiants traînant pendant dix ans un parcours universitaire qui en principe ne devrait durer que cinq?

Les études universitaires deviennent tout simplement un refuge, une sorte d'emploi permanent. La jeunesse s'y engage sans aucune ambition pour l'excellence. Parfois, c'est tout simplement pour faire plaisir aux parents ou dans l'espoir que se présente l'opportunité d'un voyage à l'étranger. Telle une galerie d'amphithéâtre virtuel, sans futur, où l'on peut entrer et sortir librement. On est en train de préparer des sinistrés "intellectuels" qui traînent dans les rues, en chômage ou en exerçant des travaux subalternes.


Le drame

La part du budget moyen alloué par l'Etat à l'éducation a baissé, passant de 11% à 1% à partir de l'année 1987. Avec de graves conséquences: disparition des bourses d'études et de l'aide pour le transport, les soins médicaux, le logement et la restauration des étudiants.

Le professeur est dépouillé progressivement de ses droits. Pendant de longues années sa place a été occupée par de "animateurs populaires" chargés de réchauffer le patriotisme des étudiants. L'enseignant est chosifié. Le fourbe y trouve certains avantages "sombres" ou un poste politique.

A partir des années '90, l'étudiant est appelé à participer à la prime des professeurs (partenariat). Tout est monnayé. La réussite et l'admission à l'examen final sont conditionnées à l'achat d'un syllabus ou d'un protocole de recherche de travaux pratiques. C'est le professeur même qui vend des copies de son syllabus aux étudiants le plus souvent à un prix exagéré.

L'accès à l'enseignement supérieur est pratiquement réservé aux nantis. L'Université survit parce que les étudiants payent. Il faut payer le prix de motivation des professeurs de 220 $US à l'IFASIC, 150 $US à l'UNIKIN, 80 $US à l'UNILU, pour suivre les cours et être proclamés. A ces frais il faut ajouter ceux pour le logement, le montant requis pour l'encadrement des étudiants finalistes, et autres. «Du concierge du cabinet du ministère, au recteur de l'université, tout repose sur les épaules des parents d'élèves et étudiants… Du primaire à l'université l'argent est devenu le critère exclusif pour avoir accès aux cours et la condition essentielle pour réussir aux examens», affirme l'Association nationale des parents d'étudiants en RDC (Anapeco).


Formation

La crise profonde que le pays traverse s'est installée aussi dans les cercles universitaires. La recherche de la réussite facile fait la loi. Tous les moyens sont déployés pour y parvenir: la tricherie, la corruption, le tribalisme, le trafic d'influences, le copinage et la séduction.

Ceux qui construisirent l'UNIKIN prévoyaient un maximum de 5.000 étudiants. Aujourd'hui ceux-ci sont 34.526. Les auditoires sont surpeuplés, mal aérés et souvent mal éclairés. Les écritoires sont insuffisantes. Les étudiants se battent pour se placer en bonne position pour suivre les cours. Souvent, ils restent debout et le professeur n'a même pas d'espace pour bouger.

Les bibliothèques, les ateliers, les laboratoires, les fermes expérimentales sont des "monuments en ruine". Parfois, ces sites ont même été vendus ou transformés en auditoires. Les étudiants se permettent aussi d'en faire des salles de musique.

La détérioration de la plus grande université du pays est telle que lorsque il y a dix ans le gouvernement proposa à la conférence épiscopale congolaise de reprendre la gestion de l'université, la conférence épiscopale aurait réagi en disant qu'il était moins onéreux de construire une nouvelle université. (cf. Richard Ngub'Usim Mpey-Nka, Congo-Afrique 363, p.175.)


Conditions

La durée des années académiques est devenue élastique. De 1990 à 2001 l'UNIKIN a enregistré cinq années blanches (le Niger, pendant la même période, en a enregistré quatre). Du temps perdu, avec des enseignants démotivés et des étudiants désormais résignés à décrocher le diplôme à trente ans et même plus tard.

L'étudiant est confronté à une misère indescriptible. Malnutrition, logements de fortune, promiscuité font partie du lot quotidien. Une chambre de 18 mètres carrés peut accueillir jusqu'à 12 étudiants. Certains étudiants passent leur temps non à la bibliothèque mais en faisant du petit commerce, du "ligabro", en termes kinois.

Le manque de débats scientifiques, les regroupements à caractère tribal ou régional, certaines épisodes de violence, l'infiltration de «flics»: voilà une liste non exhaustive, à laquelle il faut également ajouter la réquisition forcée de la part des étudiants des véhicules pour le transport. Une opération accompagnée de chants et de clameurs, qu'ils appellent Ong (Organisation non-gouvernamentale)!

Les loisirs, les activités sportives et culturelles organisés jadis dans les sites universitaires, ont complètement disparus. Ils sont envahis par des "bruits" ininterrompus de toutes sortes, de petits trafics, de vente de boissons.

Avant de terminer, une note positive: dernièrement on a entamé des travaux de réfection des homes, tant  des filles que des garçons. Un petit miracle, qui légitime l'espoir que d'autres se produiront.

Par Kabengele Lubambala Christian