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Ce chef était vraiment grand de taille; au village on l'appelait Kasonga Mule. Et sa beauté n'avait de pareille. Par ailleurs, il avait tout un harem de femmes de toutes tailles et de tous âges. Il en avait pour sa toilette, pour sa lingerie, pour ses repas, et certaines pour attraper des arêtes qu'il faisait tomber de sa bouche, quand il mangeait.
haque soir, au crépuscule, lorsque le soleil avait terminé sa longue et éreintante course à l'horizon, on le portait dans un hamac «typoy» par des sujets choisis parmi les robustes. Il dandinait sur les épaules des garçons, agitant le chasse-mouches en crins de lion en direction de la foule et souriait. Il se disait en lui-même qu'il était le seul homme fort et sage.
Un jour, en plein midi, pendant que les enfants jouaient derrière les cases enfumées du village, un python se faufila à travers les herbes et vint s'enrouler autour d'un enfant de huit ans. Tous ses camarades coururent informer le chef. Celui-ci s'amena en compagnie de tous les notables et villageois. Il demanda à ce que le chasseur attitré du village abattît le serpent.
- Non chef, lui dit un villageois, cela mettra en danger la vie de l'enfant;
- La seule solution plausible, d'après moi, c'est de le fusiller, répliqua furieusement le chef. Nous connaissons la dextérité de notre chasseur; l'enfant ne court aucun risque.
Le chasseur Tshilemebi s'amena avec son fusil de chasse, pointa le canon vers le serpent, soupira longuement et appuya sur la détente. Kpaan. Le coup partit. Mais, à la place du serpent, c'est plutôt l'enfant que l'on vit baigner dans son sang. Toutefois, le python fut tué par la population en colère.
Un mois plus tard, les femmes du village étaient au marigot en train de puiser de l'eau, lorsqu'un python surgit de, on ne sait où, et s'enroula autour de la femme d'un notable. Comme des aveugles qui ont perdu leurs bâtons, les femmes lançant en l'air des cris de détresse, s'en allèrent voir le chef. Ce dernier affirma une fois de plus que, si les serpents viennent régulièrement attaquer les villageois, c'est parce que les esprits des ancêtres sont en colère. Donc, il était nécessaire et urgent de faire appel au grand féticheur, Bwanga, pour les apaiser. Malgré l'insistance des femmes qui mesuraient la gravité du problème, car leur consœur était encore prisonnière du serpent, le chef resta inébranlable. Car pour lui, seuls les mânes des ancêtres pouvaient la délivrer. Il envoya chercher le grand féticheur Bwanga, qui vint rapidement vêtu de la peau de panthère et d'un ensemble d'objets aussi hétéroclites que fétides. Il se dirigea, suivi du chef et tous les villageois, vers le marigot, à quelques mètres de la victime, il fit des incantations, cassa deux œufs de poule, aspergea du kaolin tout autour et se mit à sautiller tel un enfant qui marcherait sur une colonie de fourmis noires.
Pendant ce temps, le python avait fini de broyer sa proie entre ses anneaux et l'avait avalée avec délectation, à la désolation de toute la foule présente. Furieux, les villageois découpèrent le serpent en morceaux, mais ils ne purent sauver la femme du notable.
ix mois après ce malheur, on vint dire au chef que son enfant de dix ans était ceinturé par un python à la rivière où il était allé nager avec ses camarades. Désemparé, le chef voulut faire venir le grand marabout du village voisin. Les esprits des ancêtres sont toujours en colère, clama-t-il. Non, chef, intervint un notable, le féticheur Bwanga a fait des sacrifices et cela n'a pas empêché les serpents de venir s'attaquer à nous. Si quelqu'un dans la foule a une idée, nous pouvons aussi l'écouter.
Le chef ressentit cette contradiction telle une grande humiliation. Il se mit, de ce fait, dans une colère noire. Ses yeux sortirent de leurs orbites, ses lèvres se mirent à trembloter et son visage devint du coup pâle.
«C'est pour sauver ton propre fils, chef!», cria une vieille femme dans la foule.
A ces mots, le chef redevint de plus en plus calme, baissa la tête et dit laconiquement: «D'accord». Il acquiesça à cette proposition parce que la vie de son fils était menacée.
n vieillard dans la foule se leva et dit: «Oh chef, si une mère a besoin d'un enfant, celui-ci a besoin d'une mère. La mère écoute l'enfant pour bien l'éduquer, et l'enfant écoute la mère pour être béni. Tu es chef parce que nous existons. Ecoute-nous maintenant.
Nous allons immédiatement prendre un poulet que nous décapiterons devant le serpent, et quand il verra dégouliner le sang, il lâchera l'enfant pour suivre le poulet». Toute la foule applaudit, car plusieurs pensaient la même chose.
Le chef ordonna que l'on prît un gros coq et que l'on allât le décapiter devant l'enfant, toujours prisonnier du serpent. Ce qui fut fait rapidement. Le python vit le sang qui dégouttait du coq et eut envie d'aller l'avaler. Il se déroula du corps de l'enfant et se dirigea vers le coq. Les villageois soulagés le tuèrent donc à coups de machettes.
Depuis lors, lorsque quelqu'un est attaqué par un python, on recourt au poulet. Et le chef comprit que lorsqu'on dirige, ce n'est pas seulement le peuple qui doit être à l'écoute du chef, en supportant ses caprices et ses sautes d'humeur, son diktat, mais c'est aussi le chef qui doit être constamment à l'écoute du peuple: celui-ci a la capacité de trouver des solutions à ses problèmes et a aussi droit au dernier mot. |




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Par Jean Pierre Mukendi |