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Spécial Spécial Spécial: Qu'est-ce qu'ils rencontrent-là? |


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\ Le Congo semble avoir tourné le dos à la guerre la plus meurtrière de son histoire. On parle maintenant de réconciliation et vérité. On a toutefois l'impression, que la réconciliation n'est pas une priorité? La «réconciliation et vérité» est une dimension très importante, mais je me demande aussi comment la réconciliation pourra être bien reçue, avec une amnistie accordée à tous les belligérants pour les actes de guerre. A qui a tout perdu, village, parents, amis et se trouve encore en déplacement forcé, à celui-là on dit tout simplement: "voilà, maintenant il y aura réconciliation, il y aura de toute façon amnistie pour les faits de guerre". Je ne sais pas si l'on peut avancer beaucoup avec un état d'esprit pareil, avec toutes les douleurs, la haine et les rancunes qui s'en suivent. \ Il y a des situations analogues dans d'autres pays africains: Sierra Leone, Centrafrique, Rwanda, Burundi, Côte d'Ivoire. Là aussi on parle de réconciliation. Elle est donc une dimension importante. Tout à fait. Il y a deux ans, nous avons produit - au niveau de la Conférence épiscopale du Congo - un numéro de Justice et Paix dont le titre lui-même était évocateur: «Après la guerre, comment panser les plaies?» La partie lourde, la partie sourde de la mémoire du peuple n'oublie jamais rien. Je vois très mal comment les engagements simplement politiques peuvent nous amener à la réconciliation sur les choses qui sont portées par l'affectivité et pas seulement par l'affectivité. Il y a aussi l'aspect des ambitions et des intérêts. On doit tenir compte des aspects importants que sont les cœurs et les esprits blessés, humiliés. Ces choses-là s'oublient beaucoup plus lentement que les ambitions politiques. La douleur bloque. Il s'agit de libérer la capacité de s'écouter les uns et les autres et d'arriver à agir ensemble. \ On pourrait parler de guérison collective. Oui! Vous savez, dans le processus de paix même dans un village, souvent on se réconcilie au détriment du plus faible, de celui sur qui tout le monde peut se jeter. C'est le mécanisme du bouc émissaire! Pour lutter contre cette violence-là, on peut recourir à un travail d'accompagnement fait par des personnes crédibles. C'est dans ce sens-là que je pensais que l'action des Églises est très bien venue, puisqu'elles travaillent déjà au quotidien et au niveau national pour que l'aveu collectif n'aboutisse pas au massacre collectif. Ou au détriment des plus faibles. Je verrais mal que des hommes crédibles et de cœur, ne partagent pas ce moment de réconciliation. \ Est-ce qu'il y a dans notre pays des personnes qui, malgré leurs forfaits notoires, affirment qu'ils n'ont rien à se faire pardonner? Si nous avons atteint ce niveau où l'on peut massacrer et après se justifier et être tranquille c'est que réellement la morale collective est terriblement malade. Je comprendrais plutôt qu'on craigne de remuer les plaies qui viennent de la haine ou de la rancune. Je me refuse de penser qu'on agit par légèreté ou qu'on minimise le fait atroce de la guerre. Surtout la guerre qui se fait à la façon, si vous voulez, du Congo où il n'y a pas de batailles rangées, mais on voit beaucoup plus de malice dans la façon de détruire les êtres et de se détruire. Tout cela a beaucoup de chance de laisser des traces très profondes dans les personnes. Les hommes oublient difficilement les humiliations. \ On dit qu'au Soudan les deux parties en conflit ont décidé de laisser tomber la question concernant les droits de l'homme piétinés au cours d'une guerre qui a duré 20 ans. Cela me semble une espèce de bombe à retardement. Il est évident qu'il faut éviter la gestion des rancœurs comme une méthode pour gouverner. Il faut que les responsabilités soient reconnues et la possibilité de faire autrement, en même temps. En ce qui concerne le Congo, on ne peut pas avoir tous les traumatismes présents à l'esprit, mais n'empêche que cinq ans de guerre ne s'effacent pas comme ça. Cela prendra du temps. Dans cette guerre, on pense beaucoup à l'Est du pays où les massacres sont mieux pris en charge par les médias et on ne pense pas assez que, par exemple, la province de l'Équateur a aussi été meurtrie. On n'en parle pas. Mais vous savez bien que comme dans un prison, le silence est une double douleur. \ Dans certains diocèses il y a des expériences de réconciliation Je pense, en particulier à ce qu'on fait à Mbandaka, avec la commission Justice et Paix de ce diocèse, sous la houlette du P. Nomé. On croit qu'il ne faut enfermer personne dans son mal, mais l'aider à se tourner vers le salut. Cela est tout à fait possible, mais il faut que nos communautés chrétiennes servent de centres de réconciliation; on a besoin de personnes-repère, dont la parole peut rétablir les relations. Il faut que les personnes lésées croient que celui qui leur donne la main ne leur joue pas un tour. \ Mais quelle est la place de la justice dans tout cela? Ou du Tribunal Pénal International? Tout conflit commence lorsque les hommes ne font plus confiance à l'action des autres. Que vous soyez magistrat ou avocat, il faut d'abord rétablir la justice-relation et quand cette confiance dans la communication existe, vous pouvez construire dans les institutions avec la compétence voulue et avec de bonnes lois et de bons états d'esprit. La Cour Internationale? Nous y tendons, parce que la conscience du droit international est en train de cheminer, mais quand on voit le temps que ça prend pour faire aboutir un jugement et l'argent que cela exige ce n'est pas cela d'abord ce qui doit être le point focal mais c'est une réconciliation par des acteurs vivant ensemble, sans perdre de vue l'Etat de droit. \ A propos du conflit inter-ethnique dans l'Ituri. Comment parler de réconciliation à des groupes qui se sont massacrés? A part les manipulations dont se servent des groupes d'intérêts politico-ethniques internes ou extérieurs, il faut dire qu'une des choses qui a perverti la politique africaine c'est d'une façon générale la gestion des rancœurs et l'institutionnalisation perverse des ethnies. Gouverner pour certains signifie gérer les rancœurs, gérer la haine. Il faudrait dans les relations de solidarité du mal, qu'on puisse identifier les filières des armements, ça fait partie de la pacification. Il ne suffit pas que les choses soient déjà enflammées pour qu'on en parle. Il faut qu'on dénonce publiquement la prolifération des armes légères et leurs filons qui arment des gens déjà en colère, des gens revanchards. \ Est-ce qu'il y a des conditions indispensables pour qu'on arrive à se réconcilier? Dans Pacem in terris Jean XXIII disait que si les quatre piliers de la réconciliation: la vérité, la justice, l'amour et la liberté ne sont pas à l'ordre du jour, nous ne construisons pas la paix. Comment voulez-vous que les piliers de la paix puissent être plantés si les hommes honnêtes qui cherchent la paix ne sont pas présents? Si ce sont seulement les hommes intéressés, les calculateurs, les armés, les commerçants qui veulent profiter de la situation de guerre (le butin de guerre). \ Un calendrier des choses à faire? L'accord global et inclusif est un maillon de la chaîne pour l'avènement de la paix dans notre pays. Les parties signataires doivent clairement renoncer à la guerre et à toute forme de violence qui l'accompagne, par le désengagement de leurs forces combattantes et par l'amorce d'un programme de restructuration de l'armée comme préalable à une transition non conflictuelle. Il faudrait qu'on médite sur la lettre très musclée des Evêques «Trop c'est trop, j'ai vu la misère de mon peuple» du point de vu de l'espérance. Le processus accompagné exige la reforme de l'armée. Que l'armée quitte le statut de milice, de rébellion et devienne une armée républicaine, qui est un grand attribut de l'Etat. Sinon on confondra toujours les partis politiques et l'armée. Il faut motiver les gens pour qu'ils aiment leur pays. Quand on aime, il y a du coup les obligations envers l'amour. Mais ces obligations envers le pays nous ne les voyons pas. Les congolais ont un problème avec l'Etat, qu'on confond avec la communauté, la famille, les partis, ou un groupe d'intérêt particulier. Il faudra se dépasser, afin que ce que nous avons en commun soit sauvegardé. |
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Entretien avec l'abbé Dominique Kahanga, secrétaire de la Commission Épiscopale Justice et Paix de la RDC. |

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Ituri, RDCongo. Enfants déplacés. Photo IRIN |
