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Sommaire


Courrier


Ils se pressent


Vers la paix?


Les Bambuti


La belle chanson


La termitière


Réconciliation: le défi


Vade-mecum


Impunité: plus jamais?


L'or bleu


Elle est capable


 

J'ai oublié


Spécial Spécial Spécial:

Qu'est-ce qu'ils rencontrent-là?


Ils font le plein


Rendez-vous manqué

Le 7 avril 2003 avait tout l'air d'une date historique. A Nairobi, le président soudanais Omar El Béchir, rencontrait pour la deuxième fois en 20 ans John Garang, leader de l'Armée Populaire de Libération du Soudan. Dans un communiqué conjoint ils réaffirmaient leur l'engagement à "honorer les accords conclus entre les deux parties, en particulier le protocole de Machakos, qui prévoit la cessation des hostilités et la livraison facilitée des secours humanitaires".


L'accord final semblait donc chose faite, entraînant la solution des problèmes épineux comme la formation d'un gouvernement d'unité nationale pour six ans, la future composition des forces armées, la distribution des revenus du pétrole, dont est riche le sud du pays et, finalement, l'organisation  d'un référendum sur l'avenir du sud.


Les semaines suivantes ont cependant montré que sur la paix annoncée pèsent plusieurs menaces. Par exemple, l'accord signé semble ignorer les innombrables violations des droits de l'homme depuis 1983. Malgré la grande attente pour que justice soit faite, les deux parties sont tombées entièrement d'accord: on n'en parle plus! Comment oublier les nettoyages ethniques (lire opérations militaires) dans les régions du Sud Soudan et des Monts Nouba, par le gouvernement actuel, le Front National Islamique (NIF)? se demandent des millions de soudanais. Comment oublier les offensives lancées par les 25 milices pro-gouvernementales (12 000 combattants environ) parfois appuyées par des hélicoptères de l'armée de Khartoum, pour le contrôle des régions du Haut Nil et du Kordofan? Est-ce que la stratégie gouvernementale de dépeuplement des régions riches en pétrole - la production actuelle est de 250.000 barils par jour - par des attaques indiscriminées contre les civils, accompagnées d'enlèvements de femmes et d'enfants, de viols collectifs, de destructions de sites humanitaires et d'incendies de villages, changera?


La malchance


Quant aux arrangements politiques et économiques futurs: il semble que l'on se dirige vers une solution qui donne au Parti du Congrès National (le parti au pouvoir) le choix du Président de la République et à l'SPLA, celui du vice-Président. Lors d'une réunion de la Ligue Arabe tenue à Khartoum en janvier, les ministres des Affaires Etrangères ont toutefois exprimé leur opposition à l'autodétermination du Sud-Soudan. C'est d'ailleurs la position de Khartoum, craignant la perte des ressources dont est riche le sud, la séparation de l'Etat et de la religion. La sharia, la loi coranique imposée aussi aux non-musulmans reste toujours la pierre d'achoppement. 


Autre menace de taille est toujours représentée par les divisions dans le Sud. Les clivages ethniques et les groupes rebelles qui se séparent pour se réconcilier et se séparer de nouveaux,  font le jeux des nordistes. Mais des signes qu'on est fatigué se manifestent soit au nord soit au sud du pays. «Le Soudan est gouverné par des Islamistes radicaux qui ont la même vision qu'Osama Bin Laden, emploient les mêmes méthodes de suppression brutale que Saddam Hussein et ont commis des atrocités contre l'humanité beaucoup plus graves que celles de Slobodon Milosevic», a dénoncé l'Ong canadienne Freedom Quest International. Les gens sont fatigués du recrutement forcé de la part du gouvernement de jeunes pour en faire des mujahhidin, des combattants de la guerre sainte. Ils partent vers les sud, insuffisamment entraînés et très peu motivés. Pareillement au sud, où la résistance, bien que plus motivée, a du mal à renouveler ses effectifs. Un forum de la société civile, réunissant plus de 100 délégués, organisé en décembre 2002 par les Eglises soudanaises à Entebbe, a invité les sudistes à travailler ensemble. Le 6 janvier les principaux mouvements de libération signent une «Déclaration d'unité, paix et réconciliation». Cinq mois plus tard ils affirment leur volonté d'avancer ensemble.


Dans les deux cotés, il y a toutefois des extrémistes refusant une solution pacifique. La vente d'armes et l'exploitation de l'aide humanitaire font leur affaire. De temps en temps des rebelles sudistes font même des incursions meurtrières dans la RDC voisine.


Le 15 avril dernier a été une date funeste. A la Commission des Droits de l'homme des Nations Unies 26 pays, surtout africains, contre 24, ont refusé de renouveler le mandat au Rapporteur Spécial au Soudan. «Cette commission est devenue une parodie d'elle-même» a justement commenté le quotidien français Le Monde du 27 avril. En effet, dans son dernier Rapport, Gerhart Baum avait rappelé que «Le pays reste sous la poigne de fer de l'appareil de sécurité omniprésent, qui continue à jouir d'une impunité virtuelle». Parmi les très nombreuses violations des droits humains, le Rapport parle, par exemple, de «dix-sept femmes récemment reconnues coupables d'adultère et condamnées à 100 coups de fouet à l'issue d'un procès sommaire à Nyala, dans le Sud-Darfour».


Après avoir rappelé que les milices ont à plusieurs reprises massacré les populations civiles non arabes, et rasé leurs villages, provoquant un exode massif de ces populations loin de leurs terres ancestrales, l'organisation Comité Soudan affirme qu'il y a une «politique raciste d'arabisation. En dépit de leurs racines profondément ancrées dans l'Islam, le gouvernement considère les non arabes comme une cinquième colonne potentielle dans la guerre, en raison de leur identité "africaine". En conséquence le NIF s'efforce de détruire les structures du pouvoir traditionnelles de ces communautés et de changer la composition ethnique de l'ouest du Soudan.


C'est exactement ce que l'on reprocha à Milosevic au Kosovo. Mais cette région avait sans doute la chance de ne pas avoir de pétrole pour mériter l'intervention internationale»!


Aux optimistes prévoyant la fin prochaine du conflit, le médiateur kenyan Lazaro Sumbeiywo a répondu: «La signature de l'accord final en juin? Impossible!»


Par Amid Soran

ç
Omar Hassan
El-Bechir, président de la République
Soudanaise depuis le mois de juin 1989.

è
John Garang,
leader de l'Armée Populaire
de Libération
du Soudan

Omar Hassan
John Garang
Sud-Soudan. Avion des Nations Unies avec des secours

Vingt ans de guerre - la plus longue du continent africain - et deux millions de morts. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell l'a admis: "Peut-être n'y a-t-il pas dans le monde une tragédie pareille". 

"La communauté internationale a ignoré, pendant vingt ans, le génocide perpétré contre  la population noire du Pays le plus grand d'Afrique", a écrit le 24 avril dernier le quotidien kenyan The Daily Nation.

«L'expérience nous montre qu'une paix vraie et durable ne peut pas être assurée par des documents écrits. Elle dépend plutôt de la participation de tous les citoyens engagés dans la construction et le maintien de la paix». Conférence Épiscopale Catholique Soudanaise