Afriquespoir@ic,cd

Sommaire


Courrier


Ils se pressent


Vers la paix?


Les Bambuti


La belle chanson


La termitière


Réconciliation: le défi


Vade-mecum


Impunité: plus jamais?


L'or bleu


Elle est capable


J'ai oublié


Spécial Spécial Spécial:

Qu'est-ce qu'ils rencontrent-là?


Ils font le plein


Rendez-vous manqué

Grande rencontre des pygmées à Mambasa. "Par leur nomadisme, par leurs peurs et par leur vivre à l'écart

Longtemps tenus à l'écart, les pygmées de la région de l'Ituri (nord-est de la RDCongo) ont fait  récemment la une de tous les médias. Menacés et pourchassés jusqu'à Wamba-Bayenga par les milices de Lumbala et de Bemba en avancement vers Mambasa et Beni, ils ont été visés pour avoir, dit-on, conduit par des sentiers en forêt les milices de l'APC de Mbusa Nyamwisi. On les aurait même dévorés, selon les témoignages de certains!


Il est vrai que d'un côté ou de l'autre on les «convoite», en les appelant à danser pour réjouir, autrefois les touristes, aujourd'hui des chefs militaires. Au Forum des Nations Unies pour les Affaires Indigènes, le 21 mai dernier on a parlé des pygmées, des Bambuti, comme d'un «peuple au bord de l'extinction, politiquement marginalisé, pris au piège et mangé par les militaires dans les forêts congolaises. Des faits très difficiles à croire. Des familles pygmées obligées de cacher leurs enfants des milices armées et même de leurs voisins»!


Évidemment, ce n'est pas cela le chemin pour rendre aux pygmées leur dignité toujours piétinée par n'importe qui. 'Premiers citoyens' mais sans carte d'identité et exclus lors du recensement. Au service de leur "patrons" (makpala-bangwana), reculés derrière les annexes de la cuisine ou de la toilette, comme du bétail, obligés de porter des poids, ils vivent souvent dans la peur des punitions. Ils n'aiment pas se bagarrer et tandis qu'un pygmée ne frapperait jamais un autre avec un bâton, on leur inflige des bastonnades pour la moindre infraction ou pour les faire travailler. Ils se sauvent et deviennent des vagabonds.

La peur! D'aller au dispensaire, des injections, de ne pas être soignés parce qu'ils n'ont pas d'argent. Interdits d'avoir une parcelle comme les autres et de faire leur champ: eux, les «vrais autochtones» de l'Ituri, voient leurs droits fonciers bafoués. Ils ne se sentent pas considérés comme les autres. Et en plus ils ne réagissent pas.


L'atout d'aujourd'hui


Les choses sont en train de changer. Ils ne veulent plus rester à l'écart, éloignés en pleine forêt ou complexés par des sentiments d'infériorité. D'ailleurs, la forêt ne suffit plus. Les nombreux chercheurs d'or et individus armés à la chasse d'animaux, déstabilisent leur mode de vie.

Pour cela, le premier pas c'est un changement de mentalité dans la société civile, qui doit les accueillir et les respecter en tant que citoyens comme tous les autres, sans discrimination. Leur intégration en «dignité» dans la société congolaise c'est l'atout d'aujourd'hui. Et aussi au niveau d'Eglise: que tous les chrétiens les respectent et les accueillent pour former l'unique Famille de Dieu, où tous sont «frères». De leur part, les pygmées sont aussi appelés à accepter les normes favorisant l'intégration dans la grande communauté.


C'est, en particulier, dans les trois domaines suivants que s'impose une intervention urgente.

D'abord, la santé: surtout pour l'enfance. Sur dix enfants nés, seulement quatre arrivent à l'âge de quinze ans! Par leur nomadisme, par leurs peurs et par leur vivre à l'écart, les pygmées n'ont pas accès aux soins publiques et ils restent exposés aux maladies plus que les autres gens. Ils ont besoin d'une formation à l'hygiène, d'une amélioration de leur habitat, d'entretenir les sources d'eau.


Fondamentale est la formation de la femme, qui détient l'autorité au campement.

«Chasseurs», peuple de la «cueillette», les pygmées cherchent aujourd'hui comment survivre. La forêt s'épuise. Les patrons cherchent naturellement leur profit et aux "petits" employés ne donnent que des miettes. D'où la nécessité d'un changement dans les habitudes: la chasse doit être accompagnée ou remplacée par des «champs». L'indépendance effective des pygmées est absolument liée à l'autosuffisance alimentaire: c'est le prix de leur liberté et dignité. Ni esclaves, ni voleurs, ni fainéants! Qu'ils puissent disposer de terrains à cultiver, d'outils pour les travaux, organiser leur agriculture, c'est une nécessité urgente. On les considère souvent un «peuple mendiant». C'est être injuste de ne pas apprécier leurs capacités. Faire semblant qu'ils n'existent pas, ou les 'combler de dons', c'est bafouer leur dignité et détruire les possibilités de les rendre acteurs de leur développement.


Le service que l'Administration du Territoire est appelée à rendre aux pygmées, c'est de favoriser  leur encadrement, non par «des amendes et punitions» que les pygmées craignent fortement, mais en les aidant avec une formation adéquate et en collaboration avec les organismes déjà au service des pygmées.


Le bon chemin


Un autre aspect de première importance et urgence est représenté par l'école: l'avenir est aux enfants, dit-on. L'expérience d'une vingtaine d'années à travers tout le diocèse de Wamba, confirme que les résultats sont minces.  Mais un acquis est sûr: maintenant les pygmées  demandent l'école pour leurs enfants. Leur mobilité complique sérieusement les activités scolaires. Les mois de février-avril, saison sèche, il se déplacent pour la chasse et la pêche. En juillet-août c'est la recherche du miel qui les éloigne des centres.

La Méthode O.R.A.  (Observer - Réfléchir - Agir ), adaptée et appliquée pendant quatre ans, a formé, malgré les entraves de la guerre, 4.400 élèves pygmées (ensemble avec 2.600 bantous) dans 240 classes de Scolarisation de Base, organisées par la Pastorale Diocésaine de Wamba. On avance maintenant vers le cœur du programme: à partir de la troisième année primaire les enfants pygmées sont intégrés dans les écoles publiques. La formation acquise les rend libres de tout complexe d'infériorité par rapport aux élèves bantous et aujourd'hui il y a des pygmées qui demandent leur député à eux, pour l'Ituri.. Bien que la régularité doive entrer encore dans l'ordre des choses, on peut croire qu'on est sur le bon chemin. Ils aiment l'école, ils s'imposent des sacrifices pour y aller. On espère aussi que la nouvelle situation, qui s'est créée suite aux violences dans l'est du Pays, à Mambasa, Komanda, Mongwalu, Beni etc. n'entravera pas une fois encore la bonne marche d'un encadrement des pygmées déjà en route, destiné à les rendre acteurs de leur propre développement.


Ce n'est qu'à ces conditions que les aides attendues et que les initiatives mises en œuvre par tous ceux qui s'intéressent au progrès des Bambuti, pourront faire grandir ce peuple et l'intégrer dans la société congolaise d'aujourd'hui.

Par P. Franko Laudani

P. Franco Laudani

P. Franco Laudani, coordinateur de la Pastorale des Pygmées du diocèse de Wamba, RDC.