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Il n'est jamais inutile de revenir dans la Bible - le trésor est inépuisable - sur la riche figure étonnante de la Mère de Jésus devenue actrice principale à Cana (Jn 2), le court instant où l'Evangile concentre sur elle l'attention, avant qu'elle ne se dilue, comme à ses habitudes, dans l'ombre de son Divin Fils. Avec un courage qui demeurera toujours une grave interrogation à notre conscience, Marie va livrer son Fils unique à un monde indigne d'un tel Don et incapable de le comprendre; dans son épaisse mesquinerie, le monde, peu de temps après, va le massacrer. Il y a là un grand mystère que l'on ne creusera jamais assez. Quand Marie donne l'ordre aux servants d'aller vers le Fils «Faites tout ce qu'il vous dira!» (Jn 2,5), sa décision est irrévocable, on le sent: les dés sont jetés! Au Fils elle n'a donné aucune injonction mais a fait devant lui un simple constat, lourd pourtant de signification: «Ils n'ont plus de vin!» (Jn 2,3-5). Cela a mis le Fils dans l'embarras! Le voilà face à un double devoir: vis-à-vis de la Maman et devant sa conscience profonde de Messager de l'Eternel. Et selon leur culture familiale (on le devine bien sous l'échange de paroles), il s'est passé entre eux, à travers paroles et regards expressifs, une «inter-connexion mystique». Le Fils qui accède toujours aux desiderata, même muets, de la Mère, s'étonne cette fois de ce que sa Mère semble ne pas voir les conséquences pour elle de ce qu'elle «lui demande» là! En lui répondant positivement, en réalisant l'impossible devant les hommes qui vont ainsi le découvrir pour ce qu'il est: «Le Messie», elle, en contrepartie, va le perdre… Tourment du Fils pieux: Qu'adviendra-t-il de sa Maman? Qui subviendra à ses besoins dans sa vie de solitude? S'est-elle donc bien rendue compte que «les prophéties du Serviteur Souffrant» (Is 49; 50; 52-53) vont désormais s'accomplir et qu'elle sera la grande perdante? Mais il connaît bien sa Maman: elle ne parle jamais pour ne rien dire; c'est que sa décision a été clairement mûrie avec l'Esprit qui ne la quitte jamais.
Il ne fait aucun doute - et c'est un réflexe spirituel chez elle - que tout cela Marie l'a longuement médité dans son cœur: Cana était l'heure de Dieu, le moment opportun pour qu'elle fasse connaître au monde la présence du Messie attendu qui devait initier sa Mission; l'heure aussi pour elle, par conséquent, d'assumer au grand jour le glaive secret qui depuis des lustres transperçait son cœur (cfr Lc 2,35). Les hommes ont toujours eu besoin d'un signe visible ou palpable - homme, objet ou évènement - qui leur indique le «Dieu qui se tient caché» (Is 45,15) au-dedans ou au-delà du temps et de l'espace. Ce sera Cana où les disciples, jouissant avec les autres convives du festin de l'influence de Marie, vont reconnaître Jésus comme l'Envoyé du Père: «… le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui» (Jn 2,11).
Ce sera bientôt le Golgotha où, rangé au garde-à-vous à côté de la Mère douloureuse «debout au pied de la croix» (Jn 19,25) et les yeux levés vers l'Innocent crucifié, comme ceux de la Femme, un officier païen dira: «Vraiment, cet homme était Fils de Dieu» (Mc 15,39). Et lors de ces deux Évènements, Cana et Golgotha, l'un appelant l'autre, on notera avec grand intérêt la présence «très parlante» de Marie qui nous fait à chaque fois tourner nos regards vers le Fils du Père, son Enfant dont elle est chaque fois aussi dépossédée et son Maître qui déjà a pris possession de son règne dans son Cœur maternel.
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