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5 octobre 2003: le pape Jean Paul II canonise Daniel Comboni (1831-1881),
ainsi que le fondateur des Missionnaires du Verbe Divin,
P. Arnold Janssen (1837-1909) et P. Joseph Freinadmetz (1852-1908),
l'un des premiers missionnaires Verbites en Chine.

Daniel Comboni naît le 15 mars 1831 à Limone sul Garda, un petit village de l'Italie du Nord. Ses parents, Louis et Dominique, gagnent leur pain quotidien au prix de durs sacrifices. En février 1843 Daniel a la chance d'être accueilli dans le collège que l'Abbé N. Mazza a fondé à Vérone pour des jeunes pauvres mais doués.
A 15 ans Daniel lit les gestes des martyrs japonais: l'exemple des missionnaires et des chrétiens de l'extrême orient suscite en lui le désir de consacrer la vie à l'annonce de l'évangile. Devenu prêtre à l'âge de 23 ans, il part, en 1857, avec un groupe de cinq prêtres, pour la mission que l'Abbé Mazza vient d'accepter au Soudan méridional. Cette tentative se solde par un échec, en raison de la mort de la plupart des missionnaires. Le 15 janvier 1859 Daniel rentre sérieusement malade en Italie.
La santé retrouvée, il noue des contacts avec des gens ouverts aux problèmes de l'Afrique et pendant vingt ans il s'emploie à la promotion de l'évangélisation de l'Afrique et à la lutte contre l'esclavage. Il meurt à Khartoum (Soudan) le 10 octobre 1881, à tout juste cinquante ans, épuisé par des fièvres et des épreuves de toutes sortes.

Un réseau

La vie de Daniel Comboni coïncide avec l'une des périodes les plus controversées de l'Afrique moderne. Au 19e siècle, l'Afrique fut le théâtre de toutes sortes de passions et de contradictions: explorations, luttes entre les grandes puissances pour sa domination, conflit avec le monde musulman, traite des esclaves, guerres inter-ethniques. C'est dans ce décor que prend place le mouvement missionnaire du 19e siècle dans l'Église catholique, dont Comboni est l'un des promoteurs. La passion de Daniel Comboni pour l'annonce de l'évangile aux peuples africains trouve sa synthèse dans ses devises, mille fois répétées: "Sauver l'Afrique par l'Afrique"; "L'Afri-que ou la mort", paraphrasant la devise de Garibaldi "L'Italie ou la mort", comme il le souligne lui-même dans une lettre au Cardinal Lavigerie, un autre apôtre de l'Afrique; et dans sa signature: «Daniel Comboni, esclave des Noirs».
Ses amitiés et ses contacts, dès 1862, s'étendent à plusieurs pays d'Europe: de la France à l'Angleterre, de la Belgique à l'Allemagne et à l'Autriche, avec également bien sûr un réseau intense d'amitiés en Italie. Il a été, en fait, une sorte de trait d'union du mouvement missionnaire européen, ainsi qu'entre beaucoup de ceux qui commençaient à regarder avec des yeux chrétiens la réalité des peuples de l'Afrique.
Comboni est l'un des apôtres fondateurs de l'Eglise dans l'Afrique moderne. Il propose à toute l'Eglise un
Programme global pour l'évangélisation de l'Afrique, qu'il appelle "Plan pour régénérer l'Afrique» (1864). Dès le départ il considère les africains comme des sujets de l'histoire évangélisatrice. Il insiste sur cette même proposition missionnaire dans un Postulatum et dans une lettre adressée aux Pères du Concile Vatican I, où il se trouvait en tant que théologien de l'Evêque de Vérone, le Cardinal L. de Canossa.
Il refonde ensuite la Mission de l'Afrique Centrale (1872) avec le soutien de Pie IX; beaucoup de milieux ecclésiastiques et séculiers voyaient dans cette initiative un rêve illusoire. Il promeut un mouvement missionnaire dans lequel il implique des évêques, des prêtres, des religieux et des laïcs avec une grande et unique passion: rendre le Christ présent dans le monde africain. Il fonde dans ce but plusieurs œuvres et deux instituts missionnaires. Daniel Comboni répétait inlassablement que la vocation missionnaire était une part constitutive du baptême de tout chrétien et non pas une affaire «de frères et de moniales». C'est pourquoi il ouvrit la route de la mission à des prêtres diocésains et à des laïcs, consacrés ou mariés. Il a voulu impliquer des femmes, qu'elles soient consacrées ou mariées, comme missionnaires dans les terres à évangéliser. C'est lui-même qui conduit ces femmes missionnaires au cœur de l'Afrique. Il répète qu'un chrétien est appelé à la mission par sa vocation baptismale dès le premier instant. Aussi, dès 1867, emmène-t-il comme missionnaires en Afrique un premier groupe de quinze jeunes africains (hommes et femmes), dont la plupart d'anciens esclaves rachetés, devenus chrétiens et formés pour être à leur tour éducateurs.

Le serment

Il parcourut inlassablement les routes de toute l'Europe en proclamant la douleur de l'Afrique. Il frappa à toutes les portes, ecclésiales ou laïques: mouvements ecclésiaux, ordres religieux, associations de laïcs, hommes politiques… sans aucune discrimination. Il lui suffisait d'entrevoir un cœur ouvert aux problèmes des africains pour en appeler à ses sentiments, comme le démontre son abondante correspondance avec des personnes de toute origine. Daniel Comboni fut aussi, en fait, le premier évêque de l'Afrique centrale. Opposant acharné à la traite orientale des esclaves, il déplorait à la fois la politique d'exploitation coloniale, et l'ambiguïté des comportements d'un certain nombre d'hommes politiques et ecclésiastiques de l'époque à l'égard de la Mission. Sa mort au Soudan, à cinquante ans, arriva dans des circonstances tragiques. Famines et épidémies, guerre fondamentaliste islamique, opposition de la part de certains milieux, même religieux, en Europe, hostilité des hommes politiques et incompréhension d'amis de longue date pesèrent fortement sur les dernières années de sa vie.
Sa mort put alors apparaître comme le début d'un sombre et long «vendredi saint». Mais, peu avant de mourir, il fit renouveler à ses missionnaires le serment de fidélité à leur vocation jusqu'à la mort.
Certains de ses missionnaires et des sœurs de l'Institut moururent très rapidement après, en pleine jeunesse, d'autres seront faits esclaves par les fondamentalistes islamistes durant la domination dite «mah-diste», du Soudan (1882-1899): certains d'entre eux mourront au cours de cette atroce captivité.
L'Archevêque de Khartoum, Gabriel Zubeir Wako, successeur de Comboni, s'exprime en ces termes: "Nous, chrétiens africains, sommes les fils et les filles de Daniel Comboni. Sans lui, il n'y aurait pas aujourd'hui d'évêques, de prêtres, de diacres, de frères, de sœurs, ni de chrétiens. Son élan missionnaire ne naquit pas d'un projet imaginé de l'extérieur; il fut le fruit de son obéissance à la grâce de l'Esprit Saint". Voilà pourquoi, quelques instants avant de mourir, il put dire à ses missionnaires: "Je meurs, mais cette œuvre ne mourra pas".
"Daniel Comboni se montra un véritable précurseur et un prophète de ce que l'Afrique devrait être et de ce qu'elle est en train de devenir", a écrit le cardinal nigérian Francis Arinze. "Il fut père, pasteur et ami de l'Afrique", écrivait l'un des missionnaires présents lors de la mort de Daniel Comboni, le 10 octobre 1881, à Khartoum. Il fut certainement tout cela.

P. Fidel Gonzalez Fernandez