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De la correspondance entre Comboni et Janssen il ne nous reste que trois lettres. Elles nous permettent de constater qu'ils partageaient le même idéal missionnaire et que l'évangélisation était au centre de leurs préoccupations. Le 14 avril 1875 Comboni répond, de Khartoum, à une lettre que Janssen lui a envoyée le 18 février précédent avec une copie du Messager du S. Cœur. Il remercie l'ami allemand qui lui a procuré aussi de l'argent permettant, en particulier, la libération de nombreux esclaves. Comboni est au courant de la campagne anticléricale qui humilie la communauté catholique allemande: plusieurs ordres religieux expulsés du pays, les Grand-séminaires fermés, huit évêques exilés, des milliers de paroisses sans pasteur. "J'admire les courageux évêques - écrit Comboni - les prêtres et les laïcs de la Prusse Rhénane et Allemande, dont la foi, la fermeté et l'héroïsme sont un témoignage pour le monde entier, pour les anges et pour les hommes".
"De vive voix"
Janssen lui rappelle aussi qu'il avait écrit une lettre en français. Comboni, qui n'a rien reçu, lui explique: "Les lettres et les plis sont transportés à dos de chameau. A Alexandrie ou au Caire des voyageurs retirent les lettres destinées à Khartoum. Mais après ils négligent ou oublient de les transmettre. Vous pouvez m'écrire en allemand, je le comprends assez bien. Si vous voulez, vous pouvez m'écrire aussi en français, en anglais, en espagnol, en portugais, en italien, en latin, c'est-à-dire toutes les langues parlées par les Occidentaux". La deuxième lettre date du 1er octobre 1877. Comboni vient d'être consacré Evêque et écrit de Vérone à Janssen qui l'a invité en Hollande: "Excusez-moi d'avoir laissé votre lettre sans réponse. Mes affaires ne m'ont pas permis de vous écrire plus tôt. J'ai cependant porté la plus grande attention à votre chère lettre. Je viendrai donc d'ici 14 jours; je réaliserai alors votre souhait et je bénirai la maison avec la chapelle. Ainsi nous aurons l'occasion de tout discuter de vive voix". Comboni visite la maison de Steyl le 5 et 6 novembre. Voyant le développement que l'œuvre de Janssen, ce prêtre courageux et sans-le-sou, a enregistré en seulement 24 mois, il s'exclame: "Tu n'as pas reçu de Dieu une bénédiction petite ou moyenne, mais très grande, crois-moi, je connais ces choses-là"! Il ne peut qu'admirer la détermination de Janssen. Alors que la majorité des ses contemporains considérait la situation religieuse en Allemagne sans issue, Janssen y voit un défi et fonde un nouvel institut missionnaire. La récente biographie de Janssen (Journey in Faith, par Joseph Alt) affirme que la connaissance encore un peu théorique de la mission qu'on avait à Steyl, devint plus concrète grâce à cette visite de Comboni.
"Cher ami"
Le temps passe. Janssen est au courant de la mort de plusieurs compagnons de Comboni et il lui présente ses condoléances. Le 20 novembre 1879 Comboni répond par une longue lettre, présentant au fondateur allemand les nécessités réelles de la mission africaine. "Excusez-moi d'avoir laissé si longtemps votre lettre sans réponse. Mes affaires ne m'ont pas permis de vous écrire plus tôt. J'ai cependant porté la plus grande attention à votre chère lettre. J'ai été très fatigué à cause des tribulations et des calamités de l'Afrique Centrale; l'an dernier, je n'ai pas dormi une heure sur 24 pendant au moins 14 mois, j'étais malade, etc. Je suis venu en Europe et je me suis prosterné aux pieds de Sa Sainteté Léon XIII, qui m'a donné une grande consolation. Mais depuis ce jour, cela fait trois mois, je suis tourmenté par les fièvres. Maintenant je vais mieux, et après la réorganisation de mon Institut de Vérone je retournerai en Afrique Centrale. Durant les mois de juillet et août, terrassé par les fièvres, je pensais que j'allais mourir en Europe; j'en étais très affligé et j'avais honte de mourir en Europe, parce qu'un soldat doit mourir sur le champ de bataille, en luttant; mais maintenant, je suis content parce que j'espère recouvrer une bonne santé pour pouvoir retourner rapidement en Afrique Centrale. Le premier novembre, 14 Missionnaires, soit 5 Sœurs et 9 Prêtres et artisans sont partis de mes Instituts de Vérone. De nos Instituts du Caire sont partis pour Khartoum 8 prêtres et Frères qui ont levé l'ancre depuis Suez via la Mer Rouge. Mais mon Vicariat est immense. Je désire ardemment que vous, mon cher ami, vous envoyiez en Afrique Centrale, pour ma Mission, des prêtres, des séminaristes (chez lesquels vous avez déjà remarqué les signes d'une vocation pour les Missions. Ils étudieront l'arabe en Egypte, (car l'arabe est pour nous aussi nécessaire que la théologie). Et des Frères artisans. Si vous m'accordez tous ceux qui sont prêts, je les recevrai tous volontiers… Très cher ami, envoyez-moi donc un grand nombre de Prêtres, de séminaristes éprouvés et de Frères laïques qui, d'après votre avis et votre prudence, sont prêts. Je les recevrai tous, soit dans mes Instituts du Caire, soit dans la région des Nouba où le climat est plutôt bon. Je les recevrai aujourd'hui ou demain, mais vous devez me les accorder… J'attends votre réponse! Pour ce qui concerne les Sœurs, donnez-moi des nouvelles précises et claires. Parlez-moi de vos Sœurs, de leur Règle, parce qu'il y a de la place pour elles aussi en Afrique. Je vous prie à nouveau de m'écrire immédiatement. Je vous bénis avec toute l'affection de mon cœur, ainsi que les Prêtres, les séminaristes, les étudiants, les novices et les postulants. Je bénis aussi les Frères laïques de votre Institut et les Sœurs, votre maison et les leurs, vos saints désirs et votre santé, afin que vous puissiez former dans le tendre Cœur de Jésus et de Marie de très nombreux apôtres pour le salut du monde, et en particulier de l'Afrique. Portez-vous bien et aidez-moi".
Conseiller
La réponse de Janssen ne se fit pas attendre et sera négative: "Je le regrette, mais pour l'instant je ne peux vous envoyer aucun prêtre, aucun frère, aucune sœur. Nous avons 70 étudiants, dont seulement deux en théologie. Et parmi ces-derniers, cette année un seul sera ordonné". A l'Evêque missionnaire qu'il considérait un conseiller précieux mais qui se montrait pressé d'avoir rapidement des missionnaires déjà formés, Janssen donne à son tour l'avis suivant: "Mais pourquoi votre Excellence n'ouvre pas un petit-séminaire? Nous avons commencé par ce stade modeste et maintenant nous avons un grand nombre de candidats… Ouvrez une école et vous aurez une bonne fondation pour votre mission". Comboni sort de scène en 1881, Janssen presque 30 ans plus tard. Mais ce-dernier gardera toujours un souvenir remarquable de l'amitié avec Comboni. Au cours de deux voyages qu'il fait à Rome, il s'arrête chaque fois à Vérone, pour saluer les amis comboniens. Il raconte, lors de la deuxième visite à Vérone, début janvier 1883: "Ils m'offrirent la chambre de Comboni et j'ai dormi dans son lit"!
Gaétan N. Yawo
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