Le prophète est celui ou celle qui réussit à voir là où les autres ne voient pas, et à agir en conséquence.
Comboni a pu entrevoir dans le contexte de son époque, opaque pour la plupart de ses contemporains, de nouvelles potentialités.

Comboni est fils de son temps certes, mais son œuvre s'accompagne d'une clairvoyance extraordinaire. D'habitude, on considère prophète celui qui prévoit les événements, alors qu'il faudrait valoriser un autre aspect du prophétisme, sa capacité de lire et déchiffrer les signes des temps, le présent, l'aujourd'hui.

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Aux yeux de ceux qui s'intéressaient à la mission de l'Afrique centrale, l'année 1864 représentait son échec définitif. Etant presque tous morts les compagnons de l'expédition organisée par l'Abbé Mazza, ce dernier décide d'abandonner la mission de Sainte Croix. Comboni se retrouve seul, on l'invite à tourner la page et à se consacrer à d'autres choses plus concrètes. Et voilà mûrir dans son esprit le Plan pour la régénération de l'Afrique, prévoyant l'implication de la femme dans l'activité missionnaire.
En ce temps-là, le chemin de la libération de la femme en Europe n'était qu'à ses débuts. La femme était gardée sous vigilance, par une société qui préférait la voir entre les murs d'une maison ou d'un couvent plutôt que missionnaire dans d'autres continents.

"Elément irremplaçable"

Ce sont les mots que Comboni utilise pour décrire l'importance de la femme dans son Plan missionnaire. Il n'a pas de doutes à ce propos, la mission a besoin de la présence féminine.
Il écrit:
«Avant tout il aurait fallu fonder une Congrégation des Sœurs Missionnaires grâce auxquelles on aurait donné à la mission une aide efficace et indispensable pour la diffusion de la foi… ces Sœurs missionnaires sont indispensables et, à tous égards, elles sont essentielles» (Rapport à la Société de Cologne, 6.6.1871).
L'évangélisation exige la présence de la femme. Un détail à ne pas sous-estimer. Dans le Plan, en effet, Comboni souligne maintes fois que la sœur missionnaire n'est pas seulement complémentaire pour le prêtre, mais essentielle. La mission sans l'œuvre de la femme, est destinée à rester incomplète, imparfaite.
Ses lettres qui sont un véritable «hymne» à la femme, confirment cette idée. En remerciant  Emilie Julien,  supérieure générale des Sœurs de Saint Joseph de l'Apparition, qui a accepté d'envoyer des religieuses au Soudan, Comboni écrit:
«N'oubliez pas que c'est la femme et Saint Joseph qui convertiront l'Afrique Centrale… Je ne vous parlerai pas, ma Révérende Mère, de l'importance de l'apostolat des Sœurs en Afrique Centrale. Les malades viennent ici de très loin par centaines tous les jours pour être soignés par les Sœurs" (E. 3116).
Il est même catégorique:
«Les missions d'Afrique Centrale ne peuvent pas s'implanter sans les Sœurs» (E. 4235), «La Sœur est plus qu'un prêtre. Dans une grande mission où il y a trois prêtres et quinze sœurs, c'est comme s'il y avait vingt prêtres missionnaires». Il est persuadé que son intuition est vraiment 'historique': «ce siècle de persécution contre l'Eglise catholique…est le siècle de la femme catholique; la Providence de Dieu s'en sert comme de véritables prêtres, religieux, et apôtres de l'Eglise, auxiliaires du Saint Siège. Les femmes sont les bras droit du ministère évangélique, les piliers des missions étrangères» (E. 4465).
Quand, après 12 années de collaboration, les dernières Sœurs de Saint Joseph quittent la mission (elles y ont perdu 9 sœurs pendant une période de six ans), Comboni les remplacera par les religieuses de la Congrégation qu'il vient de fonder.
«Etant donné la grandeur considérable et l'importance de mon Vicariat, et vu la mission de la femme catholique dans ce siècle, je suis fier d'avoir fondé à Vérone la nouvelle Congrégation des Pieuses Mères de la Nigrizia qui a, parmi les œuvres que j'ai fondées, une grande importance et obtient des résultats bénéfiques» (E. 4466).

Ressources
Même si de nos jours les mots de Comboni peuvent paraître démodés, ils expriment sa joie profonde. En relisant l'histoire de la mission de l'Afrique Centrale, marquée par le nombre de victimes dans les rangs des missionnaires, il en tire la conclusion suivante: «Les bons Pères Franciscains (Seize années d'effort généreux avaient fait 44 victimes), qui ont toujours de remarquables et saints sujets, ont essayé, et ils ont dû abandonner.
Et maintenant, pourquoi le plus petit et le plus insignifiant des Instituts, le mien, qui est microscopique, et que j'ai installé à Vérone, a-t-il pu renforcer l'apostolat d'Afrique Centrale et étendre ses tentes, mieux que ce que mes prédécesseurs ont pu faire? Parce que, en accord avec Pie IX, j'ai solennellement consacré le Vicariat au Sacré-Cœur de Jésus, à Notre Dame du Sacré-Cœur, et à Saint Joseph; parce que dans tous les sanctuaires que j'ai visités, et en presque tous les plus fervents monastères et Instituts d'Europe, on prie ardemment pour la conversion de l'Afrique, parce que j'ai été le premier à faire participer à l'apostolat de l'Afrique Centrale le tout-puissant ministère de la femme de l'Evangile, et de la Sœur de la charité, qui est le bouclier, la force et la garantie du ministère du missionnaire»
(E. 5284).
La femme dispose de qualités apostoliques très importantes: tendresse, accueil, créativité, sens pratique, capacité de dialogue, promotion de la vie. Ressources qui intègrent et soutiennent la vie apostolique du missionnaire et la réussite de l'évangélisation.
Le programme missionnaire de Comboni prévoit pour la femme catholique des horizons nouveaux et des possibilités de projeter sa vie au service de la Bonne Nouvelle, avec les mêmes droits et devoirs du missionnaire homme. Un chemin sans retour.
Comboni ne le dit pas, mais dans cette prise de conscience il y a sans doute une conviction: «sauver la femme par la femme». La même passion qui avait fait jaillir une méthodologie dans laquelle les Africains eux-mêmes seraient les protagonistes et les promoteurs de l'évangélisation, ainsi il avait compris que la femme, même la femme Africaine, valorisée et reconnue dans ses capacités, serait devenue artisan d'une nouvelle renaissance africaine. «La régénération de la grande famille de l'Afrique dépend presque en tout de la femme africaine».

Suivant ses traces

Aujourd'hui nous disposons d'un nombre remarquable de documents officiels, de l'Eglise ou de la société, qui parlent du «génie» féminin. L'acceptation d'un monde où les hommes et les femmes peuvent travailler ensemble et pour les mêmes idéaux c'est une chose acquise.   Mais il reste encore du chemin à parcourir.

L'Afrique reconnaît le courage, la force des ces femmes. Dans une quasi-confession, l'archevêque de Monrovia (Liberia), Mgr Francis affirmait il y a quelque temps:
«En Afrique, les femmes ont été et continuent à être la structure portante de l'Eglise. Mais l'Eglise institutionnelle n'a pas fait assez pour s'identifier à leurs luttes authentiques et pour appuyer leur cause». Presque en paraphrasant Comboni, dans un de ses récents discours il affirme: «Sans la femme, l'Eglise faillirait sûrement dans sa mission évangélisatrice».

Aujourd'hui l'Afrique, en général, semble manifester une forte prise de conscience féminine. Un peu partout des mouvements des femmes cherchent à endiguer le gouffre de violence qui risque d'engloutir le continent. Le rôle de la femme, dans la société, dans l'Eglise, n'est pas un palliatif, comme quelqu'un voudrait faire croire, mais un élément essentiel, comme a affirmé, avec une vraie passion, Daniel Comboni.

Sr Elisa Kidané, smc.