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> Le pape canonise Comboni, un missionnaire du 19e siècle, qui a travaillé pour porter l'Évangile en Afrique. Quel sens donnez-vous à une telle démarche ? La canonisation de Mgr Comboni est pour nous un événement de grande portée. Une occasion de rendre grâces au Seigneur qui a daigné nous visiter par le ministère de son serviteur Daniel Comboni. Une occasion pour remercier le Seigneur pour tout ce qui a été réalisé au bénéfice du peuple africain par l'œuvre de l'évangélisation missionnaire. Sans nul doute, l'Évangile porté en Afrique, par Mgr Comboni et par d'autres missionnaires, a donné la vie à ce continent. L'événement sera aussi pour nous une interpellation; une invitation à l'examen de conscience: «Qu'avons-nous fait de l'Évangile que Mgr Comboni, nous a apporté? Comment le vivons-nous? Comment le transmettons-nous? Comment le continuons-nous?».
> Parmi les mots d'ordre de Comboni, il y a: «Sauver l'Afrique par l'Afrique». A ses yeux, le continent dispose des ressources nécessaires pour son développement. Cela suppose la confiance en soi-même. «Se prendre en charge» a été depuis toujours le souci majeur de l'Eglise du Congo. A ce sujet, nous ne pouvons que rendre grâce à Dieu et nous réjouir de ce que l'Eglise du Congo s'est dotée d'un personnel ecclésiastique, dans sa grande majorité, autochtone. La présence des missionnaires reste toujours une nécessité, un signe de vitalité et de communion dans l'Eglise famille de Dieu. En outre, depuis la célébration du premier centenaire de l'Évangélisation en général, et de manière particulière depuis les débuts des années '90, l'Eglise du Congo ne cesse de chercher des voies et moyens pour se prendre en charge aussi pour subvenir aux besoins de sa mission évangélisatrice et pour répondre au devoir envers les pauvres. C'est le lieu de rappeler ici l'important document de l'Épiscopat du Congo autour de la «Prise en charge matérielle de l'Eglise par ses propres fidèles. Directives et Orientations pastorales», de 1995. Et à ce sujet, il y a encore du chemin à parcourir, notamment dans le changement radical des mentalités: il faut passer de la conception Eglise-affaire-des-autres à la conviction que je suis fils ou fille de l'Eglise, à part entière et ainsi en tirer toutes les conséquences!
> Comment faire pour une solidarité effective entre les Églises d'Afrique et les autres Églises? Au niveau du personnel, la solidarité n'est pas à démontrer: la présence des missionnaires dans les Églises d'Afrique en est un signe évident. Des prêtres africains «évangélisent» les églises d'autres continents comme prêtres fidei donum ou durant leur séjour pour études, vacances, etc. Ils sont prêtres de l'Eglise catholique à part entière; ils sont accueillis et appréciés. Cette solidarité est aussi au niveau des ressources financières qui permettent à nos églises de pourvoir à leurs besoins pastoraux et surtout à palier, par leurs oeuvres sociales, aux carences de nos gouvernances africaines. Nous souhaiterions en plus un partenariat dans la prise en compte par les Églises surtout occidentales de nos luttes pour une saine vie politique et sociale en Afrique. Une action conjointe aurait un effet plus incisif sur les décideurs qui sont leurs fidèles.
> Contemporain du Roi Léopold II, Comboni craint que les bonnes intentions cachent un projet d'exploitation du continent. Aujourd'hui on dénonce de plus en plus le pillage des ressources du pays... Il y a toujours un devoir de vigilance de la part de l'Eglise face aux projets politiques et/ ou humanitaires de tous les temps. L'Eglise ne peut se contenter d'entendre les interminables et beaux discours des politiciens, même si sa mission n'est pas d'ordre temporel. Elle doit continuer à illuminer la conscience des fidèles chrétiens et des hommes de bonne volonté, des dirigeants politiques et des décideurs pour que la politique soit réellement au service du bien commun, c'est-à-dire qu'elle se préoccupe de créer, selon l'affirmation de la Gaudium et spes, n° 74, «des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s'accomplir plus complètement et plus facilement». Nous devons malheureusement constater que depuis Léopold II jusqu'à ces jours, la politique au Congo a surtout été vécue comme le moyen le plus sûr, un raccourci pour s'enrichir, enrichir les siens et qu'elle ne se préoccupe que très peu du bien-être de toute la communauté.
> Aux souffrances que connaissait l'Afrique d'autrefois, s'ajoute aujourd'hui le VIH Sida. Comment l'Eglise contribue-t-elle à la lutte contre cette pandémie? Pas en préconisant la solution de facilité de vulgarisation-distribution des préservatifs mais en appelant à une vie sexuelle responsable, faite de fidélité aux engagements et promesses matrimoniales. L'Eglise famille de Dieu qui est au Congo y contribue par ses structures d'éducation des différentes catégories. Elle insiste sur une éducation adaptée et ouverte à une vie sexuelle responsable. Elle est présente aussi par ses structures qui accueillent, soignent les victimes du virus. L'Eglise du Congo lutte pour la vulgarisation des anti-rétro viraux (ARV), c'est-à-dire des médicaments destinés à maintenir les personnes atteintes aussi longtemps que possible en vie. Elle doit éduquer au respect des malades qui ne doivent aucunement être pointés du doigt comme des pécheurs publics de notre temps.
> Comboni a dénoncé avec vigueur l'exploitation des Africains. Mgr Daniel Comboni et son message restent d'actualité. Sans faire nécessairement recours à lui, nous, évêques du Congo, nous poursuivons son œuvre. Nous nous sommes comportés comme la voix des sans voix; nous nous efforçons d'être avec le peuple des pauvres; à les défendre contre la rapacité des puissants de ce pays, de ce monde. Il y a certes des voix qui se sont levées pour «accuser» l'Eglise catholique (sa hiérarchie) d'être du côté du pouvoir. Mais objectivement, l'on peut reconnaître le rôle primordial et central joué par l'Eglise pour la défense des droits du peuple congolais à une vie décente, digne d'êtres créés à image et ressemblance de Dieu. Il suffit de comptabiliser les nombreuses lettres pastorales, exhortations, déclarations et messages depuis 1958 pour vous en convaincre... Et nous ne nous fatiguerons point...: «Fils d'homme, n'aie pas peur! Parle! Qu'il sache qu'il y a un prophète au milieu d'eux, disait Dieu à Ézéchiel. Ce n'est pas immixtion, ce n'est pas ingérence dans les affaires qui ne nous concernent pas. Mais c'est nous acquitter de la mission qui est la nôtre. Annoncer la Bonne Nouvelle, libérer les prisonniers, annoncer une année de grâce de la part du Seigneur (Rm, 18,20). Et cette Bonne nouvelle est une annonce du salut intégral de l'homme, de tout homme et de tout l'homme.
> Comment libérer l'Afrique de l'exploitation et du danger de la marginalisation? Tant que nous n'aurons pas compris que la politique est un jeu d'intérêts et qu'il faut que nos politiciens se battent pour sauvegarder les intérêts de nos peuples respectifs, l'Afrique sera toujours marginalisée, exploitée. Tant que nous n'aurons pas acquis cette confiance en nous-mêmes pour résoudre nos problèmes, construire notre histoire; tant que nous resterons des marionnettes à la solde des puissances étrangères, l'Afrique restera exploitée, marginalisée. Ce ne sont pas les autres qui nous sauveront. Nous devons prendre en mains notre destinée si nous voulons compter dans le monde devenu village planétaire. Pour en sortir, il faut une réappropriation de la politique noble: la politique moralisée, fondée sur le respect de la dignité transcendantale et inaliénable de chaque personne et promouvant, dans la charité, la non-violence, la solidarité et le pardon, la justice qui garantisse à chacun son dû. Il faut, non seulement, une globalisation du marché mais aussi une globalisation de la solidarité: les biens de la création sont destinés à tous les êtres humains. Nous retrouverons ici ce que je disais de ce partenariat entre nos églises et les autres églises sœurs pour rappeler cela à leurs dirigeants.
> Quelles sont les voies pour notre Église soit pleinement missionnaire ? Au-delà de son oeuvre évangélisatrice, de l'annonce et de la proclamation de l'Évangile, l'Eglise congolaise sera pleinement missionnaire par le témoignage vivant, la charité agissante, de ses membres. C'est le grand défi de la cohérence entre ce que l'on annonce et comment on le vit.
> Face à l'esclavage Comboni répétait qu'un changement s'imposait. On dirait que le message des Évêques congolais «Trop, c'est trop», va dans la même ligne... Effectivement! Il faut un changement des mentalités dans le chef des gouvernants, des politiciens et du peuple tout entier, de nous tous. Il y a un temps pour tout!
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