Entretien avec Katherine Orylheme, nigériane, qui vit en Italie
depuis de longues années. Très engagée dans
l'Association culturelle orange femme subsaharienne.

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Beaucoup de gens connaissent aujourd'hui Safyia Hussein et Amina Lawal, les deux femmes nigérianes condamnées à la lapidation par le tribunal de la sharia…

Vous savez, le Nigeria est la nation la plus peuplée de toute l'Afrique. Avec neuf langues principales et beaucoup de dialectes. Peut-être c'était ici la tour de Babel! Cela peut expliquer les problèmes que noua avons aujourd'hui. Je crois cependant que si les hommes politiques voulaient, la paix serait possible. Par contre, quand ils sont incapables de gouverner la situation, ils accusent les réalités religieuses, linguistiques ou culturelles.

Vous êtes Ibo, du sud du pays.
Oui, c'est une région où les femmes ont été toujours très libres, grâce aussi à leur tempérament. Il y a des organisations féminines très actives, qui se rencontrent pour discuter et prendre des décisions, sans permettre à l'homme d'y intervenir. Je connais des cas où, pour des motifs graves, elles ont décidé de faire la grève, de ne rien faire pour leurs hommes, pendant une semaine!

Et à propos de la sharia?
Quand on entend dire qu'on a condamné une femme, il est important de ne pas confondre. Sur les 30 états qui composent le Nigeria, seulement douze ont choisi d'adopter la sharia. Ceux-ci voudraient l'appliquer à toute la nation, même dans le Sud où il y a une majorité chrétienne et de religions traditionnelles. Sur cette différence entre zones chrétiennes et zones musulmanes, nos politiciens jouent souvent.

Vous avez créé avec d'autres une association.
Au Nigeria il existe depuis beaucoup d'années le droit de vote pour les femmes. Nous avons les femmes soldats…ce qui n'est pas la chose la plus belle. Nous avons eu des ministres femmes. Cependant sont encore très nombreuses les femmes illettrées et nous, femmes nigériennes à l'étranger, cherchons à les aider. Les femmes paysannes sont très heureuses quand elles réussissent à faire leur signature, à compter, à ne pas avoir un complexe d'infériorité devant leurs maris.
Nous soutenons un projet nommé:
feed yourself, c'est-à-dire, mange ce que tu produis. Si tu as un petit bout de terre, même en ville, cherche à le cultiver, pour toi, pour pouvoir manger chaque jour.

Est-ce que vous insistez sur d'autres valeurs?
Nous encourageons les femmes paysannes à envoyer leurs enfants à l'école, sans qu'ils abandonnent la terre. Un grand danger en Afrique c'est que, après avoir été à l'école, les jeunes ne veulent plus travailler la terre, mais veste et cravate, dans un bureau. On ne peut pas s'offrir le luxe d'avoir 90 millions d'individus qui travaillent dans les bureaux!

Quel nom avez-vous donné à votre association?
Nous qui vivons ici en Europe, après beaucoup d'années pendant lesquelles on a entendu parler de l'Afrique seulement comme un problème immense, nous avons pris courage et nous nous sommes organisées. Il y a trois ans nous avons créé une association qui s'appelle «Association culturelle orange femme subsaharienne». Pourquoi «orange»? Parce qu'une femme avec un panier de cinquante oranges est heureuse! Elle se rend au marché en les portant sur sa tête, et si elle réussit à les vendre avant le coucher du soleil, elle rentre à la maison heureuse.
Dans cette association il y a des africaines de différents pays: du Nigeria, du Sénégal, du Congo et d'autres. Nous désirons faire ensemble aussi quelque chose pour les femmes africaines présentes en Italie: contre la violence, contre la prostitution, pour l'intégration multiculturelle, nous voulons que les femmes africaines puissent vivre leur condition avec dignité, la tête haute. Nous désirons faire savoir à tous que nous sommes fières d'être femmes, et nous sommes fières d'être femmes africaines.

Silvia Montevecchi