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Vous êtes dans ce pays de l'Amérique Latine depuis six ans. Oui et sincèrement, je dois dire que dès le premier jour je me suis senti accueilli. Les gens m'ont beaucoup aidé dans l'apprentissage de l'espagnol. J'étais toujours encouragé, principalement dans la compréhension de leur religiosité. La joie de voir un prêtre Noir et Africain par surcroît! Ils voient en moi le visage, disant-ils, du Christ 'guérisseur'! Ils se demandent pourquoi je suis là, chez eux, alors que l'Afrique a encore besoin de prêtres et de missionnaires. Très peu ont une idée claire sur le Congo. Pour les uns c'est une ville, pour d'autres cela leur rappelle les aventures de «Tintin au Congo», pour d'autres encore ses richesses naturelles ou la guerre des Grands Lacs entre des Hutus et Tutsis. Plusieurs fois on m'a posé la question de savoir si j'étais l'un ou l'autre!
Êtes-vous content? Oui, les Colombiens me mettent à l'aise avec leur esprit d'hospitalité et de partage. Naturellement il y a aussi le revers de la médaille. Parfois on m'appelle «Negro», mais devant mon sourire et après avoir appris mon identité, ils se ravisent aussitôt. Cela n'est pas sans rappeler la réalité colombienne, où les cinq millions des "Negros" sont toujours au bas de l'échelle sociale.
Vous avez parlé de la religiosité des colombiens, c'est quoi au juste? Je fais un exemple. Les fêtes de Noël et de Pâques se préparent pendant des semaines entières, voire des mois entiers. Le maire de la ville de Cali, où j'habitais avant, s'en mêle, on illumine les places et les rues, on organise des manifestations grandioses, parfois plus profanes que religieuses, et l'on dépense énormément d'argent pour des festins, des visites en famille dans l'arrière-pays. Par contre la dévotion à la Vierge Marie est profondément enracinée et vécue intensément. Toutefois par ici par là il y a des dérapages, et le danger d'exprimer sa foi par des formes exagérées est toujours là.
Votre pays d'origine n'est pas au bout de ses peines et le pays qui vous accueille a du mal à sortir de l'engrenage de la violence provoquée par la guerre de la coca. Quel message transmettez-vous à vos fidèles? En Colombie où les assassinats sont courants, les rancœurs peuvent durer des années et la vengeance est à fleur de peau. Je prêche souvent sur la réconciliation et la culture de la paix. Celle-ci ne peut se faire sans un engagement personnel. Je répète la phrase de Jean-Paul II: «Il n'y a pas de paix sans l'amour; il n' y a pas d'amour sans le pardon».
Quelle est la particularité que vous attribuez à l'Église colombienne face à celle de la RDC? Les comparaisons sont toujours difficiles! La culture colombienne est très marquée par la religion chrétienne et les media et l'organisation de l'Église sont en train de connaître un éveil sans précédent. Toutes les paroisses, divisées en secteurs, sont connectées à l'Internet. Du côté de l'Église congolaise, je dis qu'elle peut s'enorgueillir d'avoir un rite propre et une pastorale bien structurée pour ce qui concerne la catéchèse, les groupes de jeunesse, l'essor des vocations, l'engagement pour la justice et la paix… Un lien commun aux deux Eglise: ce sont des Eglises "martyres".
Vous travaillez actuellement dans l'animation missionnaire. Effectivement, après une expérience de première évangélisation parmi les riverains de la Colombie, j'assure actuellement l'animation missionnaire et surtout la diffusion de notre revue Iglesia sin fronteras (Église sans frontières) et une revue pour les jeunes, Aguiluchos (Aiglons), ponctuée par des visites dans les écoles de la capitale, Bogotà. Je me réjouis de faire cette rencontre avec les gens qui privilégient les «cercles de prières missionnaires», basés sur la lecture biblique et le témoignage de vie
Patrick- R. Nonzemu Moleli. L
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