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L'important pourcentage de la population sans instruction est inquiétant. Car on ne peut envisager le développement dans un pays qui tourne le dos à l'éducation de ses habitants. Ce pays-là ne peut prétendre ni à la démocratie, ni à l'esprit inventif, ni à la mondialisation; il encourt plutôt le risque d'être compté parmi les États esclaves soumis.
Il arrive de…
Le secteur de l'éducation illustre bien la profondeur de la crise que traverse le pays. Les exemples qui suivent ne relèvent pas de la petite anecdote. Dans les années 80, l'on ne pouvait s'imaginer une classe d'élèves sans pupitres, plus particulièrement dans les villes. Un diplômé du secondaire s'exprimait correctement en français, langue de l'enseignement. Aujourd'hui, seuls les élèves de «bonnes écoles» ou des familles aisées le peuvent encore. Le recours à la fréquentation scolaire par alternance était, il y a peu, inconnu. Il arrive de rencontrer au secondaire des élèves âgés de plus de vingt ans à cause, entre autres, des perturbations des années scolaires. La tricherie et la corruption sont tolérées couramment comme moyen de réussite et d'admission dans la classe supérieure. Un professeur d'université au sommet de la carrière a un salaire mensuel de 50$ USA! De 30% en 1960, le budget de l'éducation est aujourd'hui de moins de 1%. Selon les estimations sérieuses, la population de la République Démocratique du Congo serait de 59 millions d'habitants en 2000. Les besoins en éducation seraient de plus de 30% si l'on considère les enfants de 6 à 17 ans, et encore plus importants si l'on tient compte des enfants en âge préscolaire et des 18-19 ans. Malgré les déficiences et les insuffisances des classes, le nombre des diplômés d'État ne cesse de croître d'année en année compliquant davantage encore les problèmes déjà insolubles de l'enseignement supérieur et universitaire. L'on est autour de 200.000 candidats à l'examen de fin d'études secondaires (examen d'État) et de 100.000 diplômés par an depuis quelques années.
Abandonnés
Il faudrait des écoles, du personnel enseignant, des fonds correspondants, si l'on veut éviter l'aggravation de la situation. Le taux de scolarisation est en recul ainsi que le taux d'admission: en 1ère année primaire, par exemple, il est passé de 34% en 1978-1979 à 22,5% en 1995, révélant d'assez importantes disparités entre le milieu urbain (42,8%) et le milieu rural (14,9%), entre les garçons (26,1%) et les filles (18,7%). Depuis les années 80, l'offre en éducation est en constante régression. Peu d'efforts ont été déployés pour construire de nouvelles écoles ou agrandir les anciennes. Pourtant des projections de 1994 (BIELO) ont révélé que pour scolariser tous les enfants de 6 à 11 ans en l'an 2000, il fallait 305.900 classes de 30 élèves. A l'époque, il aurait fallu 195.875 nouvelles classes et l'engagement de 24.484 enseignants par an. Les difficultés économiques et les guerres n'ont pas permis de nouvelles constructions. Quant aux anciennes, elles ne sont pas entretenues et elles sont souvent mal équipées en pupitres, en écritoires, en matériel didactique, en laboratoires, en bibliothèques. Il n'est pas rare de trouver les élèves suivre les leçons par terre. En 1967, le Congo a fourni 2.272 diplômés d'État, soit 70% de réussite. C'était la première promotion des examens d'État. En 2002, le succès aux examens d'État était de 90.302 sur 220.030 inscrits, soit 41% seulement des réussites. On sent déjà le déclin. Néanmoins, si les diplômés de 1967 ont eu bon accueil dans les établissements d'enseignement supérieur et universitaire, il n'en fut pas de même pour ceux de 2002. Les infrastructures d'accueil n'ont plus répondu à la demande. Le taux d'admission à l'université dépassait largement la capacité d'accueil tolérable et la qualité de l'enseignement accuse un terrible coup descendant.
L'indicateur
L'élève n'est plus au centre des préoccupations ni de l'État ni des enseignants ni des inspecteurs pédagogiques. Le non-financement de l'éducation a pour conséquence la corruption. Elle est l'indicateur, évident, de la pauvreté dans nos écoles et universités. L'intelligence et l'application aux leçons ne sont plus les seuls moyens de réussir. Un peu d'argent suffit pour y parvenir. C'est la corruption. Les parents estiment que la réussite est devenue un droit pour l'élève de peur de devoir payer plusieurs fois les mêmes frais scolaires. Ils succombent à la corruption. Des gestionnaires d'écoles et des professeurs exigent des finalistes des sommes d'argent en vue de motiver les inspecteurs chargés des examens d'État pour négocier avec eux la réussite de leurs écoles. C'est aussi de la corruption. L'école délivre des bulletins ou des certificats contre espèces, parfois avec la complicité des parents… C'est également la corruption. La guerre est terminée. Aujourd'hui, la République Démocratique du Congo amorce une autre étape. Le pays est peu à peu unifié et sort des turbulences. De nouvelles institutions se mettent en place et la R D C peut de nouveau envisager sa marche en avant. La population espère que les autorités (gouvernement, députés, sénateurs…) vont s'attaquer aux problèmes restés longtemps sans solutions, au rang desquels la santé et l'éducation, sans lesquelles l'on ne peut envisager de développement. Déjà, le gouvernement, conscient de cette importance, a alloué, dans le cadre du Programme Multi-sectoriel d'Urgence de Réhabilitation et de Reconstruction (PMURR), un budget de 88 millions de dollars américains repartis sur quatre ans. L'on ne peut que s'en féliciter si l'on tient compte des crédits réservés à l'éducation les dix dernières années. Le gouvernement promet d'amorcer, dès l'année scolaire prochaine, le processus de gratuité des études au niveau primaire et d'allègement des charges des parents au cycle secondaire. Les autres frais tels que les frais d'inscription, de suivi, de réhabilitation des infrastructures, d'achat d'uniformes et de location des manuels scolaires, ainsi que les travaux manuels, seront supprimés. Mais c'est encore insuffisant. Il faut espérer que l'argent consacré, il y a peu, à entretenir les guerres fratricides va désormais être affecté à la guerre plus noble contre le sous-dévelop-pement. Ce dernier ne peut être éradiqué que si la population a une bonne éducation et une bonne santé.
M. Ekwa bis Isai, S.J.,
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